samedi 31 janvier 2026

6128

La première fois qu’une fille a retiré son anorak devant moi, je me suis évidemment senti un peu bête et j’ai eu peur qu’elle ne s’avise tout de suite de mon inexpérience. Je n’en menais pas large. Mais elle n’a rien remarqué et, quand elle a ensuite ôté son écharpe, elle avait affaire cette fois à un type qui avait pris confiance et je crois pouvoir dire que j’ai assuré.

 

Sa troisième patte brandit son poing, qui est sa petite tête courroucée – l’autruche.

 

Le papetier avait pourtant bien fait les choses. C’est encore une fois l’écrivain qui a tout salopé.

vendredi 30 janvier 2026

6127

Excellente initiative de la SNCF, vraiment, ces wagons No kids pour les usagers qui souhaitent voyager en paix. Mais qui ne va pas assez loin, à mon sens. Interdisons ces mêmes voitures aux jeunes, dont les musiques purulentes débordent des écouteurs. Aux cadres et commerciaux aussi, qui n’ont aucun scrupule à téléphoner depuis leurs sièges. Aux vieillards, qui ont tendance à s’assoupir et à ronfler. Aux collègues ou amis voyageant de compagnie, qui parlent décidément trop fort…

 

En somme, je préconise des voitures Writers only. Et encore, il arrive aux autres écrivains de se racler la gorge ou de se gratter la tête. Puis, quand on sait ce que valent leurs écrits…

 

J’exige un wagon pour moi tout seul.

jeudi 29 janvier 2026

6126

Très apprécié, l’écrivain empathique est pourtant un sale vicieux. Que fait-il à l’intérieur de ses personnages ? Voyez comme il empoisse ces malheureux de sa sollicitude intrusive ! Qu’il exalte plutôt sa propre singularité et se livre à ses petites expériences avec son âme à lui.

 

L’éléphant ne pleure pas longtemps la mort de la mouche. Préfère profiter de la place qu’elle libère pour s’ébattre plus au large !

 

Il serait temps de détromper les écrivains : sujet de société ne signifie pas sujet de roman. Bien au contraire ! Acceptons bravement notre qualité de phénomènes de foire.


[Rappel pour les amis japonais et japonophones : Hiroko Inada publie tous les mercredis sur son blog la traduction de trois fragments de L’Autofictif, choisis par elle parmi les 6126 entrées de ce journal.]


mercredi 28 janvier 2026

6125

Un pas en avant, un pas en arrière. Nous sommes des êtres indécis, tous fils et filles d’un mouvement de va-et-vient (à notre décharge)...

 

La plupart des femmes échappent au féminicide en vivant plus longtemps que leur conjoint. Fine stratégie.

 

Espèces d’humains !

mardi 27 janvier 2026

6124

En tenue de nuit, je monte sur la balance de la salle de bains. C’est incroyable ces pyjamas de douze kilos que l’on fait aujourd’hui ! Quand j’étais petit, ils ne pesaient pas tant.

 

– En haut, à gauche, écrivez vos nom et adresse. En haut, à droite, notez la date.

– Mais alors, où dessine-t-on le soleil ?

 

Par bonheur, l’euthanasie enfin légalisée et autorisée en cas de situation désespérée permit à l’humanité tout entière d’échapper in extremis à l’apocalypse.

lundi 26 janvier 2026

6123

La femelle pour si peu ne cesse pas de paître. Parfaitement indifférent lui-même, le mâle ce faisant regarde ailleurs. Tel est le coït animal. Nous sommes bien les seuls à nous prendre autant au sérieux (imagine-t-on une seconde le buffle à la bufflonne : – T’as kiffé ?).

 

Reculer pour mieux sauter. Inspirer pour mieux expirer.

 

Deux tresses ou deux nattes, nous sommes las déjà de cette symétrie systématique. Je suggère une tresse, d’un côté, une natte, de l’autre ?

 

[Et donc, il est entendu que nous nous retrouvons ce soir à 20 h à la Maison de la poésie pour le Marathon autofictif de Christophe Brault.]

dimanche 25 janvier 2026

6122

L’écrivain est un arbre qui part à l’aventure de tous côtés sans bouger et se couvre de feuilles qu’il finit par froisser et jeter par terre. Puis, curieusement, six mois plus tard, ça repart.

 

Ne boite plus depuis qu’il boit.

 

L’ongle pousserait plus vite et plus long s’il ne trouvait toujours, suffisamment proche, une proie à lacérer.