mercredi 18 mars 2020

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Journal du confinement (Cinquième jour) – Le savon commence à manquer. Nous apprenons à nous laver avec du sable, avec des cendres. Mais nous avons perdu la science intuitive des plantes. Agathe s’est cruellement brûlée en se frictionnant le corps avec des orties.


‘’Je vous confie mes livres parce que chez vous, au moins, je suis certain que personne ne les lira’’, disait Henri Michaux à Bruno Roy, fondateur des éditions Fata Morgana. Sage réflexion que j’ai méditée et qui inspire depuis toujours ma propre stratégie éditoriale. Quand je publie un livre, je veille à ce que la saison de sa parution, son titre ou son propos, suffisamment revêches et rébarbatifs, dissuadent le lecteur souvent trop bien disposé et bêtement curieux d’y fourrer son nez et ses mains pleines de doigts. Stratégie couronnée de succès jusqu’à cette rentrée de printemps où Monotobio, titre excellent, récit allègre, menaçait de fragiliser l’œuvre de toute une vie. L’ordre de fermeture des librairies a très opportunément sauvé mon entreprise.


(Il n’était que temps, douze exemplaires de Monotobio s’étaient déjà littéralement arrachés sur les étals de ces commerces non essentiels à la vie de la nation, pour reprendre les mots si justement pesés de notre président.)