jeudi 1 octobre 2026

6351

Assis à ma table en terrasse, je vois soudain arriver droit sur moi ce bolide volant visiblement hors de contrôle. Le choc est inévitable, je n’ai le temps pour nulle esquive ni de me jeter au sol, ça va être brutal et, en effet, je suis violemment percuté – qui froisse toutes ses tôles contre mon torse puissant – par cette coccinelle.

 

Seul, comment se serrer davantage ?

 

Écrivain serait un beau métier s’il n’y avait toute cette paperasse.

mercredi 30 septembre 2026

6350

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – C’est très aimable. Dis-moi à quelle heure et ce que je peux apporter ?

LUI – Vers 7 heures du mat’ avec des croissants, ce sera très bien.

 

Bien sûr que j’ai la nostalgie de l’enfance (de mes filles).

 

Agenouillé face contre terre, tu constates humblement que la fourmi est un dieu suffisant.

 

mardi 29 septembre 2026

6349

Ce qui trouble évidemment, dans l’affaire Thélyson Orélien, si du moins la mystification se confirme, c’est que le premier écrivain artificiel avéré est un homme qui semblait incarner justement tout le contraire et défendre une écriture de la vérité, aux prises avec la vie, jaillie du cœur, née dans l’urgence mais puisant à ses racines caribéennes, ce rescapé d’une histoire contemporaine brutale…

 

… échappé donc du réel le plus abrupt pour s’abîmer au bout de l’exil dans le monde factice, livré aux robots, que notre époque laisse advenir. Grand écart déchirant. En cela, fils paradoxal, écartelé, de ce temps, son premier-né peut-être. Il faut être indulgent à ce titre et lui savoir gré en tout cas de nous montrer si innocemment ce que nous devenons.

 

(Est-il déjà trop tard ? C’est ça et mourir ?)

 

lundi 28 septembre 2026

6348

Elle termine sa digestion et elle s’y colle : les prochains volumes de La Comédie humaine seront l’œuvre de l’IA. Le corpus devrait doubler toutes les secondes.

 

Si la mort de l’auteur nous débarrassait de certains gougnafiers auxquels je pense, ce serait au moins un mal pour un bien et peut-être même, in fine, puisque le meilleur ne peut rivaliser avec le pire dans l’ordre du réel, un heureux événement.

 

Autre avantage des livres produits par l’IA, ils seront fournis avec leur résumé et même, pour les plus impatients, avec le mot unique qui les contiendra entièrement et nous dispensera d’en lire plus.

dimanche 27 septembre 2026

6347

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – D’accord !

LUI – Peux-tu apporter ta chaise, nous risquons d’en manquer ?

MOI – Très bien.

LUI – Et une petite table d’angle.

 

L'oiseau aussi monte au ciel cloué à sa croix.

 

Confier ainsi à un si jeune enfant le soin d’ouvrir pour nous le chemin, de braver les dangers, d’encaisser les chocs, de défricher la broussaille, de renverser les obstacles, me semble assez ignoble, et la poussette décidément une invention abjecte.

 

samedi 26 septembre 2026

6346

Autre conséquence regrettable de ces canicules, le soleil ardent cuit nos sols d’argile et nous nous retrouvons tout à coup juchés sur un toit de tuiles. Acrophobe aux jambes flageolantes, je risque la chute à chaque instant.

 

essuie-tout

mais quand même

surtout du sperme

 

Il faut appeler un chat qui n’est pas là une souris qui danse.

vendredi 25 septembre 2026

6345

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – Ma foi, avec plaisir !

LUI – Je crois que tu n’aimes pas le poisson ?

MOI – J’y suis même allergique.

LUI – Je te demande ça parce qu’il y en aura. Carpaccio de saumon en entrée, lotte à l’armoricaine ensuite et truite aux amandes pour le dessert.

 

Il fait des progrès au basket – il grandit.

 

Juré, j’AI tout écrit tout seul !

jeudi 24 septembre 2026

6344

Sainte famille que la mienne, mécréants, prosternez-vous ! Le soin de confectionner la mitre et la chasuble que portera le pape Léon XIV, samedi, à l’occasion de sa messe place de la Concorde, a été confié aux ateliers d’arts liturgiques de mes petits-cousins Chevillard, hé oui ! Le Vatican m’a par ailleurs demandé de lui écrire son sermon, comme si je n’avais que ça à foutre !

 

Attention, une oasis ! Prudence… Risque accru de présence humaine.

 

(Mais donc, nous l’habillons sur place. Est-ce à dire que le souverain pontife fait le voyage à poil depuis l’Italie ?)

mercredi 23 septembre 2026

6343

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – C’est gentil… oui, pourquoi pas ?

LUI – Eh bien, parce qu’il y aura aussi Jeanne et Melchior que tu n’apprécies pas beaucoup, je crois.

MOI – En effet.

LUI – Et Jean-Louis avec lequel tu es en procès, si je ne m’abuse.

 

L’alcool ne tient pas ses promesses. L’ivrogne titube dans les rues sans parvenir à se semer.

 

Ce matin, tout à coup, le soldat inconnu est sorti de son amnésie. Il se rappelle très bien qui il fut. Et compte entreprendre des démarches pour être inhumé auprès de Marthe.

mardi 22 septembre 2026

6342

Petit moment de désarroi collectif, samedi soir à la Maison de la poésie, tandis que Christophe Brault, souffrant pourtant d’un genou, parcourait de sa foulée déliée la 46ème étape de son marathon autofictif. Il en est désormais à l’année 2014 et, le 25 novembre, j’écrivais ceci, qu’il a donc lu sans faillir : « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. »

 

Flottement dans l’assistance ordinairement très réactive, perplexité non dissimulée de Christophe lui-même, et moi, pas plus fier que les autres, mêmement accablé par l’obscurité de cette énigme. « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. » Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

 

D’habitude, je retrouve lorsque je les entends l’origine de mes formules les mieux tirées par les cheveux, quelle intuition poétique me les a dictées. Cette fois, chaque interprétation que je risque pour sauver la face est plus décevante que la précédente… Il m’arrive de céder au lâcher-prise émancipateur du nonsense, peut-être que ce fut le cas ce jour-là. Ou bien aurais-je saisi alors une vérité si poignante que nous peinons encore, douze ans plus tard, à la concevoir et à l’admettre lucidement ? Je penche pour cette dernière hypothèse.

lundi 21 septembre 2026

6341

LUI – Veux-tu venir dîner demain ? Ce sera très simple, sans chichis, sans tralala, à la bonne franquette, sur le pouce.

MOI – Heu… entendu… j’apporte quelque chose ?

LUI – Non, non, penses-tu ! Ou alors juste une quiche, une salade, deux ou trois fromages et une bouteille.

MOI – Bon.

LUI – Et je te laisse peut-être quand même te charger du dessert ?


Nostalgie… Nous ne connaissons plus la mélancolie des paquebots…


J’hésite entre ces deux matelas… L’argumentaire de l’un promet des étreintes torrides. Mais celui de l’autre, une mort paisible.

 

dimanche 20 septembre 2026

6340

Troubles hormonaux. Le corps change. La voix mue. Le dermatologue noyé dans ses pommades ne peut rien pour notre gueule ravagée. Le nez pousse. Théo sort avec Niki. L’humeur s’assombrit. L’inertie nous gagne. Fin de l’innocence. Plus personne ne nous comprend. C’est l’âge ingrat. La soixantaine.

 

Suspendu à une branche par les bras et les jambes tout le long du jour : on ne me verra jamais faire le paresseux comme ça.

 

– Qui m’aime me suive ! lança-t-il. Et bientôt, en effet, il sentit sur sa nuque l’haleine du fauve.

 

samedi 19 septembre 2026

6339

Plus charmante encore que son sourire si généreusement offert, il y a sa petite moue de dégoût que nous ne sommes que deux à connaître, le brocoli et moi.

 

Va droit au fond des choses – la pluie.

 

La terre fertile, nourricière, si noire soit-elle, est notre or véritable – et l’homme au terme de toute une vie d’efforts en est par récompense entièrement recouvert.

 

[Nous nous retrouvons donc ce soir à la Maison de la poésie à 19h 30 avec Christophe Brault pour la reprise du Marathon autofictif.]

 

vendredi 18 septembre 2026

6338

1… 2… 3… puis plus rien. Ici, s’arrête le décompte des brins d’herbe de ma pelouse. Les canicules de l’été ont tout cramé. Adieu, vertes prairies. Désormais, nous trierons les poussières.

 

Combien de grues pour paver le ciel ?

 

Si routinière soit l’existence, surtout après la sortie de la maternité, le journal reste le seul genre littéraire au sujet duquel il ne sera jamais possible d’affirmer que tout a été dit. Il y a toujours du suspense. Promesses et menaces devront être confirmées ou infirmées. S’ouvre aujourd’hui la vingtième année de L’Autofictif. Pour vous, c’est de la balle, mais moi, je tremble.

 

jeudi 17 septembre 2026

6337

Comment a-t-elle pu arriver là si vite ? Le javelot est toujours surpris de rencontrer la pierre.

 

– Voilà, voilà…

… tout ce que nous trouvons à dire devant ce monde en ruines, cerné par les menaces.

 

Mais pourquoi ma lucidité fait-elle un si mauvais usage de la lumière ? Il doit bien se trouver pourtant aussi de jolis coins sombres.

mercredi 16 septembre 2026

6336

À chaque minute, quelle longueur d'ongle rongée dans le monde ? Combien de mètres ? Et l'angoisse pourtant qui ne diminue pas !

 

Pattes et cou rétractile, le canard se ramasse si bien sur lui-même qu'il ne nous laisse finalement que l'effort de plumer la terrine.

 

Ma larme fait tache d'encre.

mardi 15 septembre 2026

6335

Il y a six ans, j’ai découvert trois chemins différents qui me permettaient tous de sortir de ce labyrinthe mais entre lesquels j’hésite.

 

Carreau ! Car chaque clémentine pour gagner sa place doit dégommer un abricot.

 

Tandis que la mante religieuse femelle s’impatiente pendant les préliminaires.

lundi 14 septembre 2026

6334

Ne plus boire hier.

 

Plus nous montons et moins nous nous chargeons. Les constructions pharaoniques elles-mêmes n’obéissent-elles pas à cette sage logique de la paresse ?

 

Apolinaire est l’auteur d’Alcols, Apolinnaire, l’auteur d’Alcoolls, Appollinnaire, l’auteur d’Allcoools, Appolinaire, l’auteur d’Allcols et Appolinnaire, l’auteur d’Alccools, c’est pourtant simple à retenir !

  

dimanche 13 septembre 2026

6333

D’où l’intérêt de bien s’entendre avec sa voisine. La pâquerette s’abrite du soleil dans l’ombre de la pâquerette.

 

Le visage à toutes jambes s’éloigne des fesses.

 

Herk ! Mauvaise surprise pour le lion, toute cette herbe dans l’estomac du zèbre !

samedi 12 septembre 2026

6332

S’étonnera-t-on dès lors si mon incursion dans le domaine du feel good book se solda par une déconvenue cruelle, pour ce qui me concerne, et le suicide par pendaison des rares lecteurs qui s’étaient fourvoyés dans ces pages ?

 

Tant d’infortunes, voilà au moins de quoi nourrir une poignante autofiction, me dis-je. Mais ma vanité blessée se rebiffa et je donnai à mon récit un tour héroïque dont les aspects autobiographiques – escalade de l’Aiguille d’Étretat sur le dos d’une panthère des neiges, traversée à la nage de l’Atlantique sans bras ni jambes – furent jugés complaisants et peu vraisemblables.

 

Voici donc où j’en suis, mes amis, un peu découragé, envisageant une vieillesse lente et inféconde, à peine enchantée par les inventions verbales de la sénilité. Je brasse ces milliers de feuillets manuscrits, si mal accueillis par mes contemporains… Une vague idée me vient encore, l’espoir un instant se ranime… On fait de bien jolies choses en papier mâché ! 

(… puis je croquai dans une pomme et trois de mes vieilles dents restèrent plantées dedans…)

vendredi 11 septembre 2026

6331

Le roman nordique triomphait partout, raison pour laquelle je tentai aussi de m’illustrer dans le polar scandinave, considérant que le filon ne pouvait être ainsi confisqué par les natifs de la péninsule. Afin de mettre toutes les chances de mon côté, je formai un tandem de flics constitué d’un Danois et d’une Suédoise poursuivant un tueur en série finlandais qui assassinait de jeunes Norvégiennes en Islande.

 

Peu familier de ces contrées, pour ne pas m’embarrasser de descriptions, je plaçai l’action durant la longue nuit polaire, ce qui rendit son déroulé un peu confus, je dois le reconnaître. Au terme du premier chapitre, le cadavre de l’enquêtrice suédoise était découvert au Danemark par le tueur en série Finlandais, un harpon en os de fabrication islandaise planté dans le cœur. Tous les soupçons convergeaient vers une jeune Norvégienne.

 

Le livre ne reçut pas l’accueil que j’avais espéré. Peut-être avais-je eu également le tort de prendre pour pseudonyme le nom du fameux volcan islandais, Eyjafjallajökull, dans l’idée qu’il serait déjà connu du public, mais qui, dans les faits, compliqua singulièrement les commandes en librairie (certains malheureux, me dit-on, reçurent des livres d’Ericemmanuelschmitt, nuage de voyelles et de consonnes plus suffocant encore).

jeudi 10 septembre 2026

6330

Sous un troisième nom, je publie également des romans du terroir aux éditions Les Sabots crottés. Là encore, le succès se dérobe. Serait-ce une fatalité, cette faillite de toutes mes entreprises ? Ma trilogie bourguignonne, Tu la sens, ma queue, tu la sens ?, fut un échec pas même retentissant.

 

Je revins alors avec une saga provençale, Un Pygmée à Times square. Au cours des trois mois suivants, je retrouvai dans des boîtes à livres, rageusement raturés, onze des douze exemplaires écoulés…

 

Les Androïdes ne mangent pas de chili con carne devait s’inscrire dans l’histoire et le paysage berrichons, mais j’avoue que je travaille à ce livre avec un manque d’enthousiasme assez nouveau pour moi.

mercredi 9 septembre 2026

6329

Encore une année sans baise dans la vie de Zobulon. Plus mou que moi, tu fonds. Panne sèche. Tels sont les titres de mes trois premiers écrits pornographiques.

 

Leur insuccès fulgurant (dès le jour de leur parution, ils ont rassi comme des petits pains) et le refus consécutif de mes manuscrits suivants par les éditions Nuit Torride m’incitèrent à faire évoluer le personnage de Zobulon.

 

Je proposai donc coup sur coup Vœu de chasteté, Jamais le premier soir ni les soirs suivants et Y a pas que le sexe dans la vie, lequel je tiens pour mon chef-d’œuvre dans le genre, mais qui fut boudé comme les précédents. Sans doute ai-je franchi une ligne rouge. Même les lecteurs les plus libertins ont ces étranges pudeurs.

mardi 8 septembre 2026

6328

Je comptais beaucoup sur cette œuvre parallèle, modestement signée d’un pseudonyme, pour vivre enfin comme un pacha de mes revenus d’auteur, mais il me faut bien admettre aujourd’hui que mes dix-neuf romans pornographiques se sont vendus moins bien encore que mes autres livres…

 

Et je ne m’explique pas pourquoi. J’y mets en scène un héros récurrent, Zobulon, frappé par l’andropause, affligé d’impuissance et doté par la nature d’un pénis ridiculement petit. Un personnage attachant, donc, mais qui n’a pas su séduire le lectorat, contre toute attente.

 

Cependant, je ne renonce pas. On connaît ma ténacité dans le domaine ingrat du commerce des livres, laquelle ne s’est jamais laissé décourager par la mévente. Dans le roman que je suis en train d’écrire, Zobulon va aux putes. Ça ne se passe pas très bien pour lui.

lundi 7 septembre 2026

6327

Comment réussissons-nous à avancer, sachant que les routes opèrent en même temps leur demi-tour ?

 

Puis soudain, l'échelle a besoin de moi pour visser l'ampoule.

 

Mais surtout, il n’est de vrai riverain que le héron.

 

[Reprise du Marathon autofictif, de Christophe Brault, à la Maison de la poésie (que je remercie vivement de nous inviter pour une nouvelle saison), le samedi 19 septembre à 19h30. Il est recommandé de réserver.]

dimanche 6 septembre 2026

6326

Sur les autres planètes habitées, ils se demandent le nez en l’air et tout en réprimant un léger frisson d’angoisse ce que peuvent bien être ces objets volants qui apparaissent parfois dans le ciel et qui se meuvent si bizarrement. Il doit s’agir de nos parapentes.

 

– Je lis L'Imm..., d'André G.

– Mais Oraliste, de Ide, ou Atériel, de Orz ?

 

Comme elle est lourde, cette bêche, fossoyeur ! Une pelle à poussière ne te suffit donc pas ?

samedi 5 septembre 2026

6325

Oh là là, quel grand désordre ! Nous n'étions pas du tout préparés ! Voilà soudain qu'Éole pour changer avait décidé d'aspirer !

 

Son plateau lui échappe. Mais il n’y avait rien dessus. Encore un acte manqué.

 

Tous les matins, au saut du lit, il prend son talon pour l’entame d’une vie nouvelle. Puis chausse ses mules.

 

[J’ai écrit la préface de Préférer ne pas, le très désopilant essai de Roger Price qui paraît aux éditions L’Arbre vengeur.]

vendredi 4 septembre 2026

6324

Je dispose d'un radeau amarré à Port-Joinville et d'un deuxième à l'amarre dans le petit port de Nernier, faits de planches jointoyées comme tous les autres bancs.

 

Sur ce point, le contrat n’est pas très clair. Quand exactement prend fin le suivi d’obsèques ?

 

Pour un tambour acheté, un saladier offert – la calebasse.

jeudi 3 septembre 2026

6323

Dix-sept heures durant et toute la nuit même, il m’a attendu sur ce banc. Je l’y retrouve comme la matinée est déjà bien entamée. Je m’assois auprès de lui, à la même place qu’hier, sans un mot d’excuse pour être parti sans lui, pour l’avoir laissé là, ni pour mon retour si tardif ce matin. Ce n’est pas mon frère, ce n’est pas mon ami. Ce n’est qu’un pull, après tout.

 

Plus que tous les autres, et fort heureusement, le chien du funambule tire sur sa laisse.

 

Lire au soleil fut longtemps notre activité la plus plaisante. Mais le soleil est devenu trop ardent, et quant aux livres…

mercredi 2 septembre 2026

6322

Comment expliquer la diffusion ininterrompue depuis cinquante ans de tous ces tubes indigents des années 70 et 80 ? C’est simple : les bouchons ont été perdus.

 

Plus étrange, cependant, la chaussette égarée est toujours la deuxième.

 

Slogan de ce salon de coiffure : Libérez votre beauté ! Celle-ci serait-elle donc entravée par les cheveux ? Probable, en effet ! Vous ai-je dit que je perdais les miens?

mardi 1 septembre 2026

6321

La petite fille pleure, pleure, pleure. C’est que le gros chien frisé quitte la place avec ses maîtres et qu’après ça, il va être bien difficile de se réintéresser aux pigeons.

 

Il ôte ses mains de ses poches dès qu’il a accompli sa tâche – le grille-pain.

 

Mais quand deux Péruviens se rencontrent en Colombie, manifestent-ils une joie particulière ?

lundi 31 août 2026

6320

Trois prélèvements déjà. Certes, mais j’ai tout de même six litres de sang dans le corps. Ce moustique a les yeux plus gros que le ventre.

 

Grandir en long, comme fait notre pénis, est aussi le choix du teckel.

 

Elle prétend que c’est la chimio, mais moi, je sais bien qu’elle a couché avec un Allemand.

vendredi 28 août 2026

6319

L’enfant déguisé devrait grandir avec sa panoplie. Il est parfait dans le rôle, alors qu’il va inévitablement se fourvoyer demain dans un destin de hasard.

 

LUI – Lesquels de vos livres me conseillez-vous pour entrer dans votre œuvre ?

MOI – Faites comme moi, commencez par les cinquante premiers. Ensuite, nous aviserons.

 

Eau savonneuse, chiffon, raclette, grand soin… le bijoutier lave la vitre de sa devanture : c’est de celle-ci que dépendent l’éclat de son or et la limpidité de ses pierres.

jeudi 27 août 2026

6318

La terrasse du café où je prends de nouvelles habitudes est située dans une des plus vieilles rues de Dijon. Tous les matins, quand je m’y trouve, passent un ou deux groupes de touristes en visite organisée qui font halte pour admirer les colombages et les encorbellements des façades. Et je me demande combien de fois je vais devoir revenir avant que les guides ne signalent ma présence dans leur commentaire.

 

Manque à la voile un triangle de toile – or c’est là vraiment que s’engouffre le vent.

 

Couple copule – dyslexie caractérisée.

mercredi 26 août 2026

6317

Mais est-il bien pertinent d'avoir appelé Anthropocène l'ère qui verra justement la disparition de l'homme ?

 

Autre mauvaise idée : offrir ce coussin de jardinage à ton cousin céréalier.

 

De plus en plus de mal à en être. De plus en plus extérieur.


mardi 25 août 2026

6316

Que toutes celles, les plus vaillantes, qui militent pour un monde enfin débarrassé des hommes se réjouissent, ce monde existe déjà ! C'est celui des résidences seniors et des EHPAD. Les rares hommes survivants là sont de tremblants cacochymes tout à fait séniles et inoffensifs qui cherchent dans l'air saturé de parfums juste assez d'oxygène encore pour exhaler ce soir leur dernier soupir...

 

... patientez donc, vous y êtes presque, bientôt s'ouvriront pour vous les portes de cet accueillant gynécée...

 

... principalement peuplé, précisons-le quand même, de veuves désolées qui pleurent leurs bougres de maris, nos beaux et doux papas, en feuilletant Deambulator magazine. J'espère surtout que vous aimez le Scrabble ?

lundi 24 août 2026

6315

Je ne comprends pas bien les vaines spéculations qui agitent ces jours-ci le milieu littéraire, sachant que les jeux sont faits et que les principaux prix d'automne – Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina, Interallié, Académie française – ne sauraient échapper à six des onze livres d'Infernus Iohannes parus en cette rentrée !

 

Sachant aussi qu'il s'en trouvera immanquablement cinq encore – les prix Fénéon, Wepler, Vialatte, Caillois, Virilo –, moins connus sans doute quoique plus prestigieux aux yeux des amateurs éclairés (ah tiens, c'est amusant, il se trouve que j'en ai moi-même été lauréat), pour récompenser comme il se doit les cinq autres. Tel sera en effet le seul hommage à la mesure de l’œuvre sans pareille d'Antoine Volodine qui s'achève avec cette salve formidable – feu d'artifice ou bombardement, allez savoir, et d'ailleurs l'un n’empêche pas l'autre, et notre ciel est soudain moins pâle.

 

Alors, prétendus amis des lettres, qui, parmi vous, est prêt vraiment à encaisser cette charge ultime ? Qui a le coffre ? Sévère épreuve pour nos ventres mous et nos cerveaux en compote. Aimons-nous vraiment la littérature ? Quel usage en avons-nous, quel profit en tirons-nous ? Ou devrons-nous en conclure qu'elle aussi, avec le post-exotisme, a dit son dernier mot ?



vendredi 21 août 2026

6314

J'ai finalement assez peu de souvenirs précis de mon enfance et de mon adolescence, ni tellement après, d'ailleurs. Je ne crois pourtant pas à un défaut de mémoire. Dois-je admettre alors qu'elle n'a pas jugé grand-chose dans ma vie suffisamment digne d’intérêt pour être retenu ?

 

Folles passions, désirs, ambitions... or toute fièvre vient du marécage.

 

Surtout ne construis pas ton nid avec des brins d'osier, ou un gros bonhomme inévitablement viendra s'asseoir sur ta couvée.

jeudi 20 août 2026

6313

Ce zèbre de Dalmatie a quelque chose d'étrange, mais je ne parviens à pas à savoir quoi, et ça m'agace.

 

L'araignée qui te fait si peur, souffle dessus comme pour éteindre la bougie de ton premier anniversaire et la voilà déjà planquée sous la plinthe.

 

Quel arbre fabuleux fournit à l'alcoolique ce bâton de sourcier qui lui permet de trouver sa bouteille au milieu du désert ?

mercredi 19 août 2026

6312

La potion est amère, mais l’optimiste voit toujours le verre à moitié vide.

 

Serait-ce donc la candeur de la cruche ou de la gourde qui nous désaltère ?

 

Et d'ailleurs, est-ce la botte qui sabote le sabot ou le sabot qui sabote la botte ?

mardi 18 août 2026

6311

INSTALLATION SOUS TENSION. DANGER DE MORT. Si vous souhaitez continuer, cliquez sur la bannière orange.


Je me laisse paresseusement bercer par ma flemme d'accrocher le hamac.


La promesse de la pluie tient tout entière dans une menace.


lundi 17 août 2026

6310

Le style se moque bien du contexte.


Depuis quelques jours, le petit cirque installé dans le village où nous séjournons, sur le Léman, a confié ses animaux à notre voisin qui les laisse généreusement débroussailler le fond de son jardin. Nous avons donc la compagnie de deux chameaux, deux dromadaires, un lama, un zébu et un watusi qui régulièrement passent la tête par-dessus la haie et semblent à chaque fois surpris de nous trouver là: que font ces Bourguignons en Haute-Savoie ?


Depuis quelques jours aussi, les lecteurs de L'Autofictif en ligne sont avertis par l'hébergeur que ce blog peut contenir du contenu sensible et doivent, pour y accéder, cliquer à leurs risques et périls sur une bannière portant l'inscription J'ai pris connaissance de l'avertissement et je souhaite continuer. Enfin, une lecture sagace de ce journal – après bientôt vingt ans !


vendredi 14 août 2026

6309

J'ai gardé la taille fine de mes 20 ans et je dois comme à l'époque percer un trou supplémentaire dans la lanière de cuir pour ajuster à mon poignet mon bracelet-montre.

 

Les plaisanteries les plus courtes sont les orgasmes.

 

Et donc, tu me dis que le mastic n'est pas une gomme extraite de l'éléphant ? Tu en as beaucoup, des blagues comme celle-ci ?

jeudi 13 août 2026

6308

Plage de la pipe, plage des ovaires, plage de la raie profonde, Trou du curé. Or, en dépit des louables efforts du toponymiste, l'île d'Yeu ne tire toujours aucun profit du tourisme sexuel.

 

Que faire de la beauté ? Comment véritablement en jouir ? Il y a toujours un moment où elle t'humilie, où elle te repousse, te chasse comme un parasite, te renvoie à tes basses œuvres. Elle veut rester seule.

 

(Eh bien, moi, c’est en regardant notre foutue Terre que j’ai brûlé mes rétines.)

 


mercredi 12 août 2026

6307

Pharmacies et bureaux de tabac dévalisés. J'ai dû me résoudre à acheter quatre exemplaires du JDNews vendu avec des lunettes spéciales éclipse. Las, en les chaussant, nous avons vu de méchants Arabes partout et Zemmour sacrément beau gosse ! Totale éclipse, en effet.


Nous ne connaissons du monde qu'un triangle dont la pointe est plantée entre nos deux yeux.


le bœuf – son sillage

de morve et de bave

abreuve son sillon


mardi 11 août 2026

6306

Réchauffement, sécheresses, incendies, canicules... et dire que le déluge salvateur ne viendra qu'après moi !


La brouille des moineaux s'achève avec la miette.


Vidée la bouteille, il la lance à la mer avec à l'intérieur un appel au secours : À boire !

lundi 10 août 2026

6305

Comme je sors du supermarché, chargé de sacs, une vieille dame cahotante trébuche devant moi contre la bordure du trottoir. Aussitôt, un passant lui vient en aide et me demande de veiller sur la poussette de sa fille pendant qu'il traverse la rue en soutenant l'impotente ...


... Magnifique enchaînement de gestes solidaires qui vous réconcilierait avec l'humanité et je cherche alors du regard cet autre frère qui voudra bien sans trop tarder aller mettre mes surgelés dans mon congélateur...


... car la vieille se traîne, la fillette hurle, et ils sont en train de fondre et dégoutter sur mes chaussures.

vendredi 7 août 2026

6304

Seule équipée pour harponner la sirène – la harpiste.


C'est un toit qui fuit toujours un peu – la vague.


Elle repousse des deux pieds le bureau – la chaise-longue.

jeudi 6 août 2026

6303

L'être humain sort d'une histoire compliquée. Il n'est pas prêt à se réinvestir dans une relation. Ce qu'il fait pourtant. Ce sera la nouvelle histoire compliquée qui le fera hésiter ensuite à se réinvestir dans une relation.


J'ai déjà entendu cette mouette quelque part.


Si ce territoire était russe... Quand Poutine confond Ukraine et Uchronie.

mercredi 5 août 2026

6302

Je suis tout de même un homme sur lequel, pas plus tard qu'il y a trois jours, a uriné une tortue.


Chaque selfie lui arrache un visage.


Ma mémoire ne se laisse plus si facilement impressionner.

mardi 4 août 2026

6301

Grosse colère de ce petit garçon assis avec ses parents à une terrasse de Port-Joinville, qui pleure et hoquette : – Je veux aller à l'île d'Yeu, je veux aller à l'île d'Yeu !! Et je lui donne raison, et je pleure avec lui. Sommes-nous jamais vraiment là où nous sommes ?


mauvais haïku

je pose dessus

ma gomme


J'ai dû changer la semelle intérieure de mes espadrilles de cuir, complètement usées, tant je glande.

lundi 3 août 2026

6300

Et même carrément An Ouse of One's Own.


Ah, souvenirs, ces joyeuses batailles de mols oreillers du doute dans le dortoir du lycée catholique Saint-Gabriel !


Mieux vaux pourtant un grand lugubre qu'un petit jovial pour suspendre une guirlande de fanions.

vendredi 31 juillet 2026

6299

C'est tout un pour le pendu de s'amarrer et de larguer l'amarre.


Louve qui couve a faim de poussins.


Via Appia, je me suis retourné avec fierté sur le chemin accompli.

jeudi 30 juillet 2026

6298

Mais la pensée qui lui a fracturé le crâne venait-elle de l’intérieur ou de l’extérieur ? Et où est-elle maintenant ?


On s'attend à un plouf terrible, mais la jetée renonce au dernier moment.


L’enquête piétine (la scène de crime, effaçant tous les indices).