samedi 25 janvier 2020

4235

Notre contemporain se mobilise plus volontiers pour sa retraite que pour sa planète, alors que celle-ci est entrée déjà dans la misère des vieux jours. D’ailleurs, à en croire la moue de noyé qu’il esquisse, il se souciera bientôt moins lui-même du montant de sa rente que de la montée des eaux.


SUZIE – Mais puisque Platon est mort depuis si longtemps, comment il fait pour donner encore son avis ?


Un bonheur non plus n’arrive jamais seul ; le malheur est tapi dans son ombre.

vendredi 24 janvier 2020

4234

Le passé pousse sa corne dans chaque instant pour nous en déloger. Nous sommes poursuivis par ce taureau furieux qui veut nous reprendre le pré fleuri dont nous ne connaîtrons donc jamais vraiment que les sanglants barbelés.


Mon cœur battait à tout rompre, et brisa en effet le sien.


Puis la mélancolie dépose sur toute chose sa poussière et alors tout redevient doux.

jeudi 23 janvier 2020

4233

Assis en face de moi dans ce wagon, deux septuagénaires, un homme et une femme, aux doux et cocasses physiques de batraciens, trapus, corpulents, les joues flasques, les yeux globuleux. Des jumeaux, me dis-je, un frère et une sœur en tout cas, sinon peut-être encore un de ces vieux couples que cinquante années de vie commune ont fini par façonner à la parfaite ressemblance l’un de l’autre.


Or curieusement, ils ne s’adressent pas la parole et s’ignorent même tout à fait. Je comprends au bout d’un moment qu’ils ne se connaissent pas et n’ont perçu ni l’un ni l’autre à quel point pourtant leur apparence est identique. La coïncidence dès lors me paraît plus risible encore, inquiétante aussi, un peu. Puis le train entre en gare. La femme se lève et tend ses petits bras en direction du porte-bagages au-dessus de nos têtes. L’homme alors me regarde avec indignation.


–  Mais enfin, Monsieur, vous n’aidez pas votre maman à attraper sa valise !

mercredi 22 janvier 2020

4232

Contraint à ramper dans un boyau exigu, j’éprouverais, si tout à coup un abîme s’ouvrait devant moi, un soulagement qui n’aurait de comparable que celui de voir soudain béer dans la falaise l’entrée d’une galerie étroite, si j’étais plutôt en train de progresser sur une corniche surplombant le vide.


SUZIE – Ça me va bien, non, d’avoir une tasse de thé à la main ?


Étrangement, tout l’argent jeté par les fenêtres ne tombe jamais dans la sébile des malheureux assis pourtant sur le trottoir juste au-dessous.


[Amis de Bordeaux, je serai en compagnie de Jean-François Martin à la librairie La Machine à lire (espace Machine à musique), le mardi 28 janvier à 18h30. Vous aussi ? Nous parlerons de Prosper à l’œuvre et de L’Autofictif incendie Notre-Dame.]


mardi 21 janvier 2020

4231

Hier soir, à la Maison de la poésie, Christophe Brault a parcouru sans mollir, de sa foulée ample et souple, la huitième étape de son ‘marathon autofictif’. En pure perte, cette fois encore. Il n’a toujours pas réussi à décramponner l’assistance.


Ce n’est pas faute d’essayer, et par tous les moyens. Accélérations sournoises, zigzags aberrants, sprints intermédiaires, virages à 180 degrés, contresens flagrants, ruades, peaux de banane, rien à faire, si quelques spectateurs décrochent sans doute, le gros du public reste au contact.


J’ai pourtant fait l’impossible moi-même afin de favoriser son échappée, ménageant ici et là des tunnels propices, multipliant les passages obscurs pour ne pas dire fangeux, d’autres avec avalanches ou accrobranche, ponts de lianes et tyroliennes, mais le public suit. Et nous cherchons sur quel terrain glissant l’amener où l’endurance et le métier de Christophe, ainsi que sa longue fréquentation de tous les vices, feraient la différence. La prochaine étape se déroulera donc au siège du Rassemblement National à l’occasion de la grande journée de réconciliation des masculinistes islamophobes et des pédophiles climatosceptiques. Qui nous aime nous suive.

lundi 20 janvier 2020

4230

Le plus navrant dans cette affaire du père Preynat, coupable d’abus sexuels sur une centaine de scouts, c’est qu’il ne se soit pas donné la peine d’écrire un livre. C’était pourtant le Renaudot assuré… !


Ces millions d’insectes que la lourde averse devrait assommer, comment font-ils pour passer entre les gouttes ?


Ce soir-là, le marchand de sable est arrivé chez moi avec un tombereau de terre et une pelle.

dimanche 19 janvier 2020

4229

Je mentirais en affirmant que le matraquage publicitaire est sans effet sur moi. Après avoir vu trois fois seulement n’importe quel spot, je sais déjà avec certitude que jamais je ne ferai l’acquisition d’un produit qui s’incruste aussi péniblement dans ma vie.


Le radiateur est un squelette mis au jour par la fonte des glaces.


Retourne plutôt l’entonnoir. Avec la bouteille, tu rempliras le tonneau.