samedi 12 septembre 2026

6332

S’étonnera-t-on dès lors si mon incursion dans le domaine du feel good book se solda par une déconvenue cruelle, pour ce qui me concerne, et le suicide par pendaison des rares lecteurs qui s’étaient fourvoyés dans ces pages ?

 

Tant d’infortunes, voilà au moins de quoi nourrir une poignante autofiction, me dis-je. Mais ma vanité blessée se rebiffa et je donnai à mon récit un tour héroïque dont les aspects autobiographiques – escalade de l’Aiguille d’Étretat sur le dos d’une panthère des neiges, traversée à la nage de l’Atlantique sans bras ni jambes – furent jugés complaisants et peu vraisemblables.

 

Voici donc où j’en suis, mes amis, un peu découragé, envisageant une vieillesse lente et inféconde, à peine enchantée par les inventions verbales de la sénilité. Je brasse ces milliers de feuillets manuscrits, si mal accueillis par mes contemporains… Une vague idée me vient encore, l’espoir un instant se ranime… On fait de bien jolies choses en papier mâché ! 

(… puis je croquai dans une pomme et trois de mes vieilles dents restèrent plantées dedans…)

vendredi 11 septembre 2026

6331

Le roman nordique triomphait partout, raison pour laquelle je tentai aussi de m’illustrer dans le polar scandinave, considérant que le filon ne pouvait être ainsi confisqué par les natifs de la péninsule. Afin de mettre toutes les chances de mon côté, je formai un tandem de flics constitué d’un Danois et d’une Suédoise poursuivant un tueur en série finlandais qui assassinait de jeunes Norvégiennes en Islande.

 

Peu familier de ces contrées, pour ne pas m’embarrasser de descriptions, je plaçai l’action durant la longue nuit polaire, ce qui rendit son déroulé un peu confus, je dois le reconnaître. Au terme du premier chapitre, le cadavre de l’enquêtrice suédoise était découvert au Danemark par le tueur en série Finlandais, un harpon en os de fabrication islandaise planté dans le cœur. Tous les soupçons convergeaient vers une jeune Norvégienne.

 

Le livre ne reçut pas l’accueil que j’avais espéré. Peut-être avais-je eu également le tort de prendre pour pseudonyme le nom du fameux volcan islandais, Eyjafjallajökull, dans l’idée qu’il serait déjà connu du public, mais qui, dans les faits, compliqua singulièrement les commandes en librairie (certains malheureux, me dit-on, reçurent des livres d’Ericemmanuelschmitt, nuage de voyelles et de consonnes plus suffocant encore).

jeudi 10 septembre 2026

6330

Sous un troisième nom, je publie également des romans du terroir aux éditions Les Sabots crottés. Là encore, le succès se dérobe. Serait-ce une fatalité, cette faillite de toutes mes entreprises ? Ma trilogie bourguignonne, Tu la sens, ma queue, tu la sens ?, fut un échec pas même retentissant.

 

Je revins alors avec une saga provençale, Un Pygmée à Times square. Au cours des trois mois suivants, je retrouvai dans des boîtes à livres, rageusement raturés, onze des douze exemplaires écoulés…

 

Les Androïdes ne mangent pas de chili con carne devait s’inscrire dans l’histoire et le paysage berrichons, mais j’avoue que je travaille à ce livre avec un manque d’enthousiasme assez nouveau pour moi.

mercredi 9 septembre 2026

6329

Encore une année sans baise dans la vie de Zobulon. Plus mou que moi, tu fonds. Panne sèche. Tels sont les titres de mes trois premiers écrits pornographiques.

 

Leur insuccès fulgurant (dès le jour de leur parution, ils ont rassi comme des petits pains) et le refus consécutif de mes manuscrits suivants par les éditions Nuit Torride m’incitèrent à faire évoluer le personnage de Zobulon.

 

Je proposai donc coup sur coup Vœu de chasteté, Jamais le premier soir ni les soirs suivants et Y a pas que le sexe dans la vie, lequel je tiens pour mon chef-d’œuvre dans le genre, mais qui fut boudé comme les précédents. Sans doute ai-je franchi une ligne rouge. Même les lecteurs les plus libertins ont ces étranges pudeurs.

mardi 8 septembre 2026

6328

Je comptais beaucoup sur cette œuvre parallèle, modestement signée d’un pseudonyme, pour vivre enfin comme un pacha de mes revenus d’auteur, mais il me faut bien admettre aujourd’hui que mes dix-neuf romans pornographiques se sont vendus moins bien encore que mes autres livres…

 

Et je ne m’explique pas pourquoi. J’y mets en scène un héros récurrent, Zobulon, frappé par l’andropause, affligé d’impuissance et doté par la nature d’un pénis ridiculement petit. Un personnage attachant, donc, mais qui n’a pas su séduire le lectorat, contre toute attente.

 

Cependant, je ne renonce pas. On connaît ma ténacité dans le domaine ingrat du commerce des livres, laquelle ne s’est jamais laissé décourager par la mévente. Dans le roman que je suis en train d’écrire, Zobulon va aux putes. Ça ne se passe pas très bien pour lui.

lundi 7 septembre 2026

6327

Comment réussissons-nous à avancer, sachant que les routes opèrent en même temps leur demi-tour ?

 

Puis soudain, l'échelle a besoin de moi pour visser l'ampoule.

 

Mais surtout, il n’est de vrai riverain que le héron.

 

[Reprise du Marathon autofictif, de Christophe Brault, à la Maison de la poésie (que je remercie vivement de nous inviter pour une nouvelle saison), le samedi 19 septembre à 19h30. Il est recommandé de réserver.]

dimanche 6 septembre 2026

6326

Sur les autres planètes habitées, ils se demandent le nez en l’air et tout en réprimant un léger frisson d’angoisse ce que peuvent bien être ces objets volants qui apparaissent parfois dans le ciel et qui se meuvent si bizarrement. Il doit s’agir de nos parapentes.

 

Je lis L'Imm..., d'André G.

Mais Oraliste, de Ide, ou Atériel, de Orz ?

 

Comme elle est lourde, cette bêche, fossoyeur ! Une pelle à poussière ne te suffit donc pas ?