dimanche 15 février 2026

6141

crottée la traîne

du ciel dans la pluie

si vilaine


on y va on s'entraîne

mourir par compassion

tentative vaine


é-coper -ponger -cluser

par quel bout se prennent

cette pluie cette peine

jeudi 12 février 2026

6140

File droit sur ses rails sans ralentir, sans dérailler, sans nuls retard ni collision jamais, vraiment un modèle de fiabilité, de ponctualité, le train du malheur.


Toute similitude avec une fiction, toute ressemblance avec le destin de personnages de roman ne seraient que pures coïncidences. Ma vie est une histoire vraie.


L'embouteillement de la soupe de poisson est une cruelle dérision de l'espoir que nous concevons si naïvement en lançant nos bouteilles à la mer.

mercredi 11 février 2026

6139

Ceinturon ou bretelles ? Alors certes, le ceinturon reste irremplaçable pour éduquer ses enfants avec une saine rigueur, mais quand il s’agit de les chasser de chez soi le jour venu, rien ne vaut les bretelles dont on usera alors comme de la paire d’élastiques d’un lance-pierre pour envoyer valser par-dessus le mur du jardin.


Pas vu. Pas lu. Connais pas. Autant de temps pour moi.


une, deux, trois, quatre hures

tant à la fin furent

défoncèrent le mur

mardi 10 février 2026

6138

Il est des limbes où la dénatalité est une question vraiment préoccupante. La concurrence devient de plus en plus rude, les places de plus en plus rares et chères. Les prétendants bientôt ne reculeront devant rien pour venir au monde. Ceux qui naîtront poursuivront sur leur lancée, prêts à tout pour frayer leur chemin dans la vie. Cela augure encore de beaux lendemains.


Regardez-moi jongler avec une orange. Et n’oubliez pas que qui peut le plus peut le moins.


Imperturbablement morose. Son visage, le nuage qui stationne devant son sourire.

lundi 9 février 2026

6137

Le temps passe plus vite que nous. Je reste un enfant.

 

L’inventeur du fil à couper le beurre est tombé dans l’oubli et son absurde invention avec lui, qui fut jamais le seul à en faire usage.

 

Quel cri pour faire fuir la peur ?

dimanche 8 février 2026

6136

Sitôt parvenu sur cette île déserte au cœur du Pacifique, j’entrepris de creuser des douves sur tout son pourtour. Deux précautions valent mieux qu’une.

 

Cette taupe connaît mon jardin comme sa poche.

 

Cette fois, je crois qu’il a définitivement sorti la tête de l’eau. Pour sombrer dans l’alcool.

samedi 7 février 2026

6135

Lui qui ne sut qu’avancer masqué,

comment diable vous en voudrait-il de n’avoir su lui arracher

la peau,

comment vous en voudrait-il ?

 

Hier aujourd’hui demain

par tous les temps lourdes paupières

en rideaux : tous les jardins ?

plus ou moins tôt : rien que poussière,

hier aujourd’hui demain ?

 

Ces deux poèmes sont extraits du recueil inédit, Piricino dernier des hommes, de mon ami Marc Daniel qui vient si brutalement de mourir. La douceur et la prévenance faites homme. Avec les doses exactes d’humour et de tristesse qu’il faut à la vie bien comprise. Mais trop de modestie, son plus vilain défaut (son seul livre publié à moi consacré, à moi donc qui en manque beaucoup pour le citer là)... Mon cher Marc, les éditeurs t’auront bêtement boudé, mais tu t’en fiches maintenant que ton fantôme a élu domicile à la Maison de la poésie où nous nous retrouvions souvent et où jamais je ne manquerai de le saluer.

vendredi 6 février 2026

6134

En eusses-tu noirci déjà quarante, le cahier neuf fait de toi un écrivain débutant. Cette précieuse relation à la papeterie s’est dénouée pour nombre d’auteurs devenus informaticiens. N’est-ce pas pourtant comme s’ils y avaient laissé leur peau ?

 

Son beau fuselage ne protège donc pas le thon contre nos torpilles qui le réduisent en miettes.

 

Et la tomate, a-t-elle vraiment mérité cette fessée déculottée ?

jeudi 5 février 2026

6133

Comme la créature primitive valétudinaire rampait vers la valériane ou le plantain lancéolé qui la soulagerait, son descendant, notre contemporain, d’une main sûre ouvre son armoire à pharmacie pour saisir la boîte de Doliprane, de Spasfon ou de Lexomil. Ce que c’est que l’instinct !

 

Pour crier au loup, il bêle et grésille pour crier au feu.

 

Il se faisait passer auprès de femmes crédules pour un accrocheur de colliers, mais c’était en réalité un dangereux dégrafeur de soutien-gorge.


[Et puis, le 5 mars prochain, paraîtront aux Editions de Minuit mon nouveau roman Jaune soleil ainsi que la réédition en poche de Monotobio.]


mercredi 4 février 2026

6132

Avant de la chasser, l’homme a bien évidemment tenté de pêcher la baleine, comme cela semblait naturel. Mais dès qu’il la ferrait, le fil cassait, quand ce n’était pas le scion.

 

Ce n’est pas grave, me dit-elle gentiment, constatant ma petite panne sentimentale, cette subite et inhabituelle défaillance de mon amour pour elle, tant que tu me baises fort !

 

(Puis planter l’hameçon dans le plancton n’était pas non plus une mince affaire – mais une trop mince affaire.)

mardi 3 février 2026

6131

Quelle mécanique de production serait activée par un geste de lassitude, d’abandon ou de fatigue ? Il est regrettable d’être si remarquablement paresseux et de n’en tirer aucun profit. Comment faire fructifier ma paresse ?

 

oust

à moi

cette mangue

 

Pourquoi soudain ce trophée, ces bravos ? Au hasard de son errance, il a remporté le slalom.

lundi 2 février 2026

6130

Mais qui sont ces personnes qui s’autorisent à jeter dans nos vies le trouble de l’amour ? On ne leur avait pourtant rien demandé !

 

Étonnant que l’homme n’ait pas encore trouvé le moyen d’employer à la scierie le braiment de son petit âne.

 

Serais-je prisonnier d’une boucle temporelle ? Ce n’est pas la première fois que je vois ce nuage…

dimanche 1 février 2026

6129

Soudain, effluves de savon, fragrances printanières… c’est l’hôte propreté qui passe dans le couloir du wagon avec une poubelle.

 

Il y a bien longtemps que je chausse mes après-ski avant.

 

Puis les fourmis toutes ensemble retirèrent leurs loups noirs et, là, surprise… !

samedi 31 janvier 2026

6128

La première fois qu’une fille a retiré son anorak devant moi, je me suis évidemment senti un peu bête et j’ai eu peur qu’elle ne s’avise tout de suite de mon inexpérience. Je n’en menais pas large. Mais elle n’a rien remarqué et, quand elle a ensuite ôté son écharpe, elle avait affaire cette fois à un type qui avait pris confiance et je crois pouvoir dire que j’ai assuré.

 

Sa troisième patte brandit son poing, qui est sa petite tête courroucée – l’autruche.

 

Le papetier avait pourtant bien fait les choses. C’est encore une fois l’écrivain qui a tout salopé.

vendredi 30 janvier 2026

6127

Excellente initiative de la SNCF, vraiment, ces wagons No kids pour les usagers qui souhaitent voyager en paix. Mais qui ne va pas assez loin, à mon sens. Interdisons ces mêmes voitures aux jeunes, dont les musiques purulentes débordent des écouteurs. Aux cadres et commerciaux aussi, qui n’ont aucun scrupule à téléphoner depuis leurs sièges. Aux vieillards, qui ont tendance à s’assoupir et à ronfler. Aux collègues ou amis voyageant de compagnie, qui parlent décidément trop fort…

 

En somme, je préconise des voitures Writers only. Et encore, il arrive aux autres écrivains de se racler la gorge ou de se gratter la tête. Puis, quand on sait ce que valent leurs écrits…

 

J’exige un wagon pour moi tout seul.

jeudi 29 janvier 2026

6126

Très apprécié, l’écrivain empathique est pourtant un sale vicieux. Que fait-il à l’intérieur de ses personnages ? Voyez comme il empoisse ces malheureux de sa sollicitude intrusive ! Qu’il exalte plutôt sa propre singularité et se livre à ses petites expériences avec son âme à lui.

 

L’éléphant ne pleure pas longtemps la mort de la mouche. Préfère profiter de la place qu’elle libère pour s’ébattre plus au large !

 

Il serait temps de détromper les écrivains : sujet de société ne signifie pas sujet de roman. Bien au contraire ! Acceptons bravement notre qualité de phénomènes de foire.


[Rappel pour les amis japonais et japonophones : Hiroko Inada publie tous les mercredis sur son blog la traduction de trois fragments de L’Autofictif, choisis par elle parmi les 6126 entrées de ce journal.]


mercredi 28 janvier 2026

6125

Un pas en avant, un pas en arrière. Nous sommes des êtres indécis, tous fils et filles d’un mouvement de va-et-vient (à notre décharge)...

 

La plupart des femmes échappent au féminicide en vivant plus longtemps que leur conjoint. Fine stratégie.

 

Espèces d’humains !

mardi 27 janvier 2026

6124

En tenue de nuit, je monte sur la balance de la salle de bains. C’est incroyable ces pyjamas de douze kilos que l’on fait aujourd’hui ! Quand j’étais petit, ils ne pesaient pas tant.

 

– En haut, à gauche, écrivez vos nom et adresse. En haut, à droite, notez la date.

– Mais alors, où dessine-t-on le soleil ?

 

Par bonheur, l’euthanasie enfin légalisée et autorisée en cas de situation désespérée permit à l’humanité tout entière d’échapper in extremis à l’apocalypse.

lundi 26 janvier 2026

6123

La femelle pour si peu ne cesse pas de paître. Parfaitement indifférent lui-même, le mâle ce faisant regarde ailleurs. Tel est le coït animal. Nous sommes bien les seuls à nous prendre autant au sérieux (imagine-t-on une seconde le buffle à la bufflonne : – T’as kiffé ?).

 

Reculer pour mieux sauter. Inspirer pour mieux expirer.

 

Deux tresses ou deux nattes, nous sommes las déjà de cette symétrie systématique. Je suggère une tresse, d’un côté, une natte, de l’autre ?

 

[Et donc, il est entendu que nous nous retrouvons ce soir à 20 h à la Maison de la poésie pour le Marathon autofictif de Christophe Brault.]

dimanche 25 janvier 2026

6122

L’écrivain est un arbre qui part à l’aventure de tous côtés sans bouger et se couvre de feuilles qu’il finit par froisser et jeter par terre. Puis, curieusement, six mois plus tard, ça repart.

 

Ne boite plus depuis qu’il boit.

 

L’ongle pousserait plus vite et plus long s’il ne trouvait toujours, suffisamment proche, une proie à lacérer.

samedi 24 janvier 2026

6121

Mais si, évidemment que les extraterrestres nous envoient des signaux ! Ce sont les nuages, qui signifient : on ne veut plus vous voir !

 

L’animal impliqué, l’homme appliqué.

 

Les posthumes auront donc manqué de vitalité.

vendredi 23 janvier 2026

6120

De part et d’autre, disposent d’armes de destruction massive, tout un arsenal dissuasif. C'est parti pour trente années de guerre froide entre les hommes et les femmes. Trouveront-ielles seulement un terrain neutre où échanger leurs otages, ovocytes contre spermatozoïdes ? Ou laissons-nous déjà le champ libre à l’androïde ?

 

sur l’appui

de la meurtrière

un soliflore

 

Vieux os flambent bien. Tout ce qu'il nous reste d'ardeur !

 

 

jeudi 22 janvier 2026

6119

La poignée de mains est chaleureuse et le suspense encore entier : lequel va faire à l’autre une clé de bras ?

 

Je ne suis pas fâché d’avoir laissé derrière moi la cinquantaine. On est vraiment trop vieux.

 

Tous les égoutiers vous le diront. Ils ne rencontrent pas tant d’alligators ou d’anacondas abandonnés là par leurs propriétaires que de phoques informes rampant et se tordant sur des montagnes de fange.

mercredi 21 janvier 2026

6118

La crise cardiaque du grand-père a tué raide sa petite-fille (juchée sur ses épaules).

 

j’expire

pour mon haïku

ce phylactère de buée

 

Nul besoin de la paire en effet pour le funambule qui fait l’emplette d’une sandale de corde.

mardi 20 janvier 2026

6117

en feu son nid

la pie regrette

et moi donc qui n’ai plus d’allumettes

 

bouché mon terrier

comblé de mottes

sorties du sien par la marmotte

 

puis que fait sous ma pierre

tombale au cimetière

cette grouillante fourmilière

lundi 19 janvier 2026

6116

Mon amie imaginaire a brutalement rompu ! Selon elle, je ne lui accordais plus assez de temps ni de place dans mes songeries, elle m’aurait même surpris en train de rêvasser à d’autres chimères… Puisqu’il en était ainsi, elle préférait s’évaporer. Et j’ai eu beau fermer les yeux très fort, je n’ai pas pu la retenir.

 

Zygomatique est un des derniers mots du dictionnaire. Peu nombreux, d’ailleurs, les écrivains qui arrivent jusque-là. Souvent, parvenus à Asthénie, ils ont déjà vidé leur sac.

 

Et pourtant, n’oublions jamais que l’enfant qui naît aujourd’hui au Havre serait tout aussi bien disposé à vivre à Pékin au VIe siècle.

dimanche 18 janvier 2026

6115

Mon Dieu, oui, c’est vrai, j’en ai possédé une, autrefois, dans ma chambre d’adolescent. Je l’avais convoitée, je l’avais réclamée, certainement. Je le confesse ici en connaissance de cause. Je sais que cet aveu ne manquera de nuire à la considération que m’ont valu mes livres auprès de certains. On ne trouve évidemment pas cette chose dans les intérieurs de Chateaubriand, de Tolstoï ou de Proust. Mais je ne peux plus garder ce secret, il est trop lourd.

 

Et donc, j’en possédais une, oui, qui trônait au centre de ma chambre, faite d’une espèce de vinyle d’un blanc crème et bourrée de billes de polystyrène, et sur laquelle volontiers je me laissais choir : une poire.

 

Je ne l’ai plus !

samedi 17 janvier 2026

6114

Tardives conséquences. Le passé recule pour mieux sauter.

 

dans le poing ballant

bouquet défraîchi

la paire de gants

 

Inconfort du lit conjugal. Chéri et chérie feront bientôt chambre à soi.

vendredi 16 janvier 2026

6113

Très bonne initiative, les pistes cyclables. Je suggèrerais un câble aérien pour les trottinettes.

 

Cet ingrat en veut à ses parents malgré tout ce qu’ils ont fait pour lui – ingrat physiquement, précisons-le peut-être.

 

Or la menotte sur la manette fait partir un missile.

  

[Première étape de la saison pour le Marathon autofictif de Christophe Brault, lundi 26 janvier à 20 h. Réservation recommandée. Cette année encore la Maison de la poésie nous accueille. Quel lieu admirable ! Eternelle reconnaissance !]

jeudi 15 janvier 2026

6112

L’homme pourrit les sols et végétalise les murs. Le lézard devient malgré lui une créature sylvestre et l’orang-outan un Touareg.

 

Il glissait dans les livres des autres un mot qui les corrompait.

 

La fleur du cactus ne se défend pas tant contre le butineur à la trompe fine que contre le renifleur au gros pif.

mercredi 14 janvier 2026

6111

Première note de L’Autofictif.

 

Deuxième note de L’Autofictif.

 

Troisième note de L’Autofictif… C'est bien, vous pouvez maintenant arrêter de scroller.

mardi 13 janvier 2026

6110

Déboisement brutal. Encore quatre mille hectares de forêt fauchés en quelques heures. Les camions du service d’entretien municipal de Dijon ont collecté hier soir les sapins de Noël au pied des immeubles.

 

Je relance dans mon assiette les dés de betterave mais la chance ne me sourit pas davantage : ce sont toujours des dés de betterave.

 

La langue ayant tout à fait l’aspect, la forme et la consistance d’une gomme, comment expliquer que tant de conneries sortent pourtant de notre bouche ?

lundi 12 janvier 2026

6109

Il semblerait que le monde soit gouverné par un tyran insane et ivrogne. La planète agonise sous sa coupe, des conflits armés l’ensanglantent, une dernière vague enfle qui va l’engloutir avant de s’évaporer, tandis que nous déléguons notre intelligence à des robots afin de n’avoir plus à nous soucier que d’être bêtes.

 

Mais, de son côté, la littérature s’est assagie. Elle milite pour les justes causes, elle se défie des excès, elle sacrifie la fable à sa moralité, elle rachète nos péchés, mieux disposée envers le lecteur que la charogne envers le vautour, elle restaure les liens familiaux, elle se veut empathique, thérapeutique.

 

Heu… ne devrait-ce pas être le contraire ? Ne conviendrait-il pas plutôt de gouverner le monde avec sagesse, mesure et équité, et, pour la littérature, de ne rien s’interdire, nulle outrance de l’imagination, la cocasserie, la fantaisie, la noirceur, toutes les folies ? Remettons donc les choses à leur place : laissons écrire Trump, Poutine et King-Jong-un, et confions aux écrivains l’administration bien comprise de ce monde.

dimanche 11 janvier 2026

6108

Qu’est-ce qu’il a encore été inventer ? Comme je me demande cela, très angoissé, je ne pense pourtant pas à la dernière bêtise de l’insupportable petit voisin, mais à la nouvelle prouesse numérique du génie de la tech.

 

plus rien qui pèse ou qui pose

poésie s’essore de la prose

par ostéoporose

 

Le mime osa le fard jaune et se planta en beauté.

samedi 10 janvier 2026

6107

(Au café)

– Mais pardon, vous attendez peut-être quelqu’un ? me demande l’homme en s’emparant de la chaise inoccupée devant moi.

– Oui, la Beauté, mais je vais l’asseoir sur mes genoux.

 

L’harmonie interprète une marche militaire, puis la fanfare un requiem.

 

Le crapaud immobile attend que s’ouvre sa croisée pour se défenestrer à nouveau et s’écraser au sol.

vendredi 9 janvier 2026

6106

Il y aurait un joli village englouti dans la vallée de larmes, où chantait une fontaine.

 

Pourquoi le papillon écrit-il partout le mot libellule ?

 

... tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac tic tac toc toc, c’est la mort qui frappe.

  

[Parution aujourd’hui aux éditions L’Arbre vengeur de L’Autofictif enneige le Fuji, dix-huitième volume de ce journal. Absent de toutes les mauvaises librairies, ce livre peut être commandé directement à l’éditeur.]

 

jeudi 8 janvier 2026

6105

Mais cela ne nous dit pas de quel pis nous tirerions le vin si nous obtenions désormais notre lait en pressant la grappe.

 

il a tout donné

enfin il arrive

au stade

 

(Bah, tant que je resterai aussi dru que ma flasque...)

 

[Rappel. Ce soir, nous fêtons les 15 ans de la revue Fixxion à 19 h à la Maison de la poésie, finalement sans Lydie Salvayre (ô tristesse) empêchée.]

mercredi 7 janvier 2026

6104

C'est tout l'homme d'en être arrivé à devoir lutter contre l'ensoleillement.

 

Si implacable, la haine, qu'elle ne mène jamais à l'amour. Tandis que l'amour, plus généreux, plus ouvert, n'exclut pas l'éventualité de se muer en haine.

 

On apprend de ses erreurs. Je saurai désormais que brûler la liasse n’est pas fondre un lingot.

mardi 6 janvier 2026

6103

L'arbitre sur sa haute chaise ne comptait plus les points, s'étant découvert dans ces altitudes une vocation d'écrivain.

 

Quelle émotion ! Je l'ai vue toute nue à travers la fente de ses paupières.

 

Une lampe de chevet à soi, c'est déjà du luxe.

lundi 5 janvier 2026

6102

Les pointillistes n'ont pas connu le succès des impressionnistes, ni par conséquent les lentilles d'eau celui des nymphéas.

 

Vous êtes priés d'essuyer vos pneus sur le hérisson avant d'entrer dans le platane.

 

Ils n’avaient pas trop pâti de l’invention des lunettes ? Ils se désoleront de l’invention de la loupe.

  

[La précieuse revue numérique (et gratuite) Fixxion fête ses 15 ans à la Maison de la poésie jeudi 8 janvier à 19 h. Lydie Salvayre (ô joie) et moi sommes invités à cette occasion pour une rencontre publique. Nos portraits photographiques attestent que nos deux cerveaux doivent rester strictement parallèles pour ne pas s'asphyxier. Serez-vous avec nous ce soir-là, vos têtes dubitatives mêmement inclinées ?]

dimanche 4 janvier 2026

6101

 –Quelqu’un a goûté à ma soupe ! –Quelqu’un a aussi goûté à ma soupe ! – Quelqu’un a bu toute ma soupe ! –Quelqu’un s’est assis sur ma chaise ! – Quelqu’un s’est aussi assis sur ma chaise ! – Quelqu’un a cassé ma chaise !

 

– Quelqu’un s’est couché sur mon lit ! – Quelqu’un s’est aussi couché sur mon lit ! – Il y a Poutine dans mon lit !

 

(Ou Trump, selon les versions de ce conte intitulé Crâne d’œuf ou Mèches de rouille.)

samedi 3 janvier 2026

6100

chat sifflant griffant donne leçon de chatteries

 

cheval chaussé de cheval qui voulut se chevaucher

 

car le cobra l'a dit au ruisseau : dresse-toi et mord ou cesse de serpenter

vendredi 2 janvier 2026

6099

C'était méconnaître l'omnivore... Travesties l'une en l'autre et l'autre en l'une dans l'espoir de nous échapper, moule meunière et truite marinière, on les a mangées quand même.


Certaines font plus et d'autres moins que leur maquillage.


l'hiver ne m'inspire donc

que ce petit nuage

de buée

jeudi 1 janvier 2026

6098

Me laisser pousser une épaisse chevelure de jais.


Me forger un jeune corps aux chairs fermes, aux muscles saillants, aux érections solides.


Hélas, je sais par expérience que mes saines résolutions pour la nouvelle année ne tiendront pas trois jours.