vendredi 12 août 2022

5117

Sur l’île d’Yeu, 60% des 6000 habitations sont des résidences secondaires. Le prix moyen d’une maison avoisine les 430 000 euros. Les rares terrains encore constructibles sont inaccessibles pour les Islais et les coûts de construction prohibitifs. Le montant des loyers donnerait jouissance d’un château à Versailles et il est d’ailleurs devenu impossible de louer un logement à l’année puisque la location saisonnière se révèle beaucoup plus rentable pour les propriétaires.

 

Il en résulte que la population se trouve précarisée sur son propre sol, que les habitants manquent de toits, qu’ils peuvent seulement espérer, s’ils sont patients, 3m2 dans le cimetière de Port Joinville où ils seront encore moins bien lotis que le plus gros propriétaire foncier de ces lieux, un autre résident secondaire, le maréchal Pétain. 

 

L’exode menace, et si nulle mesure politique ne remédie rapidement à cette injustice, l’île ne sera bientôt plus peuplée, deux mois sur douze, que de retraités millionnaires chassés de la Côte d’Azur par les canicules, qui auront fait main basse sur toutes les maisons blanches aux volets bleus, toutes les roses trémières et tous les cupressus.

 

[soutien aux Enfants de tempête]

jeudi 11 août 2022

5116

Qui m’aime me suive ! lança-t-il crânement. Et il entendit avec satisfaction dans son dos le branle-bas des grands départs. Plus tard, il se retourna : il y avait le tigre, le loup, la hyène, le squale et le crocodile.

 

Quand les traits de feu du soleil et les hallebardes de la pluie frappent simultanément notre contrée, il nous reste l’arc-en-ciel pour nous défendre et décocher sur les assaillants nos cris pointus d’enthousiasme et d’admiration.

 

Ils se sont bien trouvés. Dommage qu’ils n’aient pas su quoi faire l’un de l’autre.

 

mercredi 10 août 2022

5115

Maison de famille îlienne et estivale où vont et viennent oncles et cousins, sœurs et nièces, tout le monde s’entend bien, mais l’air aussi circule par toutes les fenêtres ouvertes et de ce fait les portes claquent sans cesse comme si l’ambiance était en permanence à la dispute et à l’orage.

 

Gloire posthume. Vingt ans après sa mort, il fut repéré par un directeur de casting.

 

Tomate, courgette, oignon, aubergine, poivron… en pratiquant des greffes audacieuses, quel jardinier enfin saura cultiver la plante potagère qui produira tous les ingrédients d’une bonne ratatouille ?

 

mardi 9 août 2022

5114

Est-ce qu’elle fond comme une joue, est-ce qu’elle s’évapore comme la rosée ? Où se pose la douceur en allée ? Et ne reste que l’os et la pierre. Une tombe.

 

Il est mort de vieillesse. S’il n’avait vécu aussi longtemps, il serait encore de ce monde.

 

Très dangereux, le trou au centre de la bouée. Combien de parents se sont débarrassés de leurs enfants en les précipitant au fond de ce puits ?

lundi 8 août 2022

5113

Petit jeu de société. On me met au défi d’écrire une phrase qui soit à la fois extrêmement drôle et extrêmement triste. Voici ma proposition : Eric-Emmanuel Schmitt est beaucoup plus célèbre et lu bien davantage que Gherasim Luca.

 

Il l’a giflée si fort que toutes ses taches de rousseur se sont envolées.

 

SUZIE – Il paraît qu’il y a une femme qui ne pesait plus que 20 kilos quand elle a été libérée d’un camp de concentration…!

MOI – Tu as lu ça où ?

SUZIE – Dans un Youpi.

vendredi 5 août 2022

5112

J’ai dû me livrer à la prostitution pour payer mes études, hé oui. Je n’acceptais pour clientes que de très jeunes et jolies femmes. Cependant, l’aide financière de mes parents, en couvrant mes frais d’inscription, de logement, de nourriture et jusqu’à mes plus menues dépenses, constituait un complément appréciable aux revenus de cette activité qui ne m’auraient pas tout à fait suffi, je dois l’admettre, pour ne pas crever comme un chien.

 

Étendu sur la plage comme raide mort au fond du sablier, dans l’éternelle vacance.

 

J’ai échoué en toute chose, se calomniait-il. Mais il se donna finalement raison le soir même en ratant son suicide.

jeudi 4 août 2022

5111

Quelle mesquine et cupide ambition pour un écrivain : compter de plus en plus de lecteurs ! Pour moi, il s’agit d’en avoir de moins en moins, au contraire ! Et je peux dire sans fausse modestie que ça marche du feu de Dieu. Du fait de mon patrimoine génétique (du côté maternel, quand tu meurs avant 103 ans, c’est que tu es lourdement tombé de ton skate), j’escompte bien survivre longtemps à ceux, de plus en plus rares, qui incompréhensiblement s’accrochent. Comme il sera émouvant, le jour où je répandrai les cendres de mon dernier lecteur sur les pelouses du jardin de l’Arquebuse !

 

Si petit galet que j’ai eu envie de le finir à coups de langue.

 

Puis Narcisse tira la chasse d’eau.