mardi 31 mars 2020

4301

En raison des circonstances, la parution du nouveau roman de Joël Dicker est repoussée. Nul besoin cependant de lire le livre pour percer L’Énigme de la chambre 622 : tous les personnages sont confinés dedans.


Si ronde soit la Terre, nous nous trouvons toujours sur l’une des faces d’un cube virtuel.


Le Traité de l’Antarctique de 1959, qui voue ce continent à la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, à la concorde et aux activités pacifiques des états signataires, atteint en effet ses objectifs, la densité humaine dans ces contrées – 0,00 habitant au km2 – n’étant sans doute pas étrangère à ce beau succès.

lundi 30 mars 2020

4300

Des articles paraissent sur mon livre confiné. Petit regain de notoriété. Je sors dans la ville, tout enflé de légitime fatuité… Personne pour me reconnaître dans la rue !


Puis c’est agaçant, j’avais une excellente recette d’anguille à l’huile… Impossible de mettre la main dessus !


En plus de cela,  le froid revient. Se confiner ne suffit plus, il faut encore se calfeutrer, s’emmitoufler – au fond de quel nid de coton allons-nous finir ?

dimanche 29 mars 2020

4299

J’ai rassemblé ma famille autour de la table, la mine grave. Je sais que le confinement est difficile pour tout le monde, ai-je déclaré solennellement. Raison de plus pour se conduire avec loyauté. J’ose donc espérer que va se dénoncer celui ou celle qui, en ayant sans doute fini avec le sien, a profité de la nuit pour ronger le frein des autres. J’attends.


Elle semble téméraire à première vue, résolue, intrépide. Mais l’échelle redescend tout de suite.


– J’attends toujours !


samedi 28 mars 2020

4298

Un peu las de toutes ces vanités qui encombrent les musées, j’ai commencé à peindre une série de modesties. Mais j’ai vite cessé en constatant que le motif était le même : une tête de mort.


Quand je pense que certains mettent à profit tout ce temps pour RElire Eric-Emmanuel Schmitt !


Allons, allons, il reste pourtant quelques bonnes raisons de se réjouir : la fête de la musique pourrait bien être annulée cette année.

vendredi 27 mars 2020

4297

Aïe aïe aïe… le COVID-19 serait en train sournoisement de muter une nouvelle fois et pourrait bientôt se transmettre par télécontagion…


En période de confinement, une saine organisation est primordiale. Ainsi, pour ma part, j’alterne rigoureusement et sans jamais relâcher cette discipline, le vin – qui attaque le foie – et le rhum qui attaque le cerveau –, cuvant l’un tandis que je bois l’autre et conservant ainsi une santé de fer.


On a enfin trouvé la parade. Le frotteur du métro peut se brosser.

jeudi 26 mars 2020

4296

Et vous en trouverez pour prétendre que je ne suis pas un écrivain visionnaire ! Publié en 1987, Mourir m’enrhume prédisait pourtant beaucoup de choses.


Absent de chez moi le jour d’Halloween, j’avais promis à mes filles que ce n’était que partie remise. Elles savent que je tiens toujours parole. Ce soir, donc, comme je m’y suis engagé, nous irons dans la ville sonner à toutes les portes pour réclamer des bonbons.


Je n’ai pas envie de rire. Ce ne serait pas drôle.

mercredi 25 mars 2020

4295

Uderzo est mort hier, non sans avoir eu le temps de dessiner une dernière fois Panoramix, le professeur Raoult, notre druide, dont la potion magique à la chloroquine semble être désormais notre ultime espoir d’éradiquer le mal.


La distanciation sociale, les gestes barrières, il y a bien longtemps que mes livres défendent ces sages principes. Et j’en veux pour preuve qu’il y a toujours entre deux de mes lecteurs une distance saine et hygiénique de plusieurs centaines de kilomètres.


Hier, j’avais la place Saint Marc pour moi tout seul ! Demain, je file voir les chutes du Niagara. 

mardi 24 mars 2020

4294

Suzie me bat à la crapette (nous jouons beaucoup à la crapette ces jours-ci, je me demande bien pourquoi). Du moins le croit-elle. Car devant son triomphe un peu trop ostentatoire, je crois bon de lui rappeler que j’ai posé la première bonne carte. Eh oui, ma belle, la fameuse petite graine. Tu te souviens de ce que nous t’avons expliqué ? J’ai gagné !


Je suis devenu complètement indifférent à la critique. On peut me dire que mon nouveau livre est supérieur au précédent qui était pourtant déjà franchement excellent, ça ne me vexe pas.


Et vous pensez un peu à l’amant confiné dans le placard ?



lundi 23 mars 2020

4293

Il y avait longtemps que je n’avais vu mon ami Pedro. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Longue et franche accolade, puis nous nous sommes léchés les yeux comme l’exige le vieux rituel de notre amitié.


Je viens de commencer une collection de poignées de portes. Je peux passer des heures à manier les pièces nouvellement acquises, moites encore souvent des mains qui les ont utilisées, et il m’arrive même, je le confesse, de dormir avec.


Je n’avais jamais mangé de chauve-souris. Eh bien, ce n’est pas mauvais du tout !

dimanche 22 mars 2020

4292

Bel après-midi au parc, hier, avec tous les potes. On a fait un rugby.


Puis les filles nous ont rejoints avec des bières.


Et bien sûr, ça s’est terminé en partouze.


samedi 21 mars 2020

4291

Et puis non ! m’exclamai-je. Dois-je subir ce confinement et ce conditionnement jusque dans l’exercice de l’écriture ?! Ah, mais c’est mal me connaître ! me révoltai-je encore (et je devins tout rouge).


Ces pages autofictives ne resteront pas plus longtemps soumises à la loi de ce temps ! Je reprends ma liberté. Je raconte encore ce que je veux, non ?! (et une veine battait sur ma tempe).


Puis je sortis dans la rue en claquant la porte derrière moi, d’abord, puis encore deux bises sonores sur les joues de ma vieille voisine qui avalait un peu d’air frais sur son seuil. Et j’entrepris de distribuer de chaleureuses poignées de mains aux passants.


vendredi 20 mars 2020

4290

Journal du confinement (Septième jour) – En ces temps de réclusion dans la cellule familiale, l’idiome propre aux membres qui la composent, fait d’interjections, de demi-mots et d’inventions verbales approximatives tend à devenir notre seul langage. Il sera sans doute bien difficile de se réadapter ensuite à la vie en société quand la saloche magnole sera enfin crockback.


Nous allons devenir de plus en plus incompréhensibles et amphilâges pour les ostrotruis. C’en sera fini de l’arrumba et du patientiment.


Adieu virmoust ! Adieu zélons ! Nous nous racracolerons entre zibes et zubes. Prenons garde, donc, insensiblement s’effrite et s’enlubine notre socle d’havraise, notre commune biselle.


[Malgré ce risque, aussi longtemps que durera le confinement, je tiendrai une chronique quotidienne pour Le Monde, intitulée Sine die… On peut lire la première (aux trois-quarts seulement si l’on n’est pas abonné) en suivant ce lien.]


jeudi 19 mars 2020

4289

Journal du confinement (Sixième jour) – Je m’improvise professeur de technologie et de physique-chimie pour mes filles. Hélas, d’expériences ratées en manipulations malencontreuses, je viens de faire disparaître la locomotive à vapeur, la bicyclette et toutes les découvertes d’Einstein… On ne m’y reprendra pas. Je ne leur enseignerai plus que les Lettres. ‘’C’est un trou de verdure où chante une rivière… ''


Je ne suis pas même certain que nous maîtrisions encore le feu depuis que j’ai tenté avec elles de faire jaillir une étincelle en frottant un silex sur de la pyrite… essayez de gratter une allumette et dites-moi… ?


(– Papa, c’est quoi, une rivière ?)

mercredi 18 mars 2020

4288

Journal du confinement (Cinquième jour) – Le savon commence à manquer. Nous apprenons à nous laver avec du sable, avec des cendres. Mais nous avons perdu la science intuitive des plantes. Agathe s’est cruellement brûlée en se frictionnant le corps avec des orties.


‘’Je vous confie mes livres parce que chez vous, au moins, je suis certain que personne ne les lira’’, disait Henri Michaux à Bruno Roy, fondateur des éditions Fata Morgana. Sage réflexion que j’ai méditée et qui inspire depuis toujours ma propre stratégie éditoriale. Quand je publie un livre, je veille à ce que la saison de sa parution, son titre ou son propos, suffisamment revêches et rébarbatifs, dissuadent le lecteur souvent trop bien disposé et bêtement curieux d’y fourrer son nez et ses mains pleines de doigts. Stratégie couronnée de succès jusqu’à cette rentrée de printemps où Monotobio, titre excellent, récit allègre, menaçait de fragiliser l’œuvre de toute une vie. L’ordre de fermeture des librairies a très opportunément sauvé mon entreprise.


(Il n’était que temps, douze exemplaires de Monotobio s’étaient déjà littéralement arrachés sur les étals de ces commerces non essentiels à la vie de la nation, pour reprendre les mots si justement pesés de notre président.)


mardi 17 mars 2020

4287

Journal du confinement (Quatrième jour) - La situation se durcit. Tandis que les Infectés rôdent dans les rues, mêlant des malédictions à leurs toux venimeuses et n’hésitant pas à lancer sur le passant hâtif leurs pangolins enragés, les Confinés ont encore à craindre la présence dans leurs foyers de traîtres appelés Porteurs Sains et qui souvent, comble de l’ignominie, affectent l’apparence de leurs enfants bien-aimés ! Il m’a semblé que Suzie me regardait d’un air bizarre. Je jure que j’ai vu luire une incisive d’Agathe dans la nuit noire.


Je ne sais plus si je dois mes rêves à la fièvre ou au sommeil. Je me trouvais dans une clairière parcourue de frissons, je saisis d’une main ferme le tronc d’un jeune peuplier solidement enraciné. Voici la canne qu’il me faut, dis-je à la lune. Avec elle, je n’irai peut-être pas loin, mais je m’élèverai très au-dessus de ces miasmes. Quand je me suis réveillé, j’étais assis sur l’armoire.


Tentatives pour confectionner des chandelles avec de la couenne de taupe et du suif de teckel (Rebecca, le chien de la voisine, n’avait rien à faire sur ma terrasse) : échecs. On n’y voit rien quand j’y boute le feu, que l’épaisse et méphitique fumée qui s’élève de cet amalgame. Comment dans ces conditions continuer à écrire ?

lundi 16 mars 2020

4286

J’ai fracassé la bouteille qui contenait ce trois-mâts avec l’espoir de trouver au moins un petit baril de rhum dans sa cale.


Parfois, les fantasmes se désactivent. La scène mentale autrefois si excitante ne rassemble plus que des comédiens sur le retour aux défroques ridicules et fripées qui ne croient plus en leur rôle.


Journal du confinement (Troisième jour) – J’ai coupé une branche fourchue dans le cerisier pour m’en faire une fronde. Après quelques tirs imprécis, j’ai réussi à tuer un rat dans la cave. C’est une viande fétide, âcre, coriace. Mais nous devons rationner les vivres. Sans doute avons-nous eu tort de la manger crue. Mais il faut économiser les allumettes.


[Et c’est bien uniquement parce que l’on ne peut plus se procurer mon livre que je signale avec reconnaissance cet article, Danser sur les ficelles des Parques, d’Hicham-Stéphane Afeissa, qui pourrait aussi bien être intitulé Néanmoins Monotobio sera élucidée, pour parodier le titre d’un très beau poème des Epiphanies d’Henri Pichette, Néanmoins la vie sera élucidée.]


dimanche 15 mars 2020

4285

Malédiction ! C’était pourtant l’occasion inespérée d’en finir avec cet ignoble individu. On observe hélas une exceptionnelle résistance au coronavirus chez le mâle blanc hétérosexuel de 55 ans. C’est sans doute en effet qu’il faut être un anticorps pour lui vouloir du bien.


Fut un temps où le climat se déréglait durant trois minutes pour produire un arc-en-ciel, puis se rétablissaient les normales saisonnières.


J’ai commencé doucement, par le ping-pong. Puis je me suis mis au badminton. J’ai poursuivi avec le tennis. Et là, je viens d’acheter un glaive.

samedi 14 mars 2020

4284

Les puits ne servent plus beaucoup. En somme, l’utilité secondaire que nous leur trouvions – sépulture idéale pour défunts non déclarés – est devenue leur seule justification aujourd’hui, et la question se pose donc de l’opportunité de les boucher ou non. On ne se presse pas, en tout cas.


je lui dis viens planter une fleur
pour le consoler, une qui soit jolie
sous les branches si lasses de mon saule pleureur
elle y va – et met l’ancolie !


Ma fille enchaîne fièrement une galipette avant et une galipette arrière, tout comme moi qui dans le même temps n’ai fait aucune galipette non plus.

vendredi 13 mars 2020

4283

Le paquebot pris par la tempête avait sombré corps et biens. Les deux seuls rescapés du naufrage firent connaissance sur le récif où ils s’étaient échoués. Ils allaient devoir survivre là, de longs mois peut-être, en réunissant leurs compétences. Par un hasard extraordinaire qui les réjouit un instant avant de les plonger dans le plus noir désespoir, ils découvrirent qu’ils étaient clowns tous les deux.


La Grenouille au Bois dormant voulait donc deux baisers. En pleine épidémie de coronavirus !


Après tout, peut-être bien que je finirai seul, raisonnablement alcoolique, n’écrivant plus sur mon genou que des blagues de plus en plus aigres et noires, non dépourvues parfois incidemment d’une cruelle beauté.

jeudi 12 mars 2020

4282

Or je suis bourrelé de remords, car Monotobio paraît en même temps que Le Pays des autres, de Leïla Slimani. Or, par les temps qui courent, il est évident que le livre d’une jeune femme franco-marocaine ne peut rivaliser avec celui d’un mâle blanc de 55 ans. Il va s’étioler dans son ombre. Il est promis à la plus catastrophique mévente. Tout cela parce que le mien, fruit pourri du système, profite éhontément de tous les espaces consacrés à la littérature et fait le vide autour de lui. Triste monde dont je suis le maître infâme et repentant.


Même à l’échelle d’une vie, on tombe de haut.


Cette mesure prophylactique efficace, semble-t-il, pour lutter contre la contagion du coronavirus l’eût été certainement tout autant et sans doute même davantage pour éviter la propagation des MST et je m’étonne par conséquent que l’on ne nous ait pas recommandé plus tôt de limiter nos contacts intimes à des coups de coudes.

mercredi 11 mars 2020

4281

Blague à part, depuis que m’a été signifiée sans ménagements mon abjection constitutive et même essentielle de mâle blanc hétérosexuel de 55 ans, je ne me considère plus sans effroi. J’ai eu ce matin un mouvement de recul en découvrant dans le miroir mon visage marqué encore par les cauchemardesques turpitudes de la nuit (n’ai-je pas rêvé que je décapitais un rossignol avec les dents après l’avoir enculé ? …ou l’avais-je décapité avant de l’enculer ?...je ne me souviens jamais très bien de mes rêves).


Ainsi prévenu contre mon ignominie, pourtant, j’ai commencé à amender ma conduite. Ma compagne n’aura eu à se plaindre hier que d’une arcade sourcilière fendue et d’une épaule démise. J’ai revu sérieusement à la baisse mes prédations sexuelles quotidiennes et je viole déjà avec moins d’entrain mes lectrices de quatorze ans.


Quant à mes domestiques philippines, je ne les harcèle plus que distraitement, du bout de mon tisonnier. C’est une autre vie qui commence. Il me faudra sans doute un moment d’adaptation, j’implore par avance l’indulgence de mes victimes.

mardi 10 mars 2020

4280

Mâle blanc hétérosexuel de 55 ans, j’ai appris tout récemment que j’étais le maître du monde… hé, hé… depuis, j’arpente les rues comme une armée d’occupation, le menton arrogant, les poumons gonflés de cette toute-puissance… hé, hé, maître du monde tout de même… je promène sur les choses un regard condescendant… empli du sentiment en effet qu’il ne tient qu’à moi de faire main basse sur tout ce que j’avise… l’argent des banques, les filles et les fleurs, c’est à moi… hé, hé… et que je peux demander au manant que je croise de cirer mes chaussures si cela me chante… Puis je rentre chez moi, un peu plus honteux et mécontent chaque soir de n’avoir pas su vraiment profiter de mon terrible pouvoir aujourd’hui non plus…


…mais demain, hé, hé…


…demain, hé, hé, hé…

lundi 9 mars 2020

4279

Je ne crois pas être complotiste et, cependant, comment ne pas se poser des questions lorsque l’on sait que le seul antidote efficace au ragoût de pangolin, vecteur de transmission du coronavirus, se trouve être le steak de koala et que la majorité de ces marsupiaux a péri dans les mystérieux incendies qui ont dévasté leur biotope juste avant le début de l’épidémie ? Je suis désolé, mais c’est louche.


Hydrate et nourritProtège et raffermitApaise et parfume… Jolie gamme de savons, mais n’en auriez-vous pas un qui nettoie ?


Non moins inquiétante pour l’économie mondiale, cette autre épidémie, conséquence de la première : la soudaine prolifération des manchots. C’est aussi que l’on nous recommande d’éternuer dans nos coudes puis de jeter nos mouchoirs après usage et que nous sommes disciplinés.


dimanche 8 mars 2020

4278

J’ai voulu savoir, parce qu’enfin, j’étais comme vous, je n’y tenais plus. Et donc, je reviens à l’instant de la Galerie de paléontologie et d’anatomie comparée du Muséum d’Histoire naturelle et, vérification faite, je peux affirmer que la tortue rayonnée, la tortue panthère, la tortue réticulaire, la cistude de Caroline, la tortue luth et même la tortue molle, toutes ont exactement le même intérieur ! Le salon, la salle de bains, la cuisine, y compris la table de chevet à droite du lit dans la chambre à coucher, tout est chez toutes rigoureusement identique, pas une pour personnaliser le décor, s’approprier le lieu, on croirait les cellules d’un couvent ! Parfois, la nature aussi nous déçoit.


Ces déphanses d’éléfens sont fausses, si vous voulez mon avis, mais je ne suis que lexicologue.


Nous mourons avant le Big Bang. 

samedi 7 mars 2020

4277

Même s’il m’arrive parfois d’extraire des racines carrées en arrachant les mauvaises herbes, j’ai peu de goût et d’aptitudes pour les mathématiques, je m’en suis suffisamment vanté, et cependant, ému par la quête aussi opiniâtre que désespérée de Christophe Brault, je me suis livré hier soir, à la Maison de la poésie, en assistant à la dixième étape de son marathon, à un calcul assez subtil et même carrément mental en vue de déterminer ses chances de venir un jour à bout de son entreprise insensée, la lecture publique intégrale de L’Autofictif.


Je passe sur les tours et détours de cette arithmétique savante, sachez seulement que j’eus alors la sensation d’être possédé par le fantôme d’Evariste Gallois, un choc pour moi qui suis plus souvent visité comme on sait par celui d’Arthur Rimbaud. Bref, à raison d’une lecture mensuelle d’une heure couvrant à chaque fois deux mois de mon journal et considérant que, durant l’intervalle entre deux séances, celui-ci s’est gonflé de trente entrées nouvelles, il faudrait à Christophe onze années pleines pour revenir à ma hauteur.


Or du fait de nos agendas de professionnels ultra-sollicités et de la coupure estivale, notre marathonien ne boucle en réalité que sept ou huit étapes par an. Et donc, la cause me semblait perdue lorsqu’on me fit passer une lettre à l’en-tête du Ministère de la santé. La voici : Quelques toux suspectes ayant été enregistrées ce soir dans la petite salle Lautréamont dépourvue d’aération de la Maison de la poésie, les autorités sanitaires redoutant la présence en ce lieu d’une ou plusieurs personnes infectées par le coronavirus promulguent une mesure de confinement de quatorze jours pour toutes les personnes présentes, mesure qui entre en vigueur immédiatement. Et Christophe put reprendre sa lecture avec le bon espoir d’arriver au bout. Quoique…

vendredi 6 mars 2020

4276

Comment nier encore la dangerosité du coronavirus et la virulence de la contagion quand on voit à quelle vitesse se propage l’usage du terme cluster encore inconnu de tous les Français il y a trois jours à peine ?


Non seulement, ils les laissent sans surveillance dans leurs jardins mais en plus ils en font la réclame sur leur portail ! Qu’ils ne s’étonnent pas ensuite si on leur vole leurs chiens méchants !


J’appuie mon front contre le tronc de l’arbre qui cache la forêt et commence lentement à compter jusqu’à 30…


[À l’occasion de la reprise de Ronce-Rose à la Comédie de Reims, j’aurai le plaisir de participer à une rencontre avec le public mardi 10 mars à 18h30 en compagnie de Joël Jouanneau]


jeudi 5 mars 2020

4275

La beauté sur certains visages est comme un baume que l’on voudrait pouvoir étaler autour sur toute chose de ce monde blessé d’une caresse magique de la main.


Oh cette vie intense et folle nuit et jour ! J’use mon crayon par les deux bouts.


Et qu’importe si mon canot se retourne, je poursuivrai ma promenade au fil de l’eau dans mon canotier.


[… et c’est donc aujourd’hui inexorablement que paraît aux éditions de Minuit Monotobio]

mercredi 4 mars 2020

4274

En salissant consciencieusement ma chemise, mon assiette et la moquette, je pensais prendre ma part des corvées du foyer. On me laisse entendre que non. Et si je fais aussi un accroc à mon pantalon ?


Je n’ai pas vu le monstre du Loch Ness. Mais je n’ai pas vu le Loch Ness non plus. Tout reste donc extrêmement douteux dans cette affaire. Nous nageons en pleine incertitude, l’œil écarquillé, vitreux, le teint gris, en ondulant parmi les bancs de brume.


Nous savons peu de choses. Mais ça en fait, des savonnettes !



mardi 3 mars 2020

4273

Physique expérimentale. Ta jambe plongée dans une eau calme se brise aussitôt. Puis encore quand cette eau se solidifie et devient de la glace, elle se brise dessus. Ce phénomène systématique, donc, s’explique, dans le premier cas, par la réfraction de la lumière et, dans le second, par tes piètres qualités de patineur.


Le loup est un animal craintif que tu parviendras pourtant à amadouer en lui donnant à manger ton corps rose et gras.


Pince la pierre. Pince le bois. Alors ? Tu vois, les choses n’existent pas. Elles ne sont réalité que pour les émotifs que nous sommes.


lundi 2 mars 2020

4272

J’avais adressé une prière à Dieu et, bien sûr, comme toutes les prières des hommes, celle-ci était restée sans effet. Alors je levai le poing vers le ciel et usai de la menace. Dans la seconde, j’obtins satisfaction.


Nous nous sommes bien trompés. Ce qu’il fallait faire, au contraire, c’était extraire la mine du diamant.


Je possède une clé USB sur laquelle je sauvegarde mes écrits, hormis quelques-uns, mes rimiaux, mes madrigaux, mes fabliaux et mes chansons de geste que je stocke sur une clef USB.



[Dixième étape du ‘marathon autofictif’ de Christophe Brault, vendredi 6 mars à 20h à la Maison de la poésie.]

dimanche 1 mars 2020

4271

Le vieil océan se moquerait-il du vieux singe ? En échange des lunettes de plongée bi-hublots aux verres en polycarbonate antibuée et jupe en silicone anti-fuite qu’elle vient de m’arracher, la vague dépose pour moi sur la plage une poignée de coquilles vides – pacotille !


Seules les contrées de Loire Atlantique sont véritablement environnantes.


qui vole un œuf
vole un bœuf
mais le sot l’y laisse