dimanche 13 septembre 2020

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Hier soir, à la Maison de la poésie, la douzième étape du Marathon autofictif de Christophe Brault m’a pour la première fois laissé un goût amer. La faute ne lui en incombe pas, il a abattu l’austère besogne avec son enthousiasme un peu candide et sa fougue habituels. Non. Ce sont les spectateurs présents qui m’ont déçu, qui m’ont affligé et même, je ne le cache pas, qui m’ont blessé, profondément.


Voilà en effet qu’ils ont honte maintenant, comme d’une passion vicieuse, de leur vague dilection pour mes écrits. Ils venaient jadis assister à ces rencontres à visage découvert, leur bonne figure franche illuminée d’un sourire doux, parfois même gentiment niais et c’était une émotion délicieuse. Inutile alors pour moi de demander le renouvellement de l’ordonnance de miel et de petit lait que mon médecin me prescrit depuis l’enfance pour combattre mes envies suicidaires.


Ce temps est révolu. Les rares spectateurs qui s’aventurent encore jusqu’ici pour écouter Christophe lire mes textes sont de toute évidence rongés par le remords et la culpabilité. Ils n’assument plus. Ils se cachent. Le visage dissimulé derrière un masque, ils se glissent jusqu’à leur siège, cherchant le refuge de l’ombre, ils prennent bien garde à n’être pas reconnus, à ne frôler personne, alors qu’avant ils essayaient au moins de me toucher un peu, et, sitôt la séance achevée, ils sortent de la Maison de la poésie comme d’un bordel thaïlandais, l’œil fuyant, le dos voûté et se fondent dans la foule en se jurant bien qu’on ne les y reprendra plus.