samedi 7 mars 2020

4277

Même s’il m’arrive parfois d’extraire des racines carrées en arrachant les mauvaises herbes, j’ai peu de goût et d’aptitudes pour les mathématiques, je m’en suis suffisamment vanté, et cependant, ému par la quête aussi opiniâtre que désespérée de Christophe Brault, je me suis livré hier soir, à la Maison de la poésie, en assistant à la dixième étape de son marathon, à un calcul assez subtil et même carrément mental en vue de déterminer ses chances de venir un jour à bout de son entreprise insensée, la lecture publique intégrale de L’Autofictif.


Je passe sur les tours et détours de cette arithmétique savante, sachez seulement que j’eus alors la sensation d’être possédé par le fantôme d’Evariste Gallois, un choc pour moi qui suis plus souvent visité comme on sait par celui d’Arthur Rimbaud. Bref, à raison d’une lecture mensuelle d’une heure couvrant à chaque fois deux mois de mon journal et considérant que, durant l’intervalle entre deux séances, celui-ci s’est gonflé de trente entrées nouvelles, il faudrait à Christophe onze années pleines pour revenir à ma hauteur.


Or du fait de nos agendas de professionnels ultra-sollicités et de la coupure estivale, notre marathonien ne boucle en réalité que sept ou huit étapes par an. Et donc, la cause me semblait perdue lorsqu’on me fit passer une lettre à l’en-tête du Ministère de la santé. La voici : Quelques toux suspectes ayant été enregistrées ce soir dans la petite salle Lautréamont dépourvue d’aération de la Maison de la poésie, les autorités sanitaires redoutant la présence en ce lieu d’une ou plusieurs personnes infectées par le coronavirus promulguent une mesure de confinement de quatorze jours pour toutes les personnes présentes, mesure qui entre en vigueur immédiatement. Et Christophe put reprendre sa lecture avec le bon espoir d’arriver au bout. Quoique…