vendredi 1 mai 2020

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Il a échangé son diamant d’une très belle eau contre le mien, plus pur encore, si limpide même qu’on ne le voit pas. Quand nous nous sommes quittés, il se frottait les mains et, moi, je contemplais ma bague.


SUZIE – J’ai écrit une histoire, mais je te préviens, papa, c’est pas de la grande littérature parce que le personnage qui raconte est nul en classe, on peut même voir son bulletin.


D’un autre côté, s’il y avait tous les papillons, il n’y aurait plus de place pour l’homme.


SINE DIE
Chronique du confinement (32)

      J’avais cru originale la petite blague sur les masques de Zorro qui ouvrait cette chronique il y a trois semaines. Sitôt publiée pourtant, elle me valut d’abondants envois de montages photos, de dessins et de sketchs où il apparaissait clairement que la même idée avait simultanément germé dans bien des crânes, à l’instar de l’invention de la photographie, du phonographe ou même de la photosynthèse qui fut, semble-t-il, conçue au même moment par une fougère arborescente de la Réunion et un peuplier du Maine-et-Loire qui ne s’étaient jamais rencontrés.
      C’est l’ennui quand tous les esprits carburent autour des mêmes questions. Or il n’y a en effet qu’un sujet de méditation pour tout le monde ces temps-ci, même pour ceux dont le domaine de compétence concernait plutôt, avant la pandémie, la gastronomie périgourdine, les crash-tests de trottinettes électriques, la reproduction du sphinx du liseron, l’exportation de joints de robinetterie ou la modélisation des actions mécaniques. Tous ces cerveaux, se désintéressant provisoirement, ou définitivement peut-être, de leur ordinaire lubie, s’attaquent comme un seul encéphale notre propre petite boule de nerfs lancée sur la pente venant grossir cette avalanche de matière grise à cet unique sujet de préoccupation : le coronavirus.
      Or s’il se trouve bien réellement quelques sorciers, partant de leur connaissance des herbes et des simples, qui peuvent mobiliser les ressources de leur intelligence et de leur imagination pour rechercher le bienfaisant électuaire ou élaborer le vaccin qui nous permettra à nouveau de nous lécher le visage les uns les autres sans mourir quatorze jours plus tard, nous nous découvrons pour la plupart complètement dépourvus de moyens d’action. L’humour est alors une autre force de résistance. Une manière de ne pas flancher, de réaffirmer orgueilleusement son quant-à-soi. C’est un vieux réflexe. Souvent, les plaisanteries fusent au cours du repas qui suit les obsèques d’un ami cher. Il y eut, on le sait, un humour des camps. Antoine Volodine parle pour sa littérature d’un humour du désastre. Nous pourrions reprendre en toutes ces occurrences cette parfaite définition.
      Paradoxalement, le confinement se révèle donc propice à la créativité : nous sommes quotidiennement bombardés de vidéos, d’images, de blagues, qui sont autant de façons de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Mais hélas, toute cette inventivité débridée atteste aussi des limites de l’imagination et réaffirme le règne accablant de la banalité… Les idées se croisent, se répètent, comme par contamination, comme si la loi du Covid-19 s’imposait même pour ceux que la fièvre épargne, et que le même calembour passait de lèvre en lèvre comme une autre toux contagieuse. Décidément, cette pandémie n’aurait-elle que d’amères leçons à nous asséner ? Dans la solitude du confinement, demeurons-nous indécrottablement des animaux grégaires ? À moins peut-être que ce grégarisme de la blague ne soit plutôt une ruse de maquisards dispersés chacun dans son buisson imitant le cri du coucou pour former encore une société et traverser l’épreuve ensemble malgré tout. Choisissons bravement cette option…