samedi 2 octobre 2021

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Hier soir, à la Maison de la poésie, en voyant Christophe Brault retourner le gros sablier qui décompte exactement les 60 minutes de sa lecture publique mensuelle de ce journal, il m’est revenu que je possédais moi-même un triple minuteur pour la cuisson des œufs – trois sabliers fixés au même support métallique, l’un de sable blanc décomptant les 3 minutes nécessaires à la cuisson de l’œuf à la coque, le second, de sable blond, les 4 minutes de cuisson de l’œuf mollet et, le troisième, de sable gris, les 5 minutes de cuisson de l’œuf dur. Un de ces cadeaux de Noël absurdes et sans utilité qui ne serait d’ailleurs pas plus opportun s’il nous était offert à Pâques.

 

Je me suis alors demandé si le sablier de Christophe lui servait bien, comme je l’avais toujours cru, à chronométrer à la seconde près le temps pour lequel il était contractuellement engagé et rémunéré – une heure, c’est une heure, un sou, c’est un sou, on n’est pas des gogos non plus, ne comptez pas sur lui pour se laisser tondre par le système, on aime le métier, bien sûr, l’art pour l’art, la beauté du geste, on veut bien mourir sur scène, mais pas d’inanition, s’il vous plaît... Et justement, j’avais remarqué aussi, les précédentes fois, comme il se hâtait vers la coulisse sitôt la séance achevée, abrégeant les rappels, coupant court aux compliments, refusant les bouquets, s’arrachant aux étreintes.

 

Aussi l’ai-je suivi à la fin de la représentation et je l’ai surpris, attablé dans sa loge, manches retroussées, une serviette à carreaux autour du cou, comme il plongeait une demi-baguette beurrée dans un œuf d’autruche cuit à point et proprement décalotté !