Tous ceux qui me connaissent vous le diront, je suis possédé par le démon de la coïncidence (frère jumeau du démon de l’analogie qui m’est également familier). J’en trouve partout, c’est ma seule métaphysique, là où se fêle mon armure de sceptique en acier trempé.
Ainsi l’on m’apprend que Philippe Favier, mort
sur la route, se serait endormi au volant. Or le titre de sa dernière
exposition, à Lyon, cet automne, où il m’avait invité à signer Ohé Pimoe,
était Andormi, anagramme de Morandi, le peintre italien de natures
mortes auquel il rendait ainsi un hommage à sa façon (Philippe dissimulait
volontiers ses conceptions subtiles derrière des calembours).
Or, en faisant des recherches sur ce peintre
que je connais mal, je découvre qu’il est mort (s’est endormi) le 18 juin 1964,
jour où j’ai ouvert les yeux. Et l’on fait quoi avec ça ? Oui, c’est aussi
ma question.
[Merci à Christian Rosset pour cette très belle
lecture de Jaune soleil dans Diacritik.]