dimanche 3 novembre 2019

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Cossard notoire sans cesse attelé à la tâche, l’âne – c’est mon hypothèse (laquelle j’enseigne à mes filles comme une théorie sûre) – a appris à imiter le bruit que produit un lourd chariot tiré sur un chemin rocailleux. Ainsi lui suffit-il de braire de temps en temps et son maître au loin s’imagine qu’il travaille tandis qu’il broute tranquillement chardons et bleuets sur le talus. Seuls quelques rats mélomanes, le soir dans l’étable, ont le privilège d’entendre son chant mélodieux. C’est pour lui que Purcell aurait écrit The Cold song.


(Tout ce qu’on scie devient en effet plus concis.)


Cet homme très grand et très maigre, tous les cinq pas environ, se fige et exécute un petit saut sur place, les pieds joints. Puis repart. On suppute un trouble mental ou neurologique. Mais cela aurait aussi bien pu être la règle, la manière la plus évidente de se mouvoir pour les humains, et alors nous serions tous dans cette rue extrêmement bizarres à l’exception de ce type. Me dis-je, honteux soudain, et je pris son pas en rythme, conscient ce faisant de me soumettre servilement à la norme nouvelle.