mercredi 6 novembre 2019

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Hier soir, Christophe Brault a une nouvelle fois bouclé en vainqueur la sixième étape de son ‘marathon autofictif’. La performance inspire le respect même si le lieu choisi pour l’accomplir, la Maison de la poésie, nous oblige à la relativiser quelque peu.


Les poètes, en effet, ne sont pas réputés pour leurs qualités athlétiques. Ils font de piètres marathoniens. Christophe dès les premiers lacets distança aisément une bonne partie de ses adversaires rongés par la tuberculose, rompus par des quintes de toux et qui, pliés en deux, crachaient du sang dans leur mouchoir. Puis s’effondrèrent à leur tour dans son dos des poètes empêtrés dans le gros velours de leurs survêtements et dans leurs barbes mêlées de poils de chat et d’alexandrins, expulsant par les oreilles la fumée de leurs pipes.


D’autres encore se figèrent, en larmes, lézardés par une pensée d’amour, ou tombèrent à genoux devant une fleur, un flocon, un reflet de lune. Dans ces conditions, nous comprenons bien que le triomphe de Christophe ne peut être comparé qu’au titre de champion des poids lourds conquis par Mike Tyson dans la salle de rami de l’Hospice des dentelières aveugles d’Alençon.