lundi 18 juin 2018

3684

Le spectacle en ce moment à la télévision de ces hommes du monde entier, complètement déboussolés, qui courent dans tous les sens après une balle en cuir devrait pourtant nous alerter sur les terribles conséquences du déboisement.


Plus amère sera l’Apocalypse pour celui qui s’apprêtait à passer à la postérité.


Arrive un âge où les cadeaux d’anniversaire deviennent dérisoires. On préférerait une petite participation aux frais d’obsèques.

dimanche 17 juin 2018

3683

Lorsque notre squelette ne peut plus nous faire souffrir en se fracturant, en se décalcifiant ou en se déformant, c’est lui qui commence à morfler, il n’est que de voir sa grimace.


Le flocon est aussi une fleur qui annonce son fruit : ce gros nez rouge.


La plus grande des majorettes ou des danseuses paraît toujours totalement gourde. Mais qu’elle se retire du groupe et c’est celle qui la suivait en taille qui nous fera aussitôt ce même effet.

samedi 16 juin 2018

3682

Des panneaux de verre protègent désormais les 9000 tonnes d’acier de la tour Eiffel. Même devenu lâche, Don Quichotte reste cet insensé.


le feu brûle
faute de scie
sa branche


La croissance démographique devenant inquiétante, l’homme a imaginé se libérer de l’espace en éradiquant les insectes.


vendredi 15 juin 2018

3681

Autrefois, la publicité nous proposait d’être tous pareils. C’était son principal argument de vente : optez pour cette voiture comme tout le monde, rejoignez les bienheureux qui la possèdent déjà ! Cette stimulation de l’instinct grégaire était au moins cohérente avec son principe.


Aujourd’hui, les publicitaires prétendent flatter au contraire la singularité, ils s’adressent au consommateur farouchement indépendant, voire réfractaire : arrache-toi aux modes, affirme contre tous ta personnalité irréductible, individualise-toi davantage, sois le seul à posséder cette voiture !


Le message sous-jacent est celui-ci : si tu achètes cette voiture, tu seras unique, tu sortiras du rang, tu seras un rebelle. Bien entendu, le publicitaire espère toujours voir se former un embouteillage monstre de tous ces véhicules identiques, acquis comme un seul homme par tous ces esprits libres qui risquent de comprendre un peu tard, en découvrant la file dans leurs rétroviseurs, quelle bande d’abrutis ils composent.

jeudi 14 juin 2018

3680

Il suffit de simplement nommer la chose ou le fait avec la plus parfaite objectivité et donc aussi la plus grande précision pour en révéler la qualité de poncif ou de stéréotype. L’objet nous dupait, son évidence nous aveuglait ; sa description nous le donne mieux à voir. De là, d’ailleurs, une forme d’humour qui ne nécessite ni effets ni excès. Banal ou ridicule, le réel n’est souvent que cela ; les mots nous l’apprennent en toute innocence.


Jamais ne m’effleure non plus l’esprit l’idée de me passer un peigne dans les cheveux.


L’arbre change souvent de feuillage, mais il n’a pas de costume pour le théâtre.


mercredi 13 juin 2018

3679

Tyran, bourreau… il est effectivement injuste et même scandaleux que leurs noms n’aient pas de déclinaison féminine sachant que ces activités sont exercées avec autant d’entrain et de compétence par nos bien-aimées compagnes.


c’est encore le poète
qui plume
après l’oie l’enclume


On croyait que la carcasse au croc du boucher était la proie hameçonnée – mais si c’était plutôt l’appât vers quoi se hâte naïvement l’homme vorace que son appétit pour la viande condamne en effet à disparaître un jour prochain ?

mardi 12 juin 2018

3678

Nous étions douze. Notre avion en panne de moteur avait pu se poser sur ce plateau enneigé, inaccessible, cerné de pics abrupts.


Nous endurâmes d’abord bravement les privations. Puis cela devint dur, et bientôt insupportable. Si bien que lorsque l’un de nous périt, nous n’hésitâmes pas longtemps.


Et découpâmes proprement son corps avec un grand couteau pour prélever ses boyaux dont nous fîmes un jeu de cordes, tendu ensuite et accordé sur sa cage thoracique. Puis nous perçâmes de trous ses tibias vidés de leur moelle qui sonnèrent comme de vraies flûtes. Et alors enfin nous pûmes nous rassasier de musique.