samedi 16 mai 2020

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Ah ! que ne suis-je écrivain ! m’écriai-je. Et je fus aussitôt rejoint dans ma déploration par le chœur de mes détracteurs, soulagés tous de me trouver lucide enfin sur mes capacités et dès lors mieux disposés à mon endroit, tout prêts à partager mon affliction, plus que ma mère, plus que ma sœur, et à admettre avec moi qu’en effet, c’eût été une grande chance pour moi d’être écrivain, et quelle déveine de ne pas en être un, la vie est bien cruelle de ne pas exaucer nos rêves, surtout les plus fous, qu’il est en conséquence important d’apprendre à se satisfaire du triste lot qui est le nôtre et…


Mais j’interrompis soudain le chœur de mes détracteurs (qui demeura bouche bée comme s’il filait plutôt la dernière note de la Messe en ut mineur, de Mozart) et, me frappant le front, m’écriai cette fois : Suis-je bête ! Écrivain, je le suis !


Car m’était justement venue une idée de livre, lequel se pourrait intituler Conversations à la table de ping-pong. J’en aurais ici même aujourd’hui exposé l’argument si je n’avais été si importunément distrait de cette intention par Mozart. J’y reviendrai donc demain, à moins que les événements de la vie prochaine ne s’y opposent et il serait bien hardi de jurer le contraire, mes amis, tant le sort est indécis pour ce qui concerne chacun de nous, et fragile notre souffle, et mortelle notre engeance.