lundi 2 novembre 2020

4499

 

Je ne sais plus où j’ai lu cette histoire qui me semble aujourd’hui la plus pertinente des fables alors que librairies et théâtres doivent demeurer fermés par arrêté gouvernemental. La voici telle qu’elle me revient.

 

C’est un hameau de haute montagne, complètement isolé du monde. Un unique chemin y mène qui permet aux habitants d’envoyer une fois par mois un chariot dans la vallée pour leur ravitaillement. Mais, une nuit, la tempête abat un chêne énorme en travers de cette route. Le fer des haches s’émousse sur sa rude écorce. La neige tout autour ne permet pas de le contourner. Les vivres commencent à manquer dans le village. Presque tari déjà, le sein des mères. Plus grave : le vin tourne au vinaigre. Tous les hommes unissent alors leurs forces et tentent de soulever le tronc : il ne bouge pas d’un centimètre.

 

Le désespoir grandit, on geint, on se lamente, et, quand approche le barde du village, freluquet tout à fait inessentiel à la vie de la communauté, on le regarde à peine, on ne songe même pas à se moquer. Si ce mince trouvère croit pouvoir nous prêter main forte ! Mais celui-ci bondit sur le tronc et commence à chanter… Soudain galvanisés, les hommes puisent dans son chant un entrain nouveau et arrachent du chemin l’arbre maudit, encore alourdi du poids du poète et de sa lyre, et devenu pourtant plus léger qu’un fétu.