jeudi 24 septembre 2026

6344

Sainte famille que la mienne, mécréants, prosternez-vous ! Le soin de confectionner la mitre et la chasuble que portera le pape Léon XIV, samedi, à l’occasion de sa messe place de la Concorde, a été confié aux ateliers d’arts liturgiques de mes petits-cousins Chevillard, hé oui ! Le Vatican m’a par ailleurs demandé de lui écrire son sermon, comme si je n’avais que ça à foutre !

 

Attention, une oasis ! Prudence… Risque accru de présence humaine.

 

(Mais donc, nous l’habillons sur place. Est-ce à dire que le souverain pontife fait le voyage à poil depuis l’Italie ?)

mercredi 23 septembre 2026

6343

LUI – Veux-tu venir dîner demain ?

MOI – C’est gentil… oui, pourquoi pas ?

LUI – Eh bien, parce qu’il y aura aussi Jeanne et Melchior que tu n’apprécies pas beaucoup, je crois.

MOI – En effet.

LUI – Et Jean-Louis avec lequel tu es en procès, si je ne m’abuse.

 

L’alcool ne tient pas ses promesses. L’ivrogne titube dans les rues sans parvenir à se semer.

 

Ce matin, tout à coup, le soldat inconnu est sorti de son amnésie. Il se rappelle très bien qui il fut. Et compte entreprendre des démarches pour être inhumé auprès de Marthe.

mardi 22 septembre 2026

6342

Petit moment de désarroi collectif, samedi soir à la Maison de la poésie, tandis que Christophe Brault, souffrant pourtant d’un genou, parcourait de sa foulée déliée la 46ème étape de son marathon autofictif. Il en est désormais à l’année 2014 et, le 25 novembre, j’écrivais ceci, qu’il a donc lu sans faillir : « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. »

 

Flottement dans l’assistance ordinairement très réactive, perplexité non dissimulée de Christophe lui-même, et moi, pas plus fier que les autres, mêmement accablé par l’obscurité de cette énigme. « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. » Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

 

D’habitude, je retrouve lorsque je les entends l’origine de mes formules les mieux tirées par les cheveux, quelle intuition poétique me les a dictées. Cette fois, chaque interprétation que je risque pour sauver la face est plus décevante que la précédente… Il m’arrive de céder au lâcher-prise émancipateur du nonsense, peut-être que ce fut le cas ce jour-là. Ou bien aurais-je saisi alors une vérité si poignante que nous peinons encore, douze ans plus tard, à la concevoir et à l’admettre lucidement ? Je penche pour cette dernière hypothèse.

lundi 21 septembre 2026

6341

LUI – Veux-tu venir dîner demain ? Ce sera très simple, sans chichis, sans tralala, à la bonne franquette, sur le pouce.

MOI – Heu… entendu… j’apporte quelque chose ?

LUI – Non, non, penses-tu ! Ou alors juste une quiche, une salade, deux ou trois fromages et une bouteille.

MOI – Bon.

LUI – Et je te laisse peut-être quand même te charger du dessert ?


Nostalgie… Nous ne connaissons plus la mélancolie des paquebots…


J’hésite entre ces deux matelas… L’argumentaire de l’un promet des étreintes torrides. Mais celui de l’autre, une mort paisible.

 

dimanche 20 septembre 2026

6340

Troubles hormonaux. Le corps change. La voix mue. Le dermatologue noyé dans ses pommades ne peut rien pour notre gueule ravagée. Le nez pousse. Théo sort avec Niki. L’humeur s’assombrit. L’inertie nous gagne. Fin de l’innocence. Plus personne ne nous comprend. C’est l’âge ingrat. La soixantaine.

 

Suspendu à une branche par les bras et les jambes tout le long du jour : on ne me verra jamais faire le paresseux comme ça.

 

– Qui m’aime me suive ! lança-t-il. Et bientôt, en effet, il sentit sur sa nuque l’haleine du fauve.

 

samedi 19 septembre 2026

6339

Plus charmante encore que son sourire si généreusement offert, il y a sa petite moue de dégoût que nous ne sommes que deux à connaître, le brocoli et moi.

 

Va droit au fond des choses – la pluie.

 

La terre fertile, nourricière, si noire soit-elle, est notre or véritable – et l’homme au terme de toute une vie d’efforts en est par récompense entièrement recouvert.

 

[Nous nous retrouvons donc ce soir à la Maison de la poésie à 19h 30 avec Christophe Brault pour la reprise du Marathon autofictif.]

 

vendredi 18 septembre 2026

6338

1… 2… 3… puis plus rien. Ici, s’arrête le décompte des brins d’herbe de ma pelouse. Les canicules de l’été ont tout cramé. Adieu, vertes prairies. Désormais, nous trierons les poussières.

 

Combien de grues pour paver le ciel ?

 

Si routinière soit l’existence, surtout après la sortie de la maternité, le journal reste le seul genre littéraire au sujet duquel il ne sera jamais possible d’affirmer que tout a été dit. Il y a toujours du suspense. Promesses et menaces devront être confirmées ou infirmées. S’ouvre aujourd’hui la vingtième année de L’Autofictif. Pour vous, c’est de la balle, mais moi, je tremble.