jeudi 14 mai 2020

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Miroirs ou fenêtres de l’âme… ? Hm… Depuis que nous vivons masqués et que nous avons – gastéropodes haussant un sourcil hors de leur coquille – nos yeux pour seul visage, ces belles métaphores font long feu. L’œil est un globe vitreux qui n’exprime en l’exorbitant que sa rotondité ahurie. Au mieux, entre ses paupières nictitantes, y lirons-nous l’effroi du parkinsonien qui craint de laisser tomber son olive noire sur le tapis blanc. Mais nous savons maintenant que cet œil ne parlait si bien d’amour que parce que la narine frémissante lui glissait (à l'oreille) un adjectif emprunté à Ronsard et qu’il ne foudroyait autrui d’une juste colère que lorsque la bouche lui offrait, d’où lancer ses flammes, l’orbite d’un rictus furibard.


Le corps médical, quand on y réfléchit… étrange locution… Et c’est ce cadavre qui doit nous guérir ?


Nous sommes donc autorisés à retrouver nos lointains proches dans un rayon de 100 kilomètres à vol d’oiseau… Vicieuse permission, me dis-je, car, non content d’être dépourvu du permis de conduire, je suis également aptère. Et même un aptère assumé contrairement à l’émeu, par exemple, qui préfère toujours mettre son incapacité à s’essorer sur le compte de l’émotion. Puis j’ai regardé mon masque avec une bienveillance nouvelle… Mon Dieu, mais l’objet ressemble à un petit parapente ! Suspendu aux élastiques par les mains (ou par les oreilles, d’ailleurs), en sautant du haut du donjon du Palais des Ducs et en profitant des courants favorables, je vais pouvoir voyager en droite ligne, sans souci des routes et de leurs méandres dilatoires !