mardi 12 novembre 2019

4161

Le déclinologue se reconnaît à sa virulence imprécatoire, son style nerveux, ses fringantes philippiques, son poil gris, sa peau flasque, son genou qui grince, ses dents qui se déchaussent, sa libido en berne.


Quel type d’effort faut-il produire pour devenir un autre ?


Il y a cette seconde prodigieuse où l’horrible tesson qui souillait la plage, après un coup de langue encore de la mer, devient ce caillou lisse et translucide tout a fait à sa place parmi les galets.

lundi 11 novembre 2019

4160

Je m’étais inscrit au concours de nouvelles de la paroisse, bien décidé à remporter l’épreuve. Il s’agissait de trousser un récit dans lequel, par sa force morale, un jeune homme résistait aux charmes d’une gourgandine. Beau sujet. Pour corser l’affaire, les auteurs avaient pour consigne d’utiliser les mots suivants : aile, nénuphar, jeune, pique, point.


Honte, honte, ce fut une mièvre historiette d’ange ailé plongeant sa pique en un point sensible du buste d’une nymphe alanguie sur un nénuphar qui triompha. Quant à moi, je fus scandaleusement disqualifié du fait des quelques approximations orthographiques relevées dans mon récit. Jugez pourtant.


Elle n’est nue. Fard je ne pique point.

dimanche 10 novembre 2019

4159

Notre contemporain est plus que jamais pendu au téléphone depuis que celui-ci n’a plus de fil, ceci expliquant d’ailleurs cela et pourquoi cette mort que nous lui souhaitons pourtant, dans l’espoir d’abréger nos souffrances, est si lente à venir.


SUZIE (songeuse) – J’ai peur que ce soit vexant pour elle si je suis écrivain et pas professeur de philosophie comme maman...


Je me représente l’œnologue comme un type qui gobe un œuf puis le jette par-dessus son épaule. 

samedi 9 novembre 2019

4158

Je regarde la tombe de cette femme qui fut si belle. Son cadavre a été rendu à la terre, dit-on. Mais je crois plutôt que son corps de statue a été rendu au marbre.


À la fin d’une pub pour des jeans, on peut lire au bas de l’écran : Retrouvez l’intégralité du documentaire sur machinmachin.fr. Le documentaire… quels pignoufs !


Quelqu’un reprendra des haricots ?


vendredi 8 novembre 2019

4157

À force de cynisme sans doute, ce chien a développé un vrai sens des affaires. Il marchait sur le trottoir, portant dans sa gueule le porte-monnaie de son maître tandis que celui-ci tenait à la main le petit sac remplis de ses excréments qu’il venait donc de lui vendre.


Le photographe ne m’a pas eu tout entier. Je rentrais le ventre.


Bien plus redoutable que ses dents broyeuses, déchiqueteuses, l’aileron du requin fend en deux le vaste océan.

jeudi 7 novembre 2019

4156

Grâce aux touffes de poils noirs dressés façon aigrettes sur les oreilles du lynx, vous n’hésiterez pas à reconnaître dans le félin croisé au cours de votre randonnée un vulgaire chat.


Nous n’aurions pas à nous méfier des arêtes si seulement les poissons se méfiaient des hameçons !


L’éléphant possède en effet une mémoire phénoménale, entièrement saturée hélas par le souvenir qu’il a de lui-même.

mercredi 6 novembre 2019

4155

Hier soir, Christophe Brault a une nouvelle fois bouclé en vainqueur la sixième étape de son ‘marathon autofictif’. La performance inspire le respect même si le lieu choisi pour l’accomplir, la Maison de la poésie, nous oblige à la relativiser quelque peu.


Les poètes, en effet, ne sont pas réputés pour leurs qualités athlétiques. Ils font de piètres marathoniens. Christophe dès les premiers lacets distança aisément une bonne partie de ses adversaires rongés par la tuberculose, rompus par des quintes de toux et qui, pliés en deux, crachaient du sang dans leur mouchoir. Puis s’effondrèrent à leur tour dans son dos des poètes empêtrés dans le gros velours de leurs survêtements et dans leurs barbes mêlées de poils de chat et d’alexandrins, expulsant par les oreilles la fumée de leurs pipes.


D’autres encore se figèrent, en larmes, lézardés par une pensée d’amour, ou tombèrent à genoux devant une fleur, un flocon, un reflet de lune. Dans ces conditions, nous comprenons bien que le triomphe de Christophe ne peut être comparé qu’au titre de champion des poids lourds conquis par Mike Tyson dans la salle de rami de l’Hospice des dentelières aveugles d’Alençon.