jeudi 2 septembre 2021

4785

J’ouvris la première porte : une assemblée de fêtards m’accueillit avec des hourras, les bouchons fusèrent, des serpentins s’enroulèrent autour de mes épaules, je fus assommé de bravos. Je compris que c’était la gloire qui m’attendait.

 

Bientôt, tout le monde fut ivre mort. Je vis, froissées dans les mains de ces admirateurs aux regards de plus en plus vagues, des pages où courait mon écriture. Ils s’affalaient maintenant dans les canapés et trouaient les coussins avec leurs cigarettes. Leurs voix devenaient pâteuses, leurs propos de plus en plus délirants. Je quittai discrètement la pièce à reculons.

 

De retour dans le couloir, je poussai la deuxième porte. Une brume légère flottait dans cette salle silencieuse, en estompait les volumes ; j’avançai toujours, sans même distinguer mes pieds ni mes mains, sans rencontrer de murs. Tout restait ouvert. Je compris que c’était l’oubli qui m’attendait.