dimanche 18 avril 2021

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Et plus la littérature me devient lointaine, indifférente, moins je comprends le sens de cet effort, et plus, au contraire, la pratique du bilboquet me semble obéir à une nécessité vitale qu’il serait vain de chercher à dégrader par l’ironie ou le sarcasme. Ce ne peut être qu’un homme bien campé dans l’existence qui excelle au bilboquet, il lui faut de la souplesse, de la cadence, de la coordination, de la précision, de la rigueur, mais aussi de la vista, du brio, de l’audace. 

 

L’écrivain, en revanche, peut très bien n’être qu’un pauvre type affligé de névroses et de tremblements. Il ne se prive d’ailleurs pas d’être cette ruine, cette épave, ce pervers polymorphe. Il étale sa noirceur sur le monde comme le ramoneur qui s’essuie les mains sur la robe blanche de la bergère. Et il en fait métier, et il en tire gloire encore !

 

Tandis que le globe de bois lisse, lancé dans les airs, décrit un orbe parfait, astre nouveau régi par les lois élémentaires, avant de rejoindre son socle, ayant trouvé sa place dans l’Univers, telle la mappemonde sur l’étagère d’une chambre d’enfant. Comme tout est simple et harmonieux, soudain !