vendredi 23 avril 2021

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Cela dit, même parmi les adeptes du bilboquet, même au sein de cette communauté fervente, certains gâcheurs maladroits et mal embouchés, précisément, auraient mieux fait de persister dans la littérature plutôt que de venir déshonorer par leurs usages et pratiques consternants une discipline si noble.

 

Ils attrapent le pied de leur bilboquet comme s’il s’agissait de la queue d’une poêle à frire, la ficelle en reste lâche et désaccordée – oh, ce couac épouvantable dans la musique des sphères ! – et la boule elle-même, d’ailleurs, marquée de bosses et de meurtrissures, souillée de sang et de larmes, on voudrait pouvoir la panser, la recoudre, la ressouder, comme le crâne d’un enfant martyr.

 

Et rien n’est plus navrant que les démonstrations de ces pignoufs. Aucune élégance dans le geste, un lancer éhontément copié sur celui de véritables artistes mais si mal exécuté pourtant qu’il en semble plutôt la parodie dérisoire. C’est bourré de fautes de syntaxe, de grossièretés stylistiques et, au lieu de cet essor dans l’azur en quoi consiste notre art bien compris, on croirait entendre grincer un escalier sous les pieds d’un gros plein de soupe. On en mourrait de désespoir et d’ennui. C’est vraiment trop de chagrin.