mercredi 11 février 2026

6139

Ceinturon ou bretelles ? Alors certes, le ceinturon reste irremplaçable pour éduquer ses enfants avec une saine rigueur, mais quand il s’agit de les chasser de chez soi le jour venu, rien ne vaut les bretelles dont on usera alors comme de la paire d’élastiques d’un lance-pierre pour envoyer valser par-dessus le mur du jardin.


Pas vu. Pas lu. Connais pas. Autant de temps pour moi.


une, deux, trois, quatre hures

tant à la fin furent

défoncèrent le mur

mardi 10 février 2026

6138

Il est des limbes où la dénatalité est une question vraiment préoccupante. La concurrence devient de plus en plus rude, les places de plus en plus rares et chères. Les prétendants bientôt ne reculeront devant rien pour venir au monde. Ceux qui naîtront poursuivront sur leur lancée, prêts à tout pour frayer leur chemin dans la vie. Cela augure encore de beaux lendemains.


Regardez-moi jongler avec une orange. Et n’oubliez pas que qui peut le plus peut le moins.


Imperturbablement morose. Son visage, le nuage qui stationne devant son sourire.

lundi 9 février 2026

6137

Le temps passe plus vite que nous. Je reste un enfant.

 

L’inventeur du fil à couper le beurre est tombé dans l’oubli et son absurde invention avec lui, qui fut jamais le seul à en faire usage.

 

Quel cri pour faire fuir la peur ?

dimanche 8 février 2026

6136

Sitôt parvenu sur cette île déserte au cœur du Pacifique, j’entrepris de creuser des douves sur tout son pourtour. Deux précautions valent mieux qu’une.

 

Cette taupe connaît mon jardin comme sa poche.

 

Cette fois, je crois qu’il a définitivement sorti la tête de l’eau. Pour sombrer dans l’alcool.

samedi 7 février 2026

6135

Lui qui ne sut qu’avancer masqué,

comment diable vous en voudrait-il de n’avoir su lui arracher

la peau,

comment vous en voudrait-il ?

 

Hier aujourd’hui demain

par tous les temps lourdes paupières

en rideaux : tous les jardins ?

plus ou moins tôt : rien que poussière,

hier aujourd’hui demain ?

 

Ces deux poèmes sont extraits du recueil inédit, Piricino dernier des hommes, de mon ami Marc Daniel qui vient si brutalement de mourir. La douceur et la prévenance faites homme. Avec les doses exactes d’humour et de tristesse qu’il faut à la vie bien comprise. Mais trop de modestie, son plus vilain défaut (son seul livre publié à moi consacré, à moi donc qui en manque beaucoup pour le citer là)... Mon cher Marc, les éditeurs t’auront bêtement boudé, mais tu t’en fiches maintenant que ton fantôme a élu domicile à la Maison de la poésie où nous nous retrouvions souvent et où jamais je ne manquerai de le saluer.

vendredi 6 février 2026

6134

En eusses-tu noirci déjà quarante, le cahier neuf fait de toi un écrivain débutant. Cette précieuse relation à la papeterie s’est dénouée pour nombre d’auteurs devenus informaticiens. N’est-ce pas pourtant comme s’ils y avaient laissé leur peau ?

 

Son beau fuselage ne protège donc pas le thon contre nos torpilles qui le réduisent en miettes.

 

Et la tomate, a-t-elle vraiment mérité cette fessée déculottée ?

jeudi 5 février 2026

6133

Comme la créature primitive valétudinaire rampait vers la valériane ou le plantain lancéolé qui la soulagerait, son descendant, notre contemporain, d’une main sûre ouvre son armoire à pharmacie pour saisir la boîte de Doliprane, de Spasfon ou de Lexomil. Ce que c’est que l’instinct !

 

Pour crier au loup, il bêle et grésille pour crier au feu.

 

Il se faisait passer auprès de femmes crédules pour un accrocheur de colliers, mais c’était en réalité un dangereux dégrafeur de soutien-gorge.


[Et puis, le 5 mars prochain, paraîtront aux Editions de Minuit mon nouveau roman Jaune soleil ainsi que la réédition en poche de Monotobio.]