mercredi 13 juillet 2022

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Depuis que je possède un savon au fiel de bœuf, je ne redoute plus les taches. De graisse, d’encre, de cerise, de tomate ou de sang, sur les tissus les plus divers, aucune ne lui résiste, je peux manger sans crainte des plats en sauce, égorger autrui sans quitter ma cape de baptême ou même écrire avec désinvolture des choses immondes. J’envisage aujourd’hui d’avaler un bon morceau de ce savon miraculeux afin de rendre à mon âme souillée par tant de grandes et petites infamies sa virginité originelle. Car enfin, c’est parce que son fiel même est une bonne humeur que le bœuf demeure si équanime et si droit son sillon. Comme lui, dès lors, je marcherai pur loin des sentiers obliques, vêtu de probité candide et de lin blanc.

 

La douceur se rencontre par hasard. Seule la férocité a du flair, et nous débusque.

 

Les mots sont des menteurs puérils qui ne savent pas jouer ensemble sans se disputer.