dedans sur le mur
c’est tantôt un tableau
un miroir ou sa hure
le portrait d’un mort
un diplôme d’homme
une croix en or
sur le mur dehors
moins de hasards
un lézard
dedans sur le mur
c’est tantôt un tableau
un miroir ou sa hure
le portrait d’un mort
un diplôme d’homme
une croix en or
sur le mur dehors
moins de hasards
un lézard
Il fait son jogging, suant, écarlate, son chien tenu en laisse trottinant sans effort à ses côtés. Ils passent trois fois devant mon banc, lui, de plus en plus essoufflé, son chien, toujours aussi frais, puis je ne les vois plus. L'un des deux aura proposé à l'autre de se coucher en rond dans un panier.
Je n'ôte rien. Je note tout.
Mais c’est une autre paire de manches, puis
encore une autre, puis encore une autre, puis encore une autre, d’habiller la
pieuvre.
Hélas, les jeunes ne lisent plus Paul, mais il faut leur reconnaître le mérite d’avoir su oublier aussi François Valéry.
Elle roule ses cigarettes dans la farine ;
en fait elle sniffe de la coke.
C’est qu’il faut se fréquenter longtemps pour
devenir de parfaits inconnus.
jonquille
faut pas pousser
dru comme quille
car une boule va se former
une main d’homme s’y crocheter
il aura des chaussures exprès
une piste où s’élancer
on le connaît
pour te déjonquiller
J'ai d'abord cru à l'une de ces planches de Rorschach où l'encre répandue ne peut évoquer pour celui qui les regarde que des visions de cauchemar, mais il s'agissait d'une page d'écriture de Prosper Brouillon.
en se tirant m’a ôté
une belle épine du pied
et ses pétales aussi vont me manquer
C’est un peu moi, ce révolutionnaire
réactionnaire, avec ses dreads en brosse.
Sa principale qualité étant la discrétion et son principal défaut une déplorable tendance à se mettre en avant, on est en droit de demander si la première ne tient pas au fait que tout le monde détourne les yeux dès qu'il apparaît et se désintéresse complètement de lui.
Demeure l'ami de la belle. Tu verras passer ses
amants. Et durer son sourire.
Il faut qu’il y ait en moi une falaise pour que
se creuse un tel vide. C’est de là-haut, quand je ne suis pas au fond, que je
défie l’horizon.
Il y a peu encore, les écrivains avaient la main sur le narratif. C’était peu de chose, c’était au moins cela. Aujourd’hui, à en juger par l’usage nouveau du terme – qui tourne déjà au tic de langage –, il semblerait que les politiques et les médias en soient devenus les grands ordonnateurs. On regrettera qu’ils ne nous aient pas plutôt piqué le haïku.
allons voir
l'ânon
nouveau-né
J’ai vu remonter et couler mes larmes. Cela
faisait longtemps. C’était d’ailleurs de vieilles larmes, des larmes d’enfant –
giflé, puni, abandonné.
on repère un abri
des brindilles
pour le nid
mais merlette
n'est pas prête
pour la fête
attendre mars avril
sur ce gril
pas facile
Il fait peine à lire.
J’ouvre son livre –
et bâille à mon tour, c'est communicatif.
Et donc, on l’aura compris, j'ai pas adoré adoré.
plus court plus court
encore, Février,
moins de jours !
commence le 1er
finis le 2
ce sera mieux
nous sommes assez vieux
comme ça
n'en rajoute pas
Trente livres écrits de sa main, une collection d’œuvres unique constituée en miroir, à sa ressemblance, tout au long de sa vie et il faudrait admettre que Bruno Duborgel, mon beau-père, qui aimait le silence et plus encore les mots rares, a quitté ce monde? À d'autres !
Enfin bref est la locution favorite du bavard.
Des pages se tournent. C'est habituel. C'est le principe. Nous n'aurions pas motif à le déplorer si toute la littérature que nous aimons n'était imprimée dessus.
cesse que naisse
enfin éclore
le prochain mort
dans l’œuf un poulet de Bresse
ou est-ce la sœur
du rôtisseur
3 x 9 petits vers
et toujours pas
la fin de l'hiver
une vie n'y suffirait pas
et la mort en aurait déjà
fini avec toi ?
c'est trop vite expédié
c'est bâclé
ça ne compte pas
nul n'y croit
et pourtant
ce froid
crottée la traîne
du ciel dans la pluie
si vilaine
on y va on s'entraîne
mourir par compassion
tentative vaine
é-coper -ponger -cluser
par quel bout se prennent
cette pluie cette peine
File droit sur ses rails sans ralentir, sans dérailler, sans nuls retard ni collision jamais, vraiment un modèle de fiabilité, de ponctualité, le train du malheur.
Toute similitude avec une fiction, toute ressemblance avec le destin de personnages de roman ne seraient que pures coïncidences. Ma vie est une histoire vraie.
L'embouteillement de la soupe de poisson est une cruelle dérision de l'espoir que nous concevons si naïvement en lançant nos bouteilles à la mer.
Ceinturon ou bretelles ? Alors certes, le ceinturon reste irremplaçable pour éduquer ses enfants avec une saine rigueur, mais quand il s’agit de les chasser de chez soi le jour venu, rien ne vaut les bretelles dont on usera alors comme de la paire d’élastiques d’un lance-pierre pour envoyer valser par-dessus le mur du jardin.
Pas vu. Pas lu. Connais pas. Autant de temps pour moi.
une, deux, trois, quatre hures
tant à la fin furent
défoncèrent le mur
Il est des limbes où la dénatalité est une question vraiment préoccupante. La concurrence devient de plus en plus rude, les places de plus en plus rares et chères. Les prétendants bientôt ne reculeront devant rien pour venir au monde. Ceux qui naîtront poursuivront sur leur lancée, prêts à tout pour frayer leur chemin dans la vie. Cela augure encore de beaux lendemains.
Regardez-moi jongler avec une orange. Et n’oubliez pas que qui peut le plus peut le moins.
Imperturbablement morose. Son visage, le nuage qui stationne devant son sourire.
Le temps passe plus vite que nous. Je reste un enfant.
L’inventeur du fil à couper le beurre est tombé
dans l’oubli et son absurde invention avec lui, qui fut jamais le seul à en
faire usage.
Quel cri pour faire fuir la peur ?
Sitôt parvenu sur cette île déserte au cœur du Pacifique, j’entrepris de creuser des douves sur tout son pourtour. Deux précautions valent mieux qu’une.
Cette taupe connaît mon jardin comme sa poche.
Cette fois, je crois qu’il a définitivement
sorti la tête de l’eau. Pour sombrer dans l’alcool.
Lui qui ne sut qu’avancer masqué,
comment diable vous en voudrait-il de n’avoir
su lui arracher
la peau,
comment vous en voudrait-il ?
Hier aujourd’hui demain
par tous les temps lourdes paupières
en rideaux : tous les jardins ?
plus ou moins tôt : rien que poussière,
hier aujourd’hui demain ?
Ces deux poèmes sont extraits du recueil
inédit, Piricino dernier des hommes, de mon ami Marc Daniel qui vient si
brutalement de mourir. La douceur et la prévenance faites homme. Avec les doses
exactes d’humour et de tristesse qu’il faut à la vie bien comprise. Mais trop
de modestie, son plus vilain défaut (son seul livre publié à moi consacré, à moi
donc qui en manque beaucoup pour le citer là)... Mon cher Marc, les éditeurs
t’auront bêtement boudé, mais tu t’en fiches maintenant que ton fantôme a élu
domicile à la Maison de la poésie où nous nous retrouvions souvent et où jamais je ne manquerai de le saluer.
En eusses-tu noirci déjà quarante, le cahier neuf fait de toi un écrivain débutant. Cette précieuse relation à la papeterie s’est dénouée pour nombre d’auteurs devenus informaticiens. N’est-ce pas pourtant comme s’ils y avaient laissé leur peau ?
Son beau fuselage ne protège donc pas le thon
contre nos torpilles qui le réduisent en miettes.
Et la tomate, a-t-elle vraiment mérité cette
fessée déculottée ?
Comme la créature primitive valétudinaire rampait vers la valériane ou le plantain lancéolé qui la soulagerait, son descendant, notre contemporain, d’une main sûre ouvre son armoire à pharmacie pour saisir la boîte de Doliprane, de Spasfon ou de Lexomil. Ce que c’est que l’instinct !
Pour crier au loup, il bêle et grésille pour
crier au feu.
Il se faisait passer auprès de femmes crédules
pour un accrocheur de colliers, mais c’était en réalité un dangereux dégrafeur
de soutien-gorge.
[Et puis, le 5 mars prochain, paraîtront aux Editions de Minuit mon nouveau roman Jaune soleil ainsi que la réédition en poche de Monotobio.]
Avant de la chasser, l’homme a bien évidemment tenté de pêcher la baleine, comme cela semblait naturel. Mais dès qu’il la ferrait, le fil cassait, quand ce n’était pas le scion.
Ce n’est pas grave, me dit-elle gentiment,
constatant ma petite panne sentimentale, cette subite et inhabituelle
défaillance de mon amour pour elle, tant que tu me baises fort !
(Puis planter l’hameçon dans le plancton
n’était pas non plus une mince affaire – mais une trop mince affaire.)
Quelle mécanique de production serait activée par un geste de lassitude, d’abandon ou de fatigue ? Il est regrettable d’être si remarquablement paresseux et de n’en tirer aucun profit. Comment faire fructifier ma paresse ?
oust
à moi
cette mangue
Pourquoi soudain ce trophée, ces bravos ?
Au hasard de son errance, il a remporté le slalom.
Mais qui sont ces personnes qui s’autorisent à jeter dans nos vies le trouble de l’amour ? On ne leur avait pourtant rien demandé !
Étonnant que l’homme n’ait pas encore trouvé le
moyen d’employer à la scierie le braiment de son petit âne.
Serais-je prisonnier d’une boucle
temporelle ? Ce n’est pas la première fois que je vois ce nuage…
Soudain, effluves de savon, fragrances printanières… c’est l’hôte propreté qui passe dans le couloir du wagon avec une poubelle.
Il y a bien longtemps que je chausse mes
après-ski avant.
Puis les fourmis toutes ensemble retirèrent leurs
loups noirs et, là, surprise… !