Petit moment de désarroi collectif, samedi soir à la Maison de la poésie, tandis que Christophe Brault, souffrant pourtant d’un genou, parcourait de sa foulée déliée la 46ème étape de son marathon autofictif. Il en est désormais à l’année 2014 et, le 25 novembre, j’écrivais ceci, qu’il a donc lu sans faillir : « Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa pondeuse. »
Flottement dans l’assistance ordinairement très
réactive, perplexité non dissimulée de Christophe lui-même, et moi, pas plus
fier que les autres, mêmement accablé par l’obscurité de cette énigme.
« Au moins sait-on avec certitude que le citron précède sa
pondeuse. » Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?
D’habitude, je retrouve lorsque je les entends l’origine de mes formules les mieux tirées par les cheveux, quelle intuition
poétique me les a dictées. Cette fois, chaque interprétation que je risque pour
sauver la face est plus décevante que la précédente… Il m’arrive de céder au
lâcher-prise émancipateur du nonsense, peut-être que ce fut le cas ce
jour-là. Ou bien aurais-je saisi alors une vérité si poignante que nous peinons
encore, douze ans plus tard, à la concevoir et à l’admettre lucidement ? Je
penche pour cette dernière hypothèse.