lundi 23 janvier 2017

3191

Dans l’état de sauvagerie – ignorance et nudité –, l’homme est insuffisant. Il lui faut la culture et le vêtement. Or parfois, on enveloppe un corps magnifique dans une bien triste étoffe.


Celui-ci est d’un bleu soutenu pailleté d’or ; celui-là d’un noir profond si doux – mais que faire sexuellement d’un œil ?


Quel idiot ! J’ai scié la branche à laquelle j’allais me pendre.


dimanche 22 janvier 2017

3190

À la puberté, ton pénis prend son indépendance. L’heure de la séparation a sonné. Il va vivre sa vie de son côté et toi du tien et tu n’auras aucune raison d’être fier de ses érections ni honteux de ses défaillances.


Est-ce un sourire de clown triste ou un arc-en-ciel ?


Qui ose prétendre que les animaux ignorent le progrès ? Les vaches par exemple ont bien évolué : elles regardent maintenant passer le TGV.

samedi 21 janvier 2017

3189

(Exclamations, regards admiratifs.)
 Je joue les modestes. Mais enfin, c’est vrai, c’est vrai, il faut tout de même le faire. C’est audacieux. Et courageux. Pas sans risques, en effet.
(Mes filles m’ont vu lâcher mon guidon.)


MÉLINE, 4 ans – Je ne sais plus compter très bien vers la fin.


– Quatre cordes, c’est peu mais encore bien gênant pour faire sauter les crêpes, dit Pierrot en fracassant sa mandoline sur l’angle du four.

vendredi 20 janvier 2017

3188

Rien de mieux que la chiquenaude du roi sur la panse de cuivre de son vase de nuit pour occulter la lumière de la meurtrière qui empêche ses sujets de dormir.


Le chant de l’orque émeut le vieux quincaillier plus que l’eau sale de la serpillière qu’il essore sur son seuil.


Plutôt n’importe quoi en effet que les phrases liquides dont se gorgent les livres en éponge.

jeudi 19 janvier 2017

3187

Aucune invention stylistique, pas une métaphore, pas un trait d’humour paradoxal ou de poésie, la littérature aujourd’hui célébrée développe l’écriture grise et neutre qui convient à son propos sociologique. Les critiques de presse l’acclament – elle recoupe en effet les champs d’investigation du journalisme –, les lecteurs s’y précipitent, jamais las, semble-t-il, de cette réalité qui les aliène. Moi, je fais la grève. J’envisage de créer un syndicat.


SUZIE – Dieu, il n’a pas de tête, il n’a pas de bras, donc il n’existe pas !
CÉCILE – Il n’a pas de corps…
SUZIE – Il a quoi alors ?


Et tout en décrétant suavement la fin des genres et des prérogatives féminines touchant les soins de la maisonnée, tous les hommes aujourd’hui s’hirsutent de poil au menton comme des guerriers barbares.


[Parution aujourd’hui du neuvième volume de ce journal, L’Autofictif à l’assaut des cartels]


mercredi 18 janvier 2017

3186

Peu profonde est la forêt qui ne compte qu’un arbre. Le loup la hante pourtant. Son haleine ébouriffe sa queue.


Le dernier sultan hésite entre deux ombres. La sonnette de sa bicyclette est grippée. Ses jours sont comptés. Il ne réchappera à la mort demain que s’il meurt ce soir.


Plutôt n’importe quoi en effet que le roman de société qui se joue avec l’auteur, l’éditeur et un pion.



[Serait-ce un piège pour Hansel et Gretel, cette Maison de la poésie ? Rendez-vous le 28]

mardi 17 janvier 2017

3185

Pour les critiques désormais, le style ne saurait être qu’un exercice de style.


Connais-toi toi-même et, cela fait, livre-toi à la police.


Je le dis souvent. C’est que le désert est vaste.