mardi 4 mai 2021

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Nous voudrions croire que la mort au moins met fin aux inégalités et que les injustes faveurs dont profitent certains sont abolies quand elle survient. Il n’en est rien ! Pourquoi le Panthéon accueille-t-il un si petit nombre de trépassés tandis que tous les autres, non moins raides pourtant, sont ensevelis dans des caveaux sinistres ? Les premiers auraient mérité de la Nation, argue-t-on. Et les derniers, alors ? Tous des séditieux, des traîtres à la Patrie ? N’ont-ils pas vaillamment œuvré eux aussi au bonheur de tous, tel en moulant le pain quotidien, telle en coupant ou teignant les cheveux, tel ou telle autre encore en enseignant les mathématiques ?

 

Le Panthéon pour tous, voilà ce que je réclame. Plus de cet élitisme archaïque, à bas les privilèges ! L’espace manque, me répondra-t-on (comme vous êtes prévisibles !). Mais la Place des Grands Hommes est vaste et inoccupée devant le monument. Construisons une annexe, élargissons la coupole, serrons-nous un peu les coudes sous la terre égalitaire ! Que la démocratie triomphe enfin ! Est-il jamais trop tard ? Renoncerions-nous soudain à ce bel idéal ?

 

Et pour les défunts ensevelis déjà, que faire ? Les exhumer tous, n’y pensons pas. On se tuerait à la tâche. Non. Coiffons plutôt nos cimetières d’une coupole conçue à l’imitation de celle du Panthéon. Dressons à l’entrée, en lieu et place du vieux portail rouillé qui ne ferme plus, un portique de colonnes corinthiennes et le tour sera joué ! Désormais, il fera bon mourir, avec cette certitude de demeurer dans la mémoire des hommes, honorés comme il se doit pour toute une vie d’efforts absurdes et d’accomplissements dérisoires.