jeudi 28 avril 2022

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Quel raseur, mais quel raseur ! Oh, ce raseur ! A-t-on jamais connu emmerdeur d’une telle envergure, d’un tel relief ? Je n’insulte personne. Je parle de moi. Force est de constater que je suis celui-là. Mes livres accablent la plupart des lecteurs qui s’y aventurent, d’innombrables rapports en font foi, murmurés dans mon dos ou entonnés dans mes narines.

 

Alors, il me faut bien l’admettre, mes livres sont de ceux qui pèsent, de ceux qui choient, qui se retrouvent vite au sol, étalés comme des oiseaux morts entre leurs ailes, pris eux-mêmes avec le lecteur grimaçant dans mes pièges à glu.

 

Certes, il y a de belles pages, quelques remarques insolites, tempère le procureur avant de réclamer ma tête, mais vite que l’on en finisse avec ce pensum, vite que l’on retrouve l’autre, celui qui nous embarque dans son histoire irrépressible, Jo Nesbø par exemple, c’est quand même autre chose. Je n’ai rien à répondre, je vous donne raison, soit dit sans aucune ironie, Jo Nesbø, c’est vraiment excellent. Et je suis comme vous, les écrivains de ma sorte, ça va douze minutes, puis je lâche l’affaire, je cherche en suffocant le but et le bout de leurs longues phrases inutilement sinueuses et sophistiquées, sans doute est-ce ainsi qu’ils se meuvent, grand bien leur fasse, grand bien me fait aussi quand je m’engage dans les miennes, et chacun pour sa peau.