mercredi 28 octobre 2020

4494

je veux que l’on prenne

pour mon cercueil

l’arbre où hiverne

l’écureuil

il en sort quand germent

les feuilles

 

L’homme en me voyant se figea sur le trottoir et se mit à trembler, une expression de terreur indicible sur le visage. J’étais certain de ne pas le connaître, de ne l’avoir même jamais vu. Je m’approchai, inquiet. Il tendit les mains en balbutiant… non…non… par pitié… d’une voix blanche. Une goutte de sueur roula sur sa tempe. J’entendis ses dents claquer. – Mais enfin, dis-je, qu’avez-vous ? Vous devez me prendre pour un autre… ? Au contraire ! répondit-il mystérieusement. Puis il ajouta – Je suis psychologue, avant de s’enfuir à toutes jambes.

 

(Et laissez dedans les noisettes, please !)

mardi 27 octobre 2020

4493

Emporté par la mélancolie, je descends dans la rue, brandissant mélancoliquement le poing, jetant sur les êtres et les choses un regard mélancolique. Tremble, société pourrie !

 

L’onaniste suicide son désir.

 

L’heure d’hiver n’est-elle pas un suffisant couvre-feu ?

lundi 26 octobre 2020

4492

Louis-Marie était un très gros garçon. Cible idéale en vérité pour les moqueries des autres élèves, sauf que Louis-Marie était un non moins gros malin. Nul n’avait le temps de décocher la blague humiliante ou la vanne cruelle qui le ridiculiserait : il était toujours le premier à la lancer et cette autodérision permanente, digne de Cyrano, clouait le bec à ses persécuteurs potentiels.

 

Dont je n’étais pas, car, pour ma part, j’aimais beaucoup Louis-Marie, qui était aussi un peu poète et se trouva dans ma classe cinq années consécutives. Nous nous perdîmes de vue après le lycée (mais je le distinguai encore qu’il ne me voyait plus depuis longtemps, n’aurait-il pas manqué d’observer). Une dizaine d’années plus tard, j’appris par un ancien camarade commun qu’il avait effectué quelques prélèvements indus dans la caisse de l’agence bancaire qui l’employait et que, confondu, il s’était pendu dans la forêt.

 

Et quoique bouleversé par cette nouvelle, je ne pus cependant m’empêcher aussitôt d’imaginer notre classe rassemblée autour de lui, dans ce bois, et Louis-Marie, sa corde à la main, avisant une branche un peu fine et remarquant à voix haute, avant que les quolibets ne fusent : – Non, pas celle-là, elle va casser…

dimanche 25 octobre 2020

4491

Hier, à la Maison de la poésie, Christophe Brault aura sans doute parcouru la treizième étape de son Marathon autofictif. Je n’y étais pas. Actuellement planqué en zone libre, je n’allais pas de mon plein gré rejoindre une capitale soumise aux strictes réglementations et à la cruelle prohibition d’un couvre-feu. J’ai soif, moi. Sur le coup de 21h, il me faut un bar à vin. Deux heures passent et, afin de varier les plaisirs, je gagne en titubant le troquet voisin. Plus tard encore, puisque la pente s’y prête, je roule jusqu’au bistrot le plus proche. Enfin, chacun se débrouille avec sa conscience, mais, pour ma part, je ne suis pas du genre à assister à un spectacle qui se joue sous l’Occupation.

 

Le plus beau jour de ma vie fut à n’en pas douter celui où j’ai compris qu’il n’était pas nécessaire de se frapper les rotules avec un maillet de caoutchouc pour distribuer autour de soi des coups de pied au cul !

 

Le temps est compté pour les girafes, trop semblables à de grands sabliers ; leur tête qui rêvait dans les nues s’effrite implacablement, ruisselant en grains par la pente du cou pour grossir le corps de la bête mourante entassé à l’autre bout – on dirait même qu’il ne leur reste plus qu’une poignée de secondes à vivre.

samedi 24 octobre 2020

4490

Relâché par un collectionneur de reptiles parce qu’il grandissait trop vite, ce crocodile attend maintenant avec une certaine impatience, tapi dans la vase de la Briance, que tel propriétaire de gnous vivant à Solignac, ou tel autre à Saint-Yrieix-la-Perche, se lasse aussi de son élevage.

 

Tous ces gens si heureux et fiers du chemin parcouru n’ont pourtant jamais réussi à laisser le cimetière derrière eux.

 

La phobie sociale et le grand nez s’accommodent très bien du masque. Les plus pudiques le remontent jusqu’aux yeux comme un drap sous lequel ils seraient entièrement nus. Si nous sommes autorisés à le retirer un jour, ce ne sera pas sans rougir.

vendredi 23 octobre 2020

4489

Le bûcheron partisan du moindre effort attendra novembre. Les feuilles tombent d’elles-mêmes. Il n’a plus qu’à couper le tronc.

 

Suzie fait de la gymnastique depuis quelques mois et ses progrès sont étonnants. Quand elle se déchausse désormais, en rentrant à la maison, on retrouve une de ses baskets dans le hall et l’autre dans le salon.

 

Or chacun sait que la littérature n’est qu’une vaste blague, exceptions faites de mes fines plaisanteries.

 

jeudi 22 octobre 2020

4488

Alcool, tabac… les voluptés du cerveau se révèlent fatales aux autres organes. Mais il se désolidarise de ces viscères – il s’élève, pur esprit, avec les vapeurs, les fumées, dans les volutes où se désincarnent ses circonvolutions et le mourant peut bien gémir, puis le mort gésir – il est bien au-dessus de tout ça.

 

J’étais catholique et cathodique, me voici athée et a-télé.

 

Penser à se retirer avant de – souffrir.