Que l’humanité ait consenti avec enthousiasme à ne plus exister nue sous la cascade sans le smartphone, que chacun se soit si facilement résolu à ne plus jamais se suffire à lui-même et à devenir cet être poulpesque augmenté d'un portable, cela prouve assez que nous ne résisterons à rien de ce qui se proposera désormais en termes de nouveauté technologique – et ça n'arrêtera plus –, que nous sommes déjà aux ordres, que nous avons déjà, en échange de menus services qui aliènent notre liberté et la menottent dans la soute, vendu notre âme, notre âme si contrite, notre âme invendable...
Les humains étaient fiers d'être des sujets libres,
fiers de leur pouvoir sur les objets qu’ils avaient créés et dont ils disposaient
à leur guise et selon leur bon vouloir, jusqu'à ce qu'ils deviennent ce matin
sujets de leurs objets.
L’homme augmenté, oui, bien sûr, mais augmenté du
gratte-dos, qui manquait en effet cruellement, cela n'aurait-il pas suffi ?
[Autre rendez-vous, le 18 novembre à 19h
30, à l’Espace Andrée Chedid d’Issy-les-Moulineaux (métro Mairie d’Issy),
je m’entretiendrai avec Etienne Orsini à propos de L’Autofictif. La
rencontre sera suivie d’une lecture d’une heure de L’Autofictif enneige le
Fuji, par Christophe Brault. Entrée libre sur
réservation.]