mardi 1 septembre 2020

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J’ai déjà raconté, je crois, ce lamentable épisode au détour ou même en plein cœur de quelqu’une – mais quelle ? – de mes milliers de millions de milliards de pages. J’avais 15 ans. Nous étions trois. Il n’y avait pas Jean Castex. Chacun son kayak. Le mien étant trop petit, j’avais dû ôter la barre d’appui au fond pour tenir dedans. J’avais de la peine à suivre les copains, je pagayais comme un terrassier et, dans un méandre de la rivière, alors qu’ils étaient hors de vue, mon kayak s’est retourné. J’étais coincé dans l’habitacle. Le puits d’eau verte s’est ouvert sous moi. C’était sans fond, c’était sans issue. C’était fini. Adieu, mes amis, je meurs. J’agitai désespérément les bras – comme fait le poisson sur l’herbe, si vous voyez ce que je veux dire, qui revoit toute sa vie et constate qu’il n’a aucune mémoire – et ma main rencontra une branche qui se tendait depuis la berge proche et caressait l’eau. Certains s’écrasent contre un platane, moi, je dois la vie à un aulne.


Cette vision de l’eau très verte – un rayon de soleil s’enfonçait irrémédiablement avec moi dans la vase – où je me noyais m’a souvent visité ensuite dans mes cauchemars. Sommeil alors gagné par la panique. Toujours se méfier de l’eau qui dort dans le même lit que soi.


Or cette nuit, pour la première fois, l’image est venue illustrer un doux rêve amniotique. Le vrai bain de jouvence d’une vie non vécue…