dimanche 9 février 2020

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J’étais présent hier soir à la Maison de la poésie, pour la neuvième étape du ‘marathon autofictif’. La performance de Christophe Brault est toujours éblouissante et, cependant, j’ai éprouvé cette fois encore un certain malaise qui ne sera compris que si je révèle un pan de mon intimité familiale. Je m’excuse à l’avance pour l’obscénité du tableau. Nous allons devoir en effet nous transporter dans ma salle de bains.


Christophe, je crois l’avoir précisé déjà, fait usage d’un sablier qui décompte exactement et à la seconde près l’heure qu’il consacre à sa lecture. Or un sablier, j’en possède un moi aussi, que j’ai fixé au-dessus du lavabo à l’intention de mes filles. Il mesure les trois minutes que requiert un bon et efficace brossage de dents.


Aussi ne puis-je m’empêcher de penser en écoutant lire Christophe, tandis que le sable fin s’écoule d’une ampoule à l’autre dans son dos, qu’il est tout bonnement en train de vaquer devant nous aux soins de son hygiène dentaire, qu’il se gargarise de mes phrases et les expectore à seule fin de détartrer l’émail de ses incisives et de ses molaires et de conserver ainsi ce sourire éclatant et cette haleine fraîche légèrement mentholée même qui lui valent ensuite tant de triomphes sur les scènes françaises quand il se met enfin au service du vrai répertoire dramatique.