mercredi 3 juin 2026

6249

De plus en plus pelé et amaigri, l’écrivain sur son livre dérive dans l’océan glacé de l’indifférence.

 

Procéder à des bilans médicaux divers, me faire poser quelques couronnes et palper la prostate d’un doigt expert, autant d’urgences, je suppose, pour mon corps vieillissant qui n’embellit guère et sécrète secrètement ses poisons. Mais je ne suis pas sûr de lui devoir tant de soins. Il s’est usé sur sa pente, sans abuser ni de la douleur ni de la volupté. Pourquoi anticiper ? Il m’a promis de pousser un cri quand viendra l’heure de me soucier de lui.

 

Et soudain, flamboyante et ravageuse, la foudre s’abat sur le noisetier : un écureuil. 

mardi 2 juin 2026

6248

Public presque exclusivement féminin, bien sûr, pour le Grand marathon de l’Autofictif de huit heures que Christophe Brault a couru à Rouen, vendredi. Parmi les quelques hommes présents, deux fumeurs de pipe ! Deux fumeurs de pipe, alors qu’il peut désormais nous arriver de rester plusieurs mois sans en rencontrer un seul. La littérature ne rajeunit pas.

 

Couple bras dessus bras dessous – mais les poings sur les hanches.

 

Je relève mes lunettes de soleil sur mon front et mon esprit alors peut regarder la mort fixement.

  

[Retour à la Maison de la poésie pour la dernière étape du Marathon autofictif, le lundi 15 juin à 19h30 (attention, pour les habitués, à cet horaire inhabituel). Réservation recommandée. Venez nombreuses, mesdames. N’oublie pas ta pipe, camarade.]

lundi 1 juin 2026

6247

Ce n’est pas que je possède une double personnalité, comme on le croit parfois, l’une plutôt gaie et blagueuse, l’autre sombre et mélancolique. Mais je constitue un cas unique de gémellité formée de deux nains inséparables – heureux de vivre, le premier, triste comme une tombe, le second – dont l’un porte l’autre, puis l’autre l’un, alternativement.

 

Grâce à des vêtements savamment coupés, personne ne s’est jamais rendu compte de rien et, quand je suis nu, j’ai aussi pour cacher cette particularité des ruses que je préfère taire. Et donc, lorsque le nain blagueur que je suis se trouve être le porteur, ma face reste sinistre et mes propos amers, mais il m’arrive dans le même temps de sautiller allègrement ou d’exécuter de cocasses pas de danse.

 

En revanche, quand le nain mélancolique que je suis est à son tour le porteur, j’affiche un visage souriant, les blagues fusent et ma plaisante compagnie est très recherchée. Même si, bien sûr, simultanément, je traîne des pieds et très souvent recule ou prends la fuite.

dimanche 31 mai 2026

6246

Deux taciturnes et ténébreux personnages se font face en évitant de se regarder – les échecs, ou le jeu de société bien compris.

 

Dipsomane au nez cramoisi habilement cache son rhum dans son rhume.

 

M’émietterais-je ? Le pigeon à mes pieds trouve toujours à becqueter.

 

samedi 30 mai 2026

6245

Une crampe terrible au mollet me réveille au milieu de la nuit. J’étais pourtant bien parti dans cette finale de Roland-Garros. Mais là, impossible de continuer, la douleur est trop vive, je dois abandonner. C’est rageant. À deux points du match !

 

Il me tend son oinj – et je me brûle la langue en le fumant à l’envers. Foutu fossé des générations !

 

Les delphinariums étant aujourd’hui fermés, les dresseurs réduits au chômage tentent de reproduire leurs numéros avec des carpes. Il y a du travail. Pour les chorégraphies aériennes, il est encore impossible à ce jour de se passer d’un fil et d’un hameçon.

vendredi 29 mai 2026

6244

Mensonge ! Quantité de poissons-pilotes ont traversé l’Atlantique bien avant Lindbergh !

 

La balle de ping-pong ne retombe pas toujours sur la table mais trouve alors un petit trou où se loger, entre les pierres, les racines, ou sous un meuble, permettant au pongiste maladroit de sauver la face en prétendant que, pour sa part, il jouait au golf.

 

Le souriceau occupe une place très mince dans nos pensées – mais que dire de la nôtre dans les siennes ?

jeudi 28 mai 2026

6243

Et cependant, la fourmi ne peut pas fourmiller seule. Mais alors, dans la solitude, que fait-elle ?

 

Je m’étais retiré. Très honnêtement, je ne croyais pas un retour possible. C’était désormais derrière moi. L’âge était là, la motivation en berne. Et puis, si, pourtant, j’en fus le premier surpris, on m’a revu sur un pédalo !

 

Contrairement à l’idée reçue, le loup est un animal craintif et fuyant. Ou alors peut-être est-ce qu’il se fait peur ?