vendredi 13 mars 2026

6167

Il n’est déjà pas très facile d’être soi alors même que nous sommes dans la place, je n’ose imaginer comme il doit être pénible d’être un autre.

 

Où qu’elle se trouve, sa beauté éclipse tout l’entour, chose bien ennuyeuse pour une photographe.

 

Le lierre sur le mur, on l’asperge de désherbant ? on l’arrache ? on le coupe ? – On le fusille !

  

[Amis bretons, je suis invité par la librairie Comment dire, de Rennes, mardi 17 mars à 18h30, pour une rencontre autour de Jaune soleil. Mais y serez-vous ?]

jeudi 12 mars 2026

6166

Tous ceux qui me connaissent vous le diront, je suis possédé par le démon de la coïncidence (frère jumeau du démon de l’analogie qui m’est également familier). J’en trouve partout, c’est ma seule métaphysique, là où se fêle mon armure de sceptique en acier trempé.

 

Ainsi l’on m’apprend que Philippe Favier, mort sur la route, se serait endormi au volant. Or le titre de sa dernière exposition, à Lyon, cet automne, où il m’avait invité à signer Ohé Pimoe, était Andormi, anagramme de Morandi, le peintre italien de natures mortes auquel il rendait ainsi un hommage à sa façon (Philippe dissimulait volontiers ses conceptions subtiles derrière des calembours).

 

Or, en faisant des recherches sur ce peintre que je connais mal, je découvre qu’il est mort (s’est endormi) le 18 juin 1964, jour où j’ai ouvert les yeux. Et l’on fait quoi avec ça ? Oui, c’est aussi ma question.

  

[Merci à Christian Rosset pour cette très belle lecture de Jaune soleil dans Diacritik.]

mercredi 11 mars 2026

6165

Nos cagoules d’enfant étaient fort mal conçues, laissant voir notre visage, en conséquence de quoi nous ne pouvions commettre nos bêtises incognito – aussitôt reconnu, le petit malfrat se voyait privé de mousse au chocolat.

 

L’œuvre derrière moi, devant moi levrette. 

 

Si tu vas à la neige, que ce soit au moins en floconnant.

mardi 10 mars 2026

6164

Ce serait une petite amnésie régénérative. Chaque nuit l’oubli de qui nous sommes, sans altération de notre personnalité, mais chaque matin surprise renouvelée d’être soi. Bonjour, enchanté, qui suis-je ? Toute une journée pour faire connaissance.

 

L’eau a tort de se confier à l’éponge, celle-ci ne sait pas garder un secret.

 

Trois disparitions douloureuses en à peine plus d’un mois. Comment fuir cette ville bombardée ?

lundi 9 mars 2026

6163

Il aimait peindre et dessiner des squelettes fantasques et rieurs. Certains jouent même à la pétanque avec leur crâne. D’une créativité et d’une inventivité prodigieuses, inlassables, recycleur génial d’ardoises, de cartes de visite ou de boîtes de sardines, il aurait fallu le laisser chiner notre vieille planète abîmée, il en aurait fait un monde tout neuf, riche en surprises, favorable à tous les destins. La mort accidentelle de Philippe Favier est un grand malheur. Une main si belle qui se fige.

 

Philippe a illustré et sublimé de son trait net et précis – qui est pourtant aussi une écriture imprévisible – sept de mes livres aux éditions Fata Morgana, récemment encore Ohé Pimoe. Et j’ai moi-même écrit des textes pour accompagner ses Aquarelles de guerre exposées à la Maison des arts de Bages en 2019.

 

Le 30 octobre dernier, il nous invitait, mon beau-père Bruno Duborgel et moi, à signer nos livres à la galerie Ceysson & Bénétière de Lyon où il exposait. Bruno et Philippe, deux amis de longue date morts à trois semaines d’intervalle. Certaines soirées joyeuses sont de tristes cérémonies d’adieu mais nous ne le savons pas.

dimanche 8 mars 2026

6162

Je vois pas pourquoi, au prétexte que nos modernes fusils d’assaut peuvent tirer 30 ou 40 balles en rafale, on ne fixerait pas à leur extrémité une bonne vieille baïonnette, comme si l’expérience ne nous avait pas appris que survient toujours un 41ème ennemi !

 

Dans sa hâte à dévorer la laitue, la tortue a renversé sur elle le saladier.

 

Je parais si jeune encore qu’il arrive souvent que l’on me prenne pour mon petit-fils.

 

samedi 7 mars 2026

6161

a beau lire

ne peut rien

abolir

 

écrivain

pas

copain

 

attise

de la main

les hantises

 

[Encourageons pourtant la recherche en littérature, surtout quand elle se donne pour sujets les meilleurs écrivains contemporains… Les Figures d’auteurs dans les romans d’Éric Chevillard. Défense et illustration de la littérature. Merci à Isabelle Munoz.]