jeudi 25 mars 2021

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J’avais beau user, croyais-je de toute la discrétion possible, elle repérait toujours ma silhouette furtive, un pan de mon manteau couleur muraille, mon ombre dans une encoignure. Je n’attendais rien d’elle, je ne voulais que la suivre en douce, en secret, en cachette, mais toujours, donc, elle me surprenait en se retournant brusquement, se plaignait de moi, me montrait les dents, menaçait d’alerter la police.

 

Alors, je changeai de tactique. Auprès d’un vieil Indien, je m’initiai à l’art du cornac et, dans une animalerie clandestine des bas quartiers, à la tombée du soir, je fis l’emplette d’un éléphant.

 

Et c’est dans cet équipage, à califourchon sur l’échine de Soliman, que je repris ma filature quotidienne. Elle ne s’en offusqua plus car elle ne s’en avisa jamais : comment imaginer, en effet, qu’un éléphant vous suit ?