mardi 9 novembre 2021

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Je vais encore enfourcher ma haridelle à trois pattes et lui labourer les flancs avec mes étriers de mousse, mais enfin, cela a vraiment l’air de ne préoccuper personne que le téléphone portable, se substituant peu à peu à toute chose – après l’appareil-photo, la carte routière, la lampe de poche ou le miroir, c’est au tour ces jours-ci de la carte bancaire et du ticket de métro –, nous devienne absolument indispensable, plus précieux que l’œil et que la main (après tout, nous avons une paire de chaque), et que l’existence la plus élémentaire soit prochainement impossible sans lui. Dans une époque pourtant si râleuse et où chacun se montre si susceptible sur la question de son identité, cela donc ne semble inquiéter personne, cet asservissement de l’individu à un appareil unique, connecté qui plus est à d’autres machines espionnes, un unique objet déjà capable d’émettre des suggestions. Bientôt viendront les initiatives. Puis les ordres.

 

Un peu de lapin, un peu de lupin, ce n’est qu’un lopin.

 

Je l’aimais en secret. Ni elle ni moi n’en sûmes jamais rien.


[Visible en ligne, mon entretien avec Sandra de Vivies, le 11 septembre, à la Fondation Jan Michalski.]