J’ai revu le cygne de Nernier, au bord du
Léman, sur son nid de bois flottés et je me suis assis non loin d’elle (puisqu’il
s’agit d’une femelle, comment en douter ?) sur la plage de galets.
Comptant sur ma vigilance (je veux le croire, puisque le mâle supposé éloigner les
intrus et braver les périls ne s’est jamais montré), elle s’est alors levée
pour se dégourdir les pattes, découvrant un œuf unique, de belle taille,
couleur vert-de-gris.
Poché, mollet, au plat, à la coque, en
omelette… ? Ces cinq idées me sont venues presque simultanément. C’est
dire si j’ai l’esprit fécond.
Mais bien sûr, je n’ai pas touché à ce trésor.
Respect de la nature. De la vie qui va naître. De sa fragilité qui la rend si
précieuse. De la noble abnégation et admirable patience du cygne. Et puis, ce
vert-de-gris… poison !