samedi 26 septembre 2020

4462

 

Le changement de titre des Dix petits nègres est une décision stupide. Qu’est-ce que cette morale de la censure qui s’épanouit dans ce pays ? Césaire et Senghor n’ont-ils pas réhabilité le mot nègre au moins dans cet espace littéraire, justement, où les mots ne sont que ce que nous en faisons ? On n'écrira jamais rien de bon avec une gomme.

 

MOI – Il y a quand même quelques fautes dans ton histoire…

SUZIE – Normal, mon personnage est nul en dictée.

 

Sans doute l’oiseau vole-t-il parce qu’il bat des ailes, mais prendrait-il tant de vitesse s’il n’était aiguillonné par toutes ces plumes fichées dans son croupion ?

vendredi 25 septembre 2020

4461

Depuis le pinacle de notre belle époque, la plus inculte tout de même depuis que la bactérie originelle a poussé sa deuxième patte, nous nous permettons de reconsidérer les œuvres du passé avec ce regard de censeurs que toute chose aujourd’hui courrouce et scandalise, ce même regard qu’offusquent d’ailleurs aussi les filles en jupe dans les rues de nos villes.

 

Oui, ce même regard si myope que nos globes oculaires semblent aussi vitreux que nos morveuses narines.

 

Car si nous savons aujourd’hui nous transporter dans l’espace jusqu’aux proches banlieues de Mars, nous sommes incapables de faire trois pas en arrière pour éprouver un peu le monde ancien autrement qu’avec nos pincettes molles. Nous préférons tout relire à travers la grille du confessionnal et tout amender selon la morale du jour, tout alors bien sagement lissé, recoiffé, émasculé (on parle du Panthéon pour Verlaine et Rimbaud !) sur cette tabula rasa où effectivement ne restent que les miettes des vieux festins pour lesquels nous manquons aussi d’estomac…

  

jeudi 24 septembre 2020

4460

Les pétitions en faveur de nobles causes – dénonciation de génocides, libération de prisonniers politiques, accueil des réfugiés – auraient davantage de succès si un tirage au sort était organisé parmi les signataires, avec à la clé un séjour au soleil pour deux personnes.

 

Chat acculé recule encore et se tapit tout au bout de sa queue.

 

C’est triste tout de même, quand meurt Juliette Gréco.

mercredi 23 septembre 2020

4459

La littérature ne nourrit pas son homme, et plus frugalement encore un colosse de mon acabit. Aussi ai-je créé il y a quelques mois une affaire qui devait m’enrichir, un petit salon d’esthétique spécialisé dans certains soins trop souvent négligés que j’ai appelé L’Atelier du philtrum et de la fossette mentonnière. Nulle concurrence sur ce vaste marché, ma fortune était faite. Hélas, ce foutu masque ruine tous mes espoirs et déjà mon banquier me harcèle.

 

Quand blanchit ta toison pubienne, tu ne peux plus pisser sans que te revienne en mémoire la fable de l’agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure, ça finit par être agaçant.

 

(Vraiment doué La Fontaine, avec les animaux : des fables et un zoo !)

mardi 22 septembre 2020

4458

jadis le radis

avait donc cette queue

de cerise

 

En parcourant la rubrique Divertissement de GoogleActualités, j’apprends la mort de Michaël Lonsdale.

 

il s’avère que le murmure

mieux que la colère

fait trembler les murs

 

lundi 21 septembre 2020

4457

Coupe tes ongles ras, mon garçon, ou tu pourrais avoir une mauvaise surprise au réveil si ton scrotum t’a démangé pendant la nuit, me recommanda-t-il d’une voix étonnamment aiguë pour un vieux sage.

 

Procédons par élimination. Tout ce que contient la bibliothèque est donc dûment répertorié. C’est fait. C’est derrière nous. C’est mort. Plus à y revenir. Ça limite opportunément le champ de notre investigation, cette quête d’une place libre encore où glisser notre prochain livre. Car il reste quelques ouvertures à colmater, il y a toujours un peu de jour qui entre ; de certains points, paraît-il, on voit encore un morceau de ciel vide de toute spéculation !

 

Il ne s’est pas défendu pendant que je le rouais de coups et c’est heureux, car j’ai horreur de la bagarre.

 

 

[Amis Nantais, je ne saurais trop vous recommander la lecture musicale des textes et aphorismes d’Olivier Hervy, à La Ruche, le 1er octobre à 20h30.]

 

dimanche 20 septembre 2020

4456

Les farces et attrapes ne m’amusent pas beaucoup. Aussi ai-je fait l’acquisition d’un sac à rire que je déclenche discrètement, afin de ne pas passer pour un rabat-joie, quand on me fait le coup du coussin péteur.

 

Ce sera le manche de ma guitare, dit-il, et il coupa la branche du rossignol.

 

Nous étions somptueusement logés. Elle avait son boudoir. J’avais mon fumoir. C’était notre mansarde.

samedi 19 septembre 2020

4455

C’est une mort d’autant plus ingrate que le corps du noyé aussitôt se met à flotter et à suivre paisiblement le fil de l’eau.

 

S’il ne les avait eus dès 1950, Georges Brassens aurait fêté ses 100 ans l’année prochaine.

 

Tous les spectateurs masqués dans la salle. Et, sur scène, les comédiens qui ne peuvent plus jouer parce qu’ils sont les seuls à avoir gardé figure humaine et qu’il serait dès lors obscène que, sur ces derniers visages, s’inscrivent les expressions trompeuses et les grimaces de la comédie.

vendredi 18 septembre 2020

4454

 …805…806…807… j’en étais là du patient décompte des brins d’herbe de mon jardin lorsque, me retournant, je constatai que le soleil meurtrier des interminables étés de cette nouvelle ère caniculaire avait implacablement réduit en cendres la pelouse dans mon dos.

 

SUZIE – Marceau est vraiment très très drôle : il rit à mes blagues !

 

J’ai substitué à l’horrible masque chirurgical bleuâtre un bel éventail de soie pourpre qui met davantage en valeur mon regard de braise, tandis que d’un élégant vibrato du poignet je protège non seulement mes voies respiratoires du souffle putride des passants que je croise, mais je disperse aussi loin de moi, plutôt que de la ravaler, la vilaine petite toux qui me secoue méchamment depuis quelques jours.

jeudi 17 septembre 2020

4453


Consternation. Cruelle et pathétique vengeance du destin. La professeur de français d’Agathe a mis au programme des lectures imposées de sa classe de 5e un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt ! Pauvre enfance martyrisée. Agathe ! Quelle violence sans remède va-t-on exercer sur cette chère petite âme ? Je croyais pourtant que les sévices étaient désormais interdits à l’école. Que faire ? Fuir loin avec ma fille pour la mettre à l’abri ? User de menaces envers l’enseignante (sachez, madame, que je n’ai pas hésité à repousser du pied un blaireau mort) ? Ou quoi ? Garder Agathe confinée peut-être, afin d’éviter tout risque de contamination.


C’est un anthropophage soucieux d’éthique environnementale, il ne mange que des végétariens.


Bientôt s’effacent les dernières traces du défunt ; seules quelques taches tenaces seront un peu plus longues à partir.

mercredi 16 septembre 2020

4452

Mais alors, convient-il désormais de commencer à bander dès qu’elle retire son masque ?


Le coronavirus existe en spray nasal ou buccal. Or je trouve que le comité scientifique ne fait pas son travail et que nous sommes mal conseillés, car enfin, comment choisir le meilleur ?


Et je me demande également, au cas où je serais amené un jour à repousser du pied un renard mort, si ma rencontre avec ce blaireau me serait en l’occurrence d’un quelconque secours, ou s’il me faudrait tout réinventer, partant de rien, ou presque… ?

mardi 15 septembre 2020

4451

Non, je ne ferai pas l’acquisition de ce nouveau portable doté des technologies les plus révolutionnaires, je n’ai pas envie de passer pour un ringard l’année prochaine !


Dans un court passage de Trois hommes dans un bateau que je lis en ce moment avec Suzie, Jérôme K. Jérôme se moque de la nouvelle génération. Suzie me regarde, incrédule, un sourire au coin des lèvres :
– Mais il ne pouvait pas y avoir déjà au XIXe siècle une nouvelle génération !


J’ai laissé tomber une pièce dans la nuit. Je renonce à la chercher : trop d’étoiles.

lundi 14 septembre 2020

4450

Les dégâts causés par l’alcool ne sont pas les mêmes selon ce que l’on boit et je tiens pour certain que le vin combat les effets néfastes du rhum pour la santé tandis que ce dernier est un remède miracle pour les maux que le premier fait endurer à notre organisme.


En vertu de quoi et puisque l’alcoolique de métropole, à la grosse figure bourgeonnante et cramoisie, conserve une faconde cordiale alors que l’alcoolique des Antilles, complètement hébété, garde le corps sec et le visage frais d’un jeune homme, j’alterne sans désemparer les verres de vin et rhum, de manière à ne perdre ni ma prestance ni ma jovialité.


Et je me demande en conséquence à qui appartient cette face hagarde et rubiconde dont le miroir de ma salle de bains affichait ce matin la désolante image… ?

dimanche 13 septembre 2020

4449


Hier soir, à la Maison de la poésie, la douzième étape du Marathon autofictif de Christophe Brault m’a pour la première fois laissé un goût amer. La faute ne lui en incombe pas, il a abattu l’austère besogne avec son enthousiasme un peu candide et sa fougue habituels. Non. Ce sont les spectateurs présents qui m’ont déçu, qui m’ont affligé et même, je ne le cache pas, qui m’ont blessé, profondément.


Voilà en effet qu’ils ont honte maintenant, comme d’une passion vicieuse, de leur vague dilection pour mes écrits. Ils venaient jadis assister à ces rencontres à visage découvert, leur bonne figure franche illuminée d’un sourire doux, parfois même gentiment niais et c’était une émotion délicieuse. Inutile alors pour moi de demander le renouvellement de l’ordonnance de miel et de petit lait que mon médecin me prescrit depuis l’enfance pour combattre mes envies suicidaires.


Ce temps est révolu. Les rares spectateurs qui s’aventurent encore jusqu’ici pour écouter Christophe lire mes textes sont de toute évidence rongés par le remords et la culpabilité. Ils n’assument plus. Ils se cachent. Le visage dissimulé derrière un masque, ils se glissent jusqu’à leur siège, cherchant le refuge de l’ombre, ils prennent bien garde à n’être pas reconnus, à ne frôler personne, alors qu’avant ils essayaient au moins de me toucher un peu, et, sitôt la séance achevée, ils sortent de la Maison de la poésie comme d’un bordel thaïlandais, l’œil fuyant, le dos voûté et se fondent dans la foule en se jurant bien qu’on ne les y reprendra plus.






samedi 12 septembre 2020

4448

Mon alibi tient la route, lui : je ne conduis pas. Or ce blaireau a été percuté par une voiture. Je me suis penché sur la bête déjà raide et enflée par les gaz, je l’ai observée avec affliction et curiosité, comme nous faisons toujours des cadavres, puis je l’ai repoussée du pied sur le talus, comme nous faisons plus occasionnellement.


Vous voulez dire que Platon s’aimait beaucoup mais qu’il ne s’est jamais touché ?


Prétendrez-vous encore que nos lectures sont sans effet dans nos vies quand vous saurez qu’à peine avais-je achevé la lecture du Baron perché avec Agathe, il a fallu que je construise dans sa chambre un lit-mezzanine ?

vendredi 11 septembre 2020

4447

Un tamarillo, mademoiselle !… ça ? une sapotille, bien sûr !... mais enfin, vous voyez bien que c’est un corossol… et celui-là, vous l’ignorez aussi ? un ramboutan ! … et ceci ? une carambole ?!... Alors certes, j’en conviens, c’est un jeu un peu sadique : dès que je repère une jeune caissière en formation, j’achète tout ce qui existe comme fruits exotiques dans la grande surface et je dépose mes petits sacs (un fruit par sac) sur son tapis roulant… Un jeu sadique, un jeu cruel, mais très amusant.


de ton cachot le sol sera encore un mur
songe à tes nuits futures
qui se nourrit de paille dormira à la dure


Entre deux maux choisir le moindre, certes, mais est-ce que je préfère que cette mouche bourdonne à mon oreille ou qu’elle me chatouille le nez ?

jeudi 10 septembre 2020

4446

J’étais sceptique. Je n’y croyais pas. Je me repens, pardon. Je sais maintenant qu’il y a bien quelqu’un au-dessus de nous. Je ne doute plus. D’ailleurs, je vais monter lui demander de baisser le volume de sa musique.


corne de narval
corde de Nerval
torsades


Le coup de poing dans le pif, je comprends, mais enfin, pourquoi ne pas ajouter le coup de pied au cul au nombre des gestes barrières ?



[Parution aujourd’hui de Zoologiques, aux éditions Fata Morgana, avec des collages inédits de Philippe Favier. Ces dialogues d’animaux ont été pensés aussi pour être dits. Avis aux comédiens et metteurs en scène à la recherche de jeux de masques…]

mercredi 9 septembre 2020

4445

Jésus ne marchait pas sur l’eau : il la foulait pour la changer en vin. Deux prétendus miracles trouvent là d’un seul coup leur décevante et prosaïque explication.


C’est une jungle à l’abandon : un jardinet propret.


Puis elle s’éloigne et déjà je ne vois plus, très loin à l’horizon, que le minuscule grain de beauté qu’elle a dans le cou.


mardi 8 septembre 2020

4444

Épuisé par son numéro de clown acrobate jouant sur un fil de la flûte avec des gants de boxe, il regagne sa roulotte jaune – en passant fourre dans la bouche de l’éléphant une poignée de foin –, et s’endort lourdement, aussitôt happé par un rêve délirant : il est comptable dans une petite entreprise spécialisée dans les articles de robinetterie. Puis il se réveille et la routine reprend : coiffer la perruque orange, lacer les chaussures de 80 cm, remplir la poire à eau…


Tu n’as jamais aimé celui que tu n’aimes plus.


puis le Covid muta
de la toux à la bourrasque
et arracha nos masques

lundi 7 septembre 2020

4443

Nos auteurs d’autofiction prennent de l’âge. L’EHPAD sera bientôt le lieu où se vivront et s’écriront tous les livres.


Assis sur un tabouret en forme de sablier, il semblait attendre de tomber en poussière au fond.


J’avais déjà beaucoup de mal avec le port du préservatif obligatoire tout le temps dans l’espace public, mais alors le masque…

dimanche 6 septembre 2020

4442

Deux beaux œufs. Le premier pourrit sans éclore. C’était celui de la déception. L’autre se fendit, heureusement. C’était celui de l’espoir, qui s’envola.


L’oie elle-même n’est-elle pas un vautour gavé d’une oie ?


Et c’est en entendant sortir de son bec le chant du cygne que le vilain petit canard, après toute une vie d’humiliations, comprit qu’il allait crever.


samedi 5 septembre 2020

4441

Attends, qui décide qu’on doit revenir à la normale ? Et si le changement commençait par toi et moi ? Pourquoi ne pas choisir de s’ouvrir et enfin se dire : mon travail compte ? Et si j’écoutais au lieu d’entendre ? Si je voyais dans tes yeux plus qu’un simple regard ? Et si je souriais ? Si je voyageais mieux en profitant de chaque lieu ? Et si je croyais aux changements que ma cuisine ou ma musique peut apporter ? Et si je ne dansais pas mais, rien que pour toi, je me laissais aller à quelques pas ? Et si je refusais d’être un inconnu dans ma propre maison ? Et si je laissais mes rêves prendre le volant et que j’étais là dès que tu as besoin de moi ?


Je dirais oui, oui, oui, je le veux ! Maintenant je réalise à quel point on est plus forts ensemble et, ça, je ne suis pas prêt de l’oublier. On s’est adaptés. On est restés unis. Et je resterai plus ouvert que jamais.


Vous venez de lire le texte que déclame une chaleureuse voix off sur les images de la dernière publicité de Coca-Cola… laquelle, en effet, a su déclencher en moi une irrésistible pulsion d’achat puisque, sitôt après l’avoir vue, je me suis rué dans un bar où j’ai avalé coup sur coup trois whiskies bien tassés. 

vendredi 4 septembre 2020

4440

Depuis cette année, les auteurs sont donc affiliés à l’Urssaf… Hé ! Nous avions choisi la littérature uniquement pour ne pas avoir à pointer dans cette usine à gaz ! Quelle autre raison ?



MOI – REblochon, pas ROblochon… !

SUZIE (au bord des larmes) – Oh non… pourquoi tu m’as dit ça… !? C’était bien mieux, ROblochon !



La figure de l’écrivain a perdu tout prestige. Bien révolue, hélas, l’époque de haute culture où l’on entourait de respect et de considération ce puéril ivrogne.
 

jeudi 3 septembre 2020

4439

Quand l’ours menaçant se dressa debout devant moi, je tombai aussitôt à quatre pattes. Nous échangeâmes un regard, puis il prit la direction de la ville tandis que je m’engageai dans la forêt profonde.


Il ne semble pas rebuté par les appareils dentaires des filles de sa classe, semble-t-il, puisqu’il a collé des aimants sur le sien.


Suzie lit avec passion les romans d’Erik L’Homme. Je ne sais pas pourquoi, je trouve cela doublement vexant.

mercredi 2 septembre 2020

4438

Tout empli de l’ardeur et de l’enthousiasme des conquistadores, j’ai affrété une caravelle et largué les amarres, cinglant vers le large, laissant derrière moi ma terre, avec l’espoir chevillé au cœur de n’en voir poindre jamais aucune autre à l’horizon.


Le roseau rompt plus facilement quand il pense.


– Faites-moi cette tête-là, a exigé l’ennemi public numéro 1 en tendant une photo au chirurgien plastique : c’était celle de l’ennemi public numéro 2. La pression policière se relâcherait un peu. Il allait pouvoir souffler.

mardi 1 septembre 2020

4437

J’ai déjà raconté, je crois, ce lamentable épisode au détour ou même en plein cœur de quelqu’une – mais quelle ? – de mes milliers de millions de milliards de pages. J’avais 15 ans. Nous étions trois. Il n’y avait pas Jean Castex. Chacun son kayak. Le mien étant trop petit, j’avais dû ôter la barre d’appui au fond pour tenir dedans. J’avais de la peine à suivre les copains, je pagayais comme un terrassier et, dans un méandre de la rivière, alors qu’ils étaient hors de vue, mon kayak s’est retourné. J’étais coincé dans l’habitacle. Le puits d’eau verte s’est ouvert sous moi. C’était sans fond, c’était sans issue. C’était fini. Adieu, mes amis, je meurs. J’agitai désespérément les bras – comme fait le poisson sur l’herbe, si vous voyez ce que je veux dire, qui revoit toute sa vie et constate qu’il n’a aucune mémoire – et ma main rencontra une branche qui se tendait depuis la berge proche et caressait l’eau. Certains s’écrasent contre un platane, moi, je dois la vie à un aulne.


Cette vision de l’eau très verte – un rayon de soleil s’enfonçait irrémédiablement avec moi dans la vase – où je me noyais m’a souvent visité ensuite dans mes cauchemars. Sommeil alors gagné par la panique. Toujours se méfier de l’eau qui dort dans le même lit que soi.


Or cette nuit, pour la première fois, l’image est venue illustrer un doux rêve amniotique. Le vrai bain de jouvence d’une vie non vécue…