mardi 17 mars 2020

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Journal du confinement (Quatrième jour) - La situation se durcit. Tandis que les Infectés rôdent dans les rues, mêlant des malédictions à leurs toux venimeuses et n’hésitant pas à lancer sur le passant hâtif leurs pangolins enragés, les Confinés ont encore à craindre la présence dans leurs foyers de traîtres appelés Porteurs Sains et qui souvent, comble de l’ignominie, affectent l’apparence de leurs enfants bien-aimés ! Il m’a semblé que Suzie me regardait d’un air bizarre. Je jure que j’ai vu luire une incisive d’Agathe dans la nuit noire.


Je ne sais plus si je dois mes rêves à la fièvre ou au sommeil. Je me trouvais dans une clairière parcourue de frissons, je saisis d’une main ferme le tronc d’un jeune peuplier solidement enraciné. Voici la canne qu’il me faut, dis-je à la lune. Avec elle, je n’irai peut-être pas loin, mais je m’élèverai très au-dessus de ces miasmes. Quand je me suis réveillé, j’étais assis sur l’armoire.


Tentatives pour confectionner des chandelles avec de la couenne de taupe et du suif de teckel (Rebecca, le chien de la voisine, n’avait rien à faire sur ma terrasse) : échecs. On n’y voit rien quand j’y boute le feu, que l’épaisse et méphitique fumée qui s’élève de cet amalgame. Comment dans ces conditions continuer à écrire ?