il était triton elle était sirène
Bidon et Bedaine
se souviennent
devant la fontaine
aux eaux diluviennes
des amours anciennes
mais jouvence vaine
Bidon et Bedaine
restent cachalot et baleine
il était triton elle était sirène
Bidon et Bedaine
se souviennent
devant la fontaine
aux eaux diluviennes
des amours anciennes
mais jouvence vaine
Bidon et Bedaine
restent cachalot et baleine
M’expliquera-t-on pourquoi le génie humain, s’il n’est misanthrope, conçoit jour après jour tant d’objets contondants ?
J'ai coiffé son bonnet d'âne – il a mangé mon
canotier !
Ce stylite a d’autant plus de mérite qu’il est complètement
bourré et que tangue en conséquence son tabouret de bar.
se tiennent par la main
pour livrer à l’amour
un prisonnier chacun
et par la barbichette
le pou du pubis
fait la navette
se tiennent par les yeux
par les larmes
et aux cheveux
La canicule tue ceux que traverse l’idée de mourir pour refroidir.
Peut-être excessive, cependant, cette campagne
de promotion de Jaune soleil. Ça cogne trop fort. On y a mis trop de
moyens.
Car cette impression que mes os blanchissent
dans le sable du Sahara est tout de même désagréable.
Elle est venue de Tokyo pour étudier à Paris et traduire mon roman Ronce-Rose. Je crois avoir résolu le vieux mystère des disparus ou « évaporés » japonais qui soudain ne donnent plus signe de vie : ils sont tous en France et travaillent à l’impossible traduction de mes livres !
Et il a écrit tous ces alexandrins de ses dix
doigts !
Comme il regrette l’acquisition de ce
coupe-ongle ! Car subséquemment, tout émoussé, il lui faut maintenant
acheter aussi un coupe-papier, un coupe-cigare, un coupe-jarret et un
coupe-gorge !
Tout arrive dans le dos de la sentinelle. Le guetteur ne voit pas venir le coup de pied au cul.
Les paroles passent – de la langue de vipère,
mais les écrits restent – de la plume bifide du stylographe.
À l’instant de se pendre, il fut pris de peur
et, comme il tentait de se fuir, il se rattrapa au lasso.
Grande tablée d’hommes en terrasse. Propos graveleux. Rires gras. Mais j’entends soudain qu’ils évoquent un collègue mort. L’ambiance retombe. Puis l’on évoque la fois où il avait montré son cul aux clients…
sur l’île déserte
l’empreinte du grand pied
de Berthe
À l’instant de se brûler la cervelle, il fut
pris de peur et, comme il tentait de fuir, il se logea une balle entre les
omoplates.
Mais, en fait, le soleil et l’éternel azur – c’était l’Enfer !
Étape par étape, s’il vous plaît. Je commence
par perdre mes cheveux, ensuite je verrai si je veux vraiment devenir bonze.
Je l’ai si bien pigeonné qu’il m’évente de son
aile.
L’espoir prépare très à l’avance le terrain pour la nostalgie.
Le paon pond des pompons.
Mais la limace est trop lente pour ramper
jusqu’à la salade de fruits.
Comme je lui raconte, en remontant la chaîne des rencontres successives, que je ne suis qu’à six poignées de mains de Rimbaud, il me tend la sienne. Et je lui claque une bise.
Fourrure et fou rire si tu sais chatouiller la belette.
Quand le poivron, l’aubergine, la courgette, la
tomate et l’oignon se donnent rendez-vous, ils ne se demandent pas longtemps ce
qu’ils vont faire : Un Scrabble ? Un poker ? Une
ratatouille !
Une femme, au loin, téléphone. Je n’entends pas ce qu’elle dit, mais son interlocuteur ne voit pas les grands gestes qu’elle fait pour appuyer ses propos. Je suis sourd et il est aveugle. Elle ferait mieux de raccrocher, elle parle dans le vide.
Une pince suffirait pour ôter ce seul poil.
Mais non ! La bougie s’épile à la cire.
Pardon, il te reste un morceau de salade entre
les dents… avec une limace dessus… et une poule qui la dépiaute… et un renard
qui la guette… et des Anglais à cheval qui le prennent en chasse…
[RAPPEL. Du 20 juin, aujourd'hui, donc, au 29 août, du mercredi au samedi inclus, à 21h, au Théâtre de la Huchette, après les représentations de La Cantatrice chauve et de La Leçon, de Ionesco, données sans interruption sur cette scène depuis 1957, Xavier Simonin interprétera Oreille rouge, monologue adapté de mon roman qu’il a lui-même mis en scène. J’y serai pour ma part le jeudi 25 juin, et la représentation sera suivie d’une discussion avec le public. Renseignements et réservation ici.]
la gloire
mais à l’Arquebuse
ton profil auguste
Aloysius
se rembrunit
plus personne ne lit
Gaspard de la nuit
ni les amoureux
ne se retrouvent plus
devant ta statue
le plus malheureux
reste planté là
comme toi
sans gloire
un gus dans un square
Ce n’est qu’un teckel, mais, elle, sa maîtresse, une toute petite vieille très fluette, et le chien tire sur sa laisse si bien qu’elle est emportée comme une plume soulevée par un soupir.
Le plaisir solitaire est sans doute le seul phénomène
vraiment universel.
C’est votre anniversaire. Chaque lecteur doit
vous donner 1000 euros.
Ce type – sosie de Brassens – passe tous les matins à la même heure devant mon banc, sa baguette à la main (car l’usager régulier d’un banc observe aussi bien qu’au café le train des habitudes). Or ce matin, même heure, même allure, même baguette, il arrive, en effet, mais de l'autre côté ! Cette journée devrait être riche en bouleversements.
Je lui fais une tresse, d’un côté, une natte,
de l’autre. On peut aimer la symétrie et détester les répétitions.
Et quand tu poses enfin ton sac de pierres, à
la nuit tombée, il doit encore te servir d’oreiller.
Les photos dans ma jeunesse étaient de bien meilleure qualité. Voyez, sur ces clichés récents, le pauvre teint que j’ai, ce visage comme fripé, cette silhouette écrasée, on dirait même qu’il me manque des cheveux… gros bug numérique, de toute évidence. Revenons à l’argentique !
Ex aequo ! Bébé sur son cheval à
bascule et Pépé dans son rocking-chair.
Contrairement à ce que l’on prétend, le poisson
rouge possède une excellente mémoire. Seulement, de quoi voulez-vous qu’il se
souvienne ?
Un cahier neuf, une rame de feuilles blanches… et voici encore un homme qui débarque sur une terre vierge pour tout ravager.
Au début, les lèvres se rencontrent, les langues
se trouvent, puis tu prends goût au baiser et tu finis par mettre toute la tête
dans la gueule de la lionne.
Puis Michaux donna un coup de peinture fraîche
à sa résidence d’écriture.
[Et donc, nous nous retrouvons tous ce soir, à
19h 30, chez nous, à la Maison de la poésie.]
Au vrai, que savons-nous des pintades ?
J’ai vendu mon âme au diable. Il paye bien.
C’est donc à lui aussi que je vendrai ma peau d’ours lorsque je me serai tué.
bâtir ma cabane
dans les bois
du cerf
Deux nouveaux commerces ouvrent simultanément dans ma ville, à vingt mètres l’un de l’autre, qui risquent de se faire fâcheusement concurrence. Lire, c’est vivre et À livre ouvert ? Hé non : Grignote et Popotes.
Je suis gros de profil et chauve de dos. Mon
miroir me cache des choses.
IA… IA… cela nous fait au
moins un nouveau braiment.
J’ai croisé Eric Zemmour qui m’a paru fort sympathique, il était presque nu et rampait dans l’herbe fleurie, les cheveux en broussaille, tout ensauvagé.
La main attrape en coup droit et chasse en
revers – miettes et mouches.
S’il rumine et remâche ainsi ses humiliations
et ses échecs, c’est qu’ils lui sont restés non pas tant sur le cœur que dans
les abajoues.
Il ne manque à sa collection de coquillages aucun de ceux qui naissent de la salive de l’envieux et du libidineux.
– Je ne suis qu’un has been…
– Ah oui ? When ?!
Palette et couleurs à petit prix, le pauvre
peintre commande une pizza.
Et nul n’a songé que l’ours, qui est un plantigrade comme toi et moi, préférerait certainement lui aussi l’igloo servi dans un cornet.
Si belle, cette folle, qu’il nous fallut
réviser complètement notre conception de l’harmonie.
Ayant sorti un lapin de son chapeau, c’est en
vain maintenant qu’il cherche dans son frigo de la moutarde.
Le manteau de la cheminée a-t-il pour fonction de protéger le feu du froid ?
Speed oaristys … ce nouveau service
permet aux damoiseaux et damoiselles d’élire le soupirant ou la dulcinée de
leur choix parmi un certain nombre de prétendants et de prétendantes réunis
pour de tendres entretiens amoureux deux à deux n’excédant pas douze minutes à
chaque fois.
Le molosse qui t’a pris en chasse donne soudain
un sens à ta vie.
L’aiguille dans la meule de foin fut donc la première banderille à lui perforer la panse.
Il faut dire qu’ils sont débordés. On constate
de plus en plus de burn-out chez les happy few.
Dans l’eau croupie du bassin, la carpe elle-même stagne bien volontiers.
Ayant repêché au fond de mon sac cette clé USB, une semaine après l’avoir crue perdue ou oubliée au café, dois-je continuer à demander chaque matin au comptoir s’ils l’ont retrouvée ? Car, après tout, sait-on jamais ?
Course entre amis. Le dernier arrivé aura donc
enterré tous les autres.
Il a un vilain coquard et la mâchoire
déboîtée : son gant de toilette s’est mis à la boxe.
On ne fait pas grand-chose avec le cuir de rhinocéros, hormis bien sûr des chaussures de bowling.
Si belle et noble soit ta personne et riche ton
existence, tu es parfois l’importun dont le pas ralentit le passant pressé et
la tête dissimule au spectateur assis derrière une partie de la scène ou de
l’écran. Pour l’un comme pour l’autre, il eût beaucoup mieux valu que tu ne
fusses jamais né.
Il a les cheveux gras : son peigne ne se
brosse pas les dents.
Si prétentieux nous sommes que nous croyons vraiment pouvoir tourner le dos au soleil.
Selon les estimations, une mésange mange à
peu près 1000 moustiques par jour. Il convient de saluer ici le travail,
certainement très ingrat, des individus recrutés pour pratiquer lesdites estimations
et qui, dès le matin et jusqu’au soir, suivent un oiseau et comptabilisent ses
proies. Nous ne leur tiendrons donc pas rigueur pour cet à peu près.
Leur mésange aura pu avaler en réalité 997 ou 1003 moustiques dans la journée,
ils sont pardonnés.
– Mon petit Marcel, tu ne perds rien pour
attendre.
Comment savoir si tu es nue sous tes tatouages ?
Cette brute agressive et vulgaire est affligée
d’une forme rare du syndrome de la Tourette qui l’oblige à murmurer d’une voix
suave – et même quand il commet ses exactions barbares, tortures et crucifixions
– les mots les plus délicats : – doux Jésus… bénie soit ton immaculée
maman… chaton, Bambi, chou à la crème…, quand il ne se met pas tout à coup
à pépier comme un rossignol en vous enfonçant sa lame dans le ventre.
En bonne logique, l’ivrogne aussi devrait se
bonifier en vieillissant.
De plus en plus pelé et amaigri, l’écrivain sur son livre dérive dans l’océan glacé de l’indifférence.
Procéder à des bilans médicaux divers, me faire
poser quelques couronnes et palper la prostate d’un doigt expert, autant d’urgences,
je suppose, pour mon corps vieillissant qui n’embellit guère et sécrète
secrètement ses poisons. Mais je ne suis pas sûr de lui devoir tant de soins.
Il s’est usé sur sa pente, sans abuser ni de la douleur ni de la volupté.
Pourquoi anticiper ? Il m’a promis de pousser un cri quand viendra l’heure
de me soucier de lui.
Et soudain, flamboyante et ravageuse, la foudre s’abat sur le noisetier : un écureuil.
Public presque exclusivement féminin, bien sûr, pour le Grand marathon de l’Autofictif de huit heures que Christophe Brault a couru à Rouen, vendredi. Parmi les quelques hommes présents, deux fumeurs de pipe ! Deux fumeurs de pipe, alors qu’il peut désormais nous arriver de rester plusieurs mois sans en rencontrer un seul. La littérature ne rajeunit pas.
Couple bras dessus bras dessous – mais les poings sur
les hanches.
Je relève mes lunettes de soleil sur mon front
et mon esprit alors peut regarder la mort fixement.
[Retour à la Maison de la poésie pour la
dernière étape du Marathon autofictif, le
lundi 15 juin à 19h30 (attention, pour les habitués, à cet horaire
inhabituel). Réservation recommandée. Venez nombreuses, mesdames. N’oublie pas
ta pipe, camarade.]
Ce n’est pas que je possède une double personnalité, comme on le croit parfois, l’une plutôt gaie et blagueuse, l’autre sombre et mélancolique. Mais je constitue un cas unique de gémellité formée de deux nains inséparables – heureux de vivre, le premier, triste comme une tombe, le second – dont l’un porte l’autre, puis l’autre l’un, alternativement.
Grâce à des vêtements savamment coupés,
personne ne s’est jamais rendu compte de rien et, quand je suis nu, j’ai aussi
pour cacher cette particularité des ruses que je préfère taire. Et donc,
lorsque le nain blagueur que je suis se trouve être le porteur, ma face reste
sinistre et mes propos amers, mais il m’arrive dans le même temps de sautiller
allègrement ou d’exécuter de cocasses pas de danse.
En revanche, quand le nain mélancolique que je
suis est à son tour le porteur, j’affiche un visage souriant, les blagues
fusent et ma plaisante compagnie est très recherchée. Même si, bien sûr,
simultanément, je traîne des pieds et très souvent recule ou prends la fuite.