jeudi 6 mai 2021

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Sans doute, l’œuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt jouit-elle d’un grand succès populaire, mais elle n’est pas considérée comme elle le mériterait par les critiques universitaires et autres prétendus lettrés, à l’instar par exemple de celles de Kafka ou de Proust. C’est bien dommage, car son ambition est au moins égale aux leurs, puis elle est par surcroît traversée de bout en bout par une préoccupation mystique qui la rapproche aussi des textes sacrés : « Il y a un moment ou une femme doit choisir entre son visage et son corps. Grâce à la graisse, elle avait sauvé sa figure (…), mais elle était devenue énorme en dessous. » Ce foisonnement d’images féconde une réalité nouvelle, plus dense sans doute et plus vibrante que celle où se traînent nos jours. Le rêve serait de pouvoir s’y transporter absolument.

 

Il me semble également qu’un monde sans animaux serait plus hospitalier. Nous voici débarrassés enfin de ces crabes et de ces macaques, figures parodiques et dérisoires de nos plus subtiles et expérimentales façons d’être. Avons-nous vraiment besoin du castor, de la limule et du pécari ? Sans les bêtes dans nos environs, l’air que nous respirons serait aussi purgé de leurs cris dissonants, de leurs âcres haleines, de tous ces braiments grotesques qui déchirent le tissu soyeux de nos songeries. Plus de ces fientes ignobles qui tombent du ciel sur nos chapeaux neufs, plus de ces venins qui nous empoisonnent, de ces crocs qui nous blessent. Toute la place pour nous, pour le commerce de nos âmes délicates et l’exposition de nos œuvres monumentales !

 

Toujours aucun effet indésirable du vaccin. Je me suis même rarement senti aussi heureux.