Il semblerait que le monde soit gouverné par un tyran insane et ivrogne. La planète agonise sous sa coupe, des conflits armés l’ensanglantent, une dernière vague enfle qui va l’engloutir avant de s’évaporer, tandis que nous déléguons notre intelligence à des robots afin de n’avoir plus à nous soucier que d’être bêtes.
Mais, de son côté, la littérature s’est assagie.
Elle milite pour les justes causes, elle se défie des excès, elle sacrifie la
fable à sa moralité, elle rachète nos péchés, mieux disposée envers le lecteur
que la charogne envers le vautour, elle restaure les liens familiaux, elle se
veut empathique, thérapeutique.
Heu… ne devrait-ce pas être le contraire ?
Ne conviendrait-il pas plutôt de gouverner le monde avec sagesse, mesure et
équité, et, pour la littérature, de ne rien s’interdire, nulle outrance de
l’imagination, la cocasserie, la fantaisie, la noirceur, toutes les
folies ? Remettons donc les choses à leur place : laissons écrire
Trump, Poutine et King-Jong-un, et confions aux écrivains l’administration bien
comprise de ce monde.