mercredi 13 mai 2020

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Cette folle ruée sur Monotobio est certainement le premier événement qui intéresse la nation depuis la fin du confinement, un autre genre de contagion qui surprend même les observateurs les plus avisés de la vie littéraire. Les libraires ont bien du mal à endiguer le flot de ces lecteurs forcenés et à faire respecter les distances de sécurité dans cette presse. Parfois, me dit-on, la bousculade vire à l’empoignade.


Une deuxième vague de l’épidémie est donc à craindre, de laquelle je pourrai sans doute être tenu pour responsable (en grande partie seulement). Qui eût cru pourtant qu’un cluster se formerait jamais dans une librairie, lieu de rare passage et de fréquentation si furtive ordinairement ? C’est en tout cas le signe que les affaires reprennent dans un écosystème culturel frappé par le coronavirus comme le biotope des dinosaures le fut par une météorite géante il y a quelques années, souvenez-vous, avec les conséquences que l’on sait (depuis quand n’avez-vous pas croisé un tricératops point trop amoché ?).


Il apparaît donc aujourd’hui que c’est bien cela, et non l’interdiction d‘embrasser sa vieille mère ou de boire un verre au Café des copains, qui fut le plus éprouvant pour nos concitoyens ces deux derniers mois : l’impossibilité de se procurer mon nouveau livre. Je suis évidemment le mieux placé pour comprendre cette frustration comme l’immense soulagement qui s’ensuit aujourd’hui. Je demande simplement à mes lecteurs de rester prudents, de s’organiser entre amis, de dépêcher l’un d’eux en librairie, par exemple, qui achètera les dix ou vingt exemplaires commandés par le groupe. Des solutions existent, pensons-y.