dimanche 30 juin 2019

4044

– Élevage intensif… élevage intensif… Moi, j’ai d’abord eu une vache, Poucette. Il m’a semblé qu’il serait cruel de la priver d’un compagnon. J’acquis Brutus. Ensemble, ils ont fondé une belle famille. J’ai voulu des petits camarades pour leurs veaux. De fil en aiguille, s’est ainsi formé mon troupeau. Je possède à présent 6000 têtes et vous comprendrez qu’une telle passion coûte cher. Parfois, je dois en effet me séparer d’une bête. Tenez, justement, nous parlions d’elle, Poucette me quitte aujourd’hui.


Incendies dans le Gard. Par cette canicule (46°), on soupçonne le pyromane d’avoir mis le feu dans l’espoir de se rafraîchir un peu.


Peut-on faire bombance d'une assiette d'arêtes grillées et de côtelettes de lapin ? J'atteste que oui, ayant hier à Port-la-Nautique copieusement dîné de ces plats, certes suivis d'un ragoût de seiches et d'un tiramisu.

samedi 29 juin 2019

4043

Tu sais comment ça se passe, tu es mal réveillé, le temps presse, tu t’habilles dans la pénombre… Toute la journée, sans raison, je suis resté irritable, les nerfs à vif. Ce n’est qu’au soir, en regagnant ma chambre, que j’ai vu ma peau sur le dossier d’une chaise. J’avais oublié dans ma hâte de l’enfiler ce matin !


Le mode avion du téléphone m’évoque plutôt sa boîte noire, la seule chose intacte dans les décombres et les vestiges de ton existence anéantie : on y trouvera enregistrée en effet toute l’histoire jusqu’aux lamentables circonstances de ce crash.


Fracas soudain dans le sous-bois. Ce ne pouvait être qu’un sanglier mâle de 150 kilos qui chargeait, nous nous jetâmes tous à terre, la tête entre les mains.
– Hé ! ce n’est que moi et j’ai à peine remué la queue, rétorqua muettement un petit lézard de 4 cm en s’immobilisant parmi les feuilles mortes. 

vendredi 28 juin 2019

4042

Le sac pendu à son épaule béait sous mes yeux, révélant un portefeuille d’où sortait à demi une épaisse liasse de billets de 100 euros. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Eh bien, pas moi, non, je ne volai pas l’argent et c’est le cœur léger, l’âme en paix, la conscience tranquille et le nez intact que je regardai s’éloigner la dame au bras de son mari, Andy Ruiz, dont la ceinture dorée de Champion du monde des poids lourds tout juste conquise ceignait encore le torse considérable.


Autant le manuscrit est humble, tremblant, timide, affamé, nécessiteux, implorant, autant, sitôt publié, devient-il bouffi de satisfaction et d’arrogance, sûr de lui, repu, tout en ventre.


Je n’ai pu me refuser ce petit dîner fin et cette nuit dans un palace. C’était ça ou je révélais deux ou trois choses que je sais de moi dans le Bulletin de l’Association des Amis d’Eric Chevillard. Chantage odieux. Je me tiens à la gorge. Et je vis maintenant dans l’angoisse : jusqu’où iront mes exigences ?


[À la Maison des Arts de Bages, du 29 juin au 1er septembre, se tient une exposition des œuvres récentes de Philippe Favier. L’une de ces séries, Aquarelles de guerre, fait l’objet d’un livre dont j’ai écrit le texte, ultra belliqueux (aux éditions Bernard Chauveau).]

jeudi 27 juin 2019

4041

Un vrai labyrinthe, ce musée du Louvre. Impossible de trouver la Joconde ! Et ne comptez pas sur l’aide et la serviabilité de vos semblables. J’ai demandé mon chemin à une fille adossée contre un mur, les bras croisés, les yeux dans le vague, je n’ai obtenu pour toute réponse qu’un sourire énigmatique.


Il est certaines personnes, assez rares cependant et en cela précieuses malgré tout, qu’il faut bien connaître, qu’il faut connaître intimement, pour découvrir qu’elles sont en réalité exactement comme les autres.


– Ma vengeance sera terrible ! dit-il à l’infirme en fauteuil qui lui avait malencontreusement roulé sur le pied. Puis Gustave Eiffel s’enferma dans son cabinet et commença à dessiner des plans.


mercredi 26 juin 2019

4040

Parmi les documents envoyés par la mère de l’auteur à l’Association des Amis d’Eric Chevillard figurent de nombreuses lettres de refus d’éditeurs. Nous sommes par exemple consternés d’apprendre que Gallimard lui retourna froidement son premier recueil, Âmes luminescentes. La publication de ce courrier dans le prochain Bulletin de l’Association des Amis d’Eric Chevillard risque de porter un rude coup à la réputation de l’éditeur déjà écornée par son refus de Du côté de chez Swann. Se relèvera-t-il de cette honte ?


La vie serait bien courte sans la longue maladie finale.


La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe et c’est bien regrettable puisque, comme on le sait, ce baiser seul le changerait en prince et réveillerait la belle endormie dans ses plumes.


[Florian Caschera parle du festival ‘Tremble parlure’]


mardi 25 juin 2019

4039

Lorsqu’il acquit Les hasards heureux de l’escarpolette à seule fin de se rincer l’œil en regardant sous les jupons relevés de la belle demoiselle, il ignorait bien sûr que l’œuvre qui lui serait livrée ne sortirait pas de l’atelier de Jean-Honoré, mais de celui d’Honoré Fragonard, anatomiste cousin du peintre auquel ce dernier aurait confié le corps de la malheureuse, morte en tombant rudement de sa balançoire, et que la robe de soie rose de la momie fébrilement troussée ne lui révélerait que le spectacle épouvantable de ses longues cuisses écorchées.


MOI (bâillant) – Je vais me coucher et dormir…
LE MOUSTIQUE – Oh non, pas déjà… !


ne pas confondre la pichenette
qui lui fit ce nez en trompette
et la chiquenaude
qui lui fit cette bite penaude

lundi 24 juin 2019

4038

Amer malentendu ! Se fondant sur le modèle du couple salaud/salope où le mot féminin conserve l’acception du masculin en lui ajoutant une nuance péjorative à connotation sexuelle, ce crétin s’imagine qu’il en va de même à chaque fois que nous féminisons un nom de métier ! Ainsi croit-il qu’une lieutenante-colonelle désigne une femme lieutenant-colonel un peu pute, une sapeuse-pompière, une femme sapeur-pompier un peu pute, une préfète, une femme préfet un peu pute, une papesse, une femme pape un peu pute, ou encore une écrivaine, une femme écrivain un peu pute. Il reste du travail.


Après une chute de cheval, il est important de s’achever tout de suite.


Allez, enterrons cette vieille querelle et considérons désormais que l’œuf et la poule sont apparus en même temps.


[Le festival ‘Tremble parlure’ commence le 25 juin à la librairie Le Monte en l’air. J’y serai pour ma part le jeudi 27, à 19h30, en compagnie de Boris Wolowiec, Léonore Boulanger & Jean-Daniel Botta]

dimanche 23 juin 2019

4037

Hier soir, à la Maison de la poésie, Christophe Brault a bouclé sans défaillir la troisième étape de son « marathon autofictif ». Afin de mesurer exactement le temps qu’il consacre à cette lecture, il retourne avant d’entamer celle-ci un gros sablier dont le sable se transvase d’une ampoule à l’autre en une heure montre en main, si je puis dire.


J’appelle cela du sable, c’est aussi une façon de parler. Il s’agit plutôt d’une poudre grise, fine comme une buée. Durant la lecture, je le confesse, il m’arrive de m’arracher à l’emprise puissante de cette voix et, plus difficilement, bien sûr, à l’envoûtante poésie de mes textes pour fixer le sablier.


Non sans inquiétude et perplexité. Puis je me palpe discrètement, je me pince, car enfin ce vase dans lequel s’écoule cette poussière à mesure que Christophe fait le décompte de mes jours, ne serait-il pas plutôt l’urne qui se remplit inexorablement de mes cendres ?


samedi 22 juin 2019

4036

À ce que je bâche, c’est ma piscine. À ce que je cache, c’est mon trésor. À ce que je fâche, c’est mon père. À ce que je gâche, c’est du plâtre. À ce que je hache, c’est ma viande. À ce que je lâche, c’est l’affaire. À ce que je mâche, c’est un chewing-gum. À ce que je tache, c’est ma chemise. Bref, à ce que je sache, je ne sais rien de rien.


Appuyer sur le champignon… L’expression métaphorique gagne encore en pertinence lorsqu'on compare au bout de la route les restes de l’automobiliste victime de son excès de vitesse et ceux du rosé des prés sur lequel on a malencontreusement posé le pied.


Le silence qui suit la fête de la musique est enfin du Mozart.

vendredi 21 juin 2019

4035

Une Amicale des Lecteurs d’Eric Chevillard vient de déposer des statuts qui évoquent étrangement ceux de l’Association des Amis d’Eric Chevillard. Tout laisse à penser que le seul objectif de ses fondateurs opportunistes est de détourner à leur profit les cotisations, les dons et les héritages promis à cette dernière. La plus grande vigilance est donc de rigueur dans le libellé de vos chèques et de vos testaments.


Après avoir bu son lait avec sa paille, je suppose que tu vas manger le veau ?


(Quant aux rumeurs selon lesquelles je serais moi-même à l’initiative de cette Amicale des Lecteurs d’Eric Chevillard, inutile de dire qu’elles émanent d’esprits jaloux et malveillants que je soupçonne par surcroît d’appartenir à mon entourage immédiat. Comment, dans le cas contraire, seraient-ils si bien renseignés ?)

jeudi 20 juin 2019

4034

300 000 km au compteur, deux ailes froissées, un pare-choc enfoncé, notre bagnole ne va pas être facile à revendre. Et pourtant si… hé hé… car l’idée m’est venue de m’inspirer pour l’annonce de ces publicités télévisées qui, semble-t-il (sinon pourquoi les multiplierait-on ?), déclenchent chez l’automobiliste une irrésistible pulsion d’achat.


Parce que tu ne ressembles à personne, parce que tu es libre de tes pensées comme de tes mouvements, parce qu’il y a en toi un animal sauvage, parce que la vie a le goût de l’asphalte et que tu veux laisser l’horizon dans ton dos, parce que, si tu as soif d’avenir, il faut boire à la source, parce que la route gronde dans tes veines, parce que tu aimes le fruit qui s’offre, la femme qui se dérobe, parce que tu es frère du flamant, du goéland, parce que tu es un dieu, Dieu, le Dieu des dieux, because you are a cosmological guy, because you are hungry for absolute and infinite…


… achète ma putain de vieille tire, kéké !

mercredi 19 juin 2019

4033

L’Association des Amis d’Eric Chevillard a pu entrer en contact avec la mère de l’écrivain qui a promis de rechercher dans les cartons abandonnés par celui-ci d’éventuels textes de jeunesse inédits. Celle-ci a déjà mis la main sur un Poème à ma poule Caquette que la rédaction du Bulletin de l’Association des Amis d’Eric Chevillard réunie en assemblée générale (j’y étais en tout cas) a cependant résolu de ne pas publier pour des raisons qui n’ont pas été rendues publiques.


C’est le réalisme, la grande fiction, en littérature. L’écrivain dit réaliste efface à coups de gomme la corne de la licorne qu’il rencontre dans ces bois enchantés avant de l’atteler à son corbillard.


Les extraterrestres préhistoriques n’avaient pas tout fait l’aspect que nous leur connaissons aujourd’hui. Ils étaient beaucoup plus velus ; mais leur poil était déjà vert.

mardi 18 juin 2019

4032

Voici l’explication de son vol fou dans le ciel nocturne. La chauve-souris qui n’aime que l’obscurité s’emploie à moucher une à une les étoiles d’un coup d’aile, mais celles-ci se rallument aussitôt derrière elle et tout est toujours à refaire.


Il est bien beau de vitupérer contre notre époque mais l’obsolescence programmée, par exemple, n’est pas une nouveauté. Ainsi, au XIXe siècle déjà, tu achetais une pioche, eh bien ton arrière-petit-fils sur ses vieux jours devait en remplacer le manche.


55 ans aujourd’hui… Diable dieu, comme le temps file, me voici déjà presque au mitan de mon existence !

lundi 17 juin 2019

4031

Rien ne sonne plus joyeusement dans l’aube naissante que le clair galop des galoches des petits crieurs de journaux qui s’égaillent à travers la ville pour vendre le Bulletin de l’Association des Amis d’Eric Chevillard.


J’espère que les demoiselles savent désormais qu’il y a une bite dans le bouquet.


Passée la surprise d’avoir pondu un œuf, la question s’est posée de savoir si j’allais le couver ou le manger. Bref, je suis vite retombé – et c’était rassurant, d’une certaine façon – dans des problématiques triviales et quotidiennes.



[Samedi prochain, à 20h, à la Maison de la poésie, troisième étape du ‘’Marathon autofictif’’ de Christophe Brault. Réservation recommandée]

dimanche 16 juin 2019

4030

Hier, pour la première fois depuis l’incendie, une messe a été célébrée à Notre-Dame par l’archevêque de Paris. Une trentaine de prêtres seulement ont été autorisés à y assister. Ces téméraires ecclésiastiques ont toutefois pris la précaution de coiffer un casque de chantier, ce qui me paraît dénoncer chez eux une foi vacillante. Car enfin, casques ou pas casques, si Dieu avait résolu de vous fendre le crâne, il vous aurait fendu le crâne ! Douteriez-vous de sa toute-puissance ? Nous frôlons le blasphème, c’est une âme fervente, étrangère à tout scepticisme, qui vous le dit. Je prierai pour vous.


– Je dois recharger mon téléphone, mon ordinateur, mon lecteur mp3, ma cigarette électronique…
– Hé, copine, fais tout ça d’un coup. Mets les doigts dans la prise !


(Puis, quitte à se protéger, il me semble que l’archevêque eût été plus inspiré de conserver sa mitre, mieux faite pour amortir la chute d’un bloc de pierre ou d’une gargouille qu’un simple casque de chantier. Il serait d’ailleurs judicieux, à mon sens, d’en imposer le port à tous les ouvriers appelés à travailler à la restauration de la cathédrale.)

samedi 15 juin 2019

4029

On vient de capturer en Corse un ghjattu-volpe, ou chat-renard, espèce que l’on croyait mythique ou disparue. C’est donc une découverte merveilleuse, bouleversante, prodigieuse, extrêmement décevante, en effet, puisque le ghjattu-volpe n’évoque en rien un renard et que, contrairement à ce que prétendait en frissonnant la légende, il ne dévore pas les mamelles des chèvres et des brebis. Il est en somme presque en tout point semblable au chat domestique et, plutôt que ces pièges sophistiqués et la traque séculaire de trappeurs chevronnés, il eût suffi sans doute de crier minet !... minet… ! en lisière de forêt pour le voir sortir d’un buisson et venir se frotter en ronronnant contre nos mollets.


Babines sanglantes, menton écarlate : encore un végétarien qui a mangé une fraise.


D’emblée, il casse le beau vase, il casse le bel amour, ainsi se prémunit efficacement contre la menace insupportable de leur anéantissement.

vendredi 14 juin 2019

4028

Très rapidement, j’oublie les traits des personnes avec lesquelles je n’ai partagé qu’un moment. Impossible pour moi de les évoquer après deux jours seulement. J’ai donc pris le parti, pour ne pas risquer de vexer quelqu’un que l’on m’aurait présenté l’avant-veille, de saluer d’un hochement de tête tous les passants que je croise. En conséquence de quoi, la plupart d’entre eux, qui ne me reconnaissent pas, et pour cause, croient que leur mémoire les trahit. J’enfonce alors le clou en prenant un petit air pincé.


Quand il est mort, le monde s’est arrêté de tourner. Sacré petit bousier !


Il faut beaucoup d’ambition et de ferveur, de naïveté peut-être aussi, pour créer un journal à notre époque et alors que la presse traverse une crise sans précédent. Il est vrai aussi que le Bulletin de l’Association des Amis d’Eric Chevillard occupera un créneau où la concurrence devrait être à peu près nulle. Cette fine appréhension du marché laisse augurer un beau succès pour nos audacieux chasseurs de scoops.

jeudi 13 juin 2019

4027

L’Association des Amis d’Eric Chevillard envisage de faire paraître un Bulletin de l’Association des Amis d’Eric Chevillard dont la périodicité reste à définir. Il s’agira bien sûr de publier des documents inédits et j’ai donc commencé à collectionner mes listes de courses et à élaborer aussi celles-ci, je le confesse, avec plus de soin qu’auparavant (jamais plus de cervelles d’agneau ni de papier toilette mais, chaque semaine, trois bouteilles de Jameson, le whisky favori de Beckett).


Un travail de titans est un travail de fourmis paresseusement abattu par des géants.


Je n’ose imaginer ce qui me serait arrivé si je n’avais pas été là pour prendre la fuite !

mercredi 12 juin 2019

4026

Le serpent semble voué uniquement à l’ingestion et à la digestion. Mais nos pieds qui dansent, nos mains qui écrivent ou peignent, notre tête qui pense ne font rien d’autre que former un petit essaim d’activités frivoles autour d’un ventre constamment préoccupé.


La vie la plus banale est pourtant aussi ce haletant petit polar : de quoi va-t-il mourir ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?!


Dans la boîte à livres de la place Wilson, une édition originale de L’Avenir n’est écrit nulle part (Albin Michel, 1978), de Michel Poniatowski. Je prends… je ne prends pas... je prends… je ne prends pas… allez, je ne prends pas !

mardi 11 juin 2019

4025

En tant que président fondateur de l’Association des Amis d’Eric Chevillard, je suis bien évidemment dispensé de la cotisation annuelle. L’ennui, dès lors, c’est que les caisses sont vides.


Quand tu cherches en vain le sommeil, regarde donc là où tu retrouves ordinairement ta pantoufle : sous ton lit.


Tous les trésors que nous accumulons dans nos placards, dans nos armoires, dans nos tiroirs, forment ce déchet dont Emmaüs ne voudra pas.


lundi 10 juin 2019

4024

Le Christ fut-il le premier végétarien ? Le premier, en tout cas, il proposa une alternative satisfaisante à la consommation de viande. L’hostie en effet n’est-elle pas déjà une sorte de steak de soja ?


PERSONNAGE 1 – Je ne sais pas quoi dire…
PERSONNAGE 2 – Eh bien, ne dis rien…
Pour les dialoguistes de cinéma payés à la réplique, cet échange récurrent et même systématique représente une matinée de travail plutôt cool.


Je viens de déposer le brevet d’un cerf-volant nucléaire qui devrait nous permettre de réaliser de prodigieuses économies d’énergie éolienne.


dimanche 9 juin 2019

4023

LE JUGE – Vous rappelez-vous du moment où vous avez ressenti cet appel impérieux et compris que vous aviez la vocation ?
LE PRÊTRE – Parfaitement, et toujours avec la même émotion. C’était dans le vestiaire des minimes.


L’astrologue observe le scintillement d’étoiles mortes depuis des millions d’années puis il énonce ses prédictions apocalyptiques.


Mais n’exagérons pas, il est tout de même plus facile à un riche d’entrer au royaume de Dieu qu’à un automobiliste de passer par le tunnel de Fourvière un samedi soir.


samedi 8 juin 2019

4022

J’avais quitté ma serviette et me dirigeais vers la buvette en haut de la plage quand s’éleva une grande clameur dans mon dos. Je me retournai pour voir la vague rejeter sur le sable une baleine morte.


Triste spectacle. Le cétacé avait été percuté par un navire ou, plus sûrement, empoisonné par tout le plastique qu’il avait ingéré en ouvrant benoîtement sa large gueule pour butiner du plancton. L’homme était seul responsable de ce crime. Et une baleine qui meurt, ce n’est pas comme quand trépasse ta frêle grand-mère de quarante kilos. Non, c’est trente tonnes et vingt mètres de corps qui sont brutalement arrachés au monde des vivants. Cette coupe sombre, d’un coup ! Quelle affliction ! J’en aurais pleuré.


D’autant qu’elle s’était échouée justement sur ma serviette.

vendredi 7 juin 2019

4021

J’avais loué un espace de 3 m2 dans ce vide-grenier et posé une planche sur des tréteaux. Mais tandis que les autres vendeurs déballaient leurs marchandises plus ou moins usagées, je m’installai sur mon pliant, les coudes sur le plateau nu. On s’étonna.


– C’est que je suis là pour vendre mes souvenirs intérieurs, dis-je, tout ce qui m’encombre. Ma mémoire est saturée, hantée, traumatisée. Cette table rase est tout ce à quoi j’aspire.


Or je fis d’excellentes affaires. On s’arracha mes souvenirs d’enfance. Après deux heures, il ne m’en restait plus un. Deux acheteurs se disputèrent âprement les récits truculents de mon grand-père, enchérissant tant et si bien que j’en tirai une somme très supérieure à celle que mes livres me rapportent. La mélancolie a ses adeptes, un collectionneur en se félicitant de l’aubaine fit main basse sur les souvenirs amers de mes amours malheureuses. Au soir, j’étais rincé de tout mon passé et pourvu d’un beau petit pécule. J’allais pouvoir refaire mon entrée dans la vie.

jeudi 6 juin 2019

4020

Tu crois tenir dans ta main la télécommande universelle, or tu es le seul automate qu’elle actionne et ébranle. Ton mobile t’a cloué au sol, ta trace et ton trajet à jamais enregistrés. Tu peux danser, voler, tu laisses derrière toi une ornière de phacochère. Pas un mouvement de ton âme désormais, pas un geste de ta main qui ne te dénoncent aux flics et aux marchands. Or tu ne t’offusques pas de cette sujétion. Tu changes même à chaque saison et à tes frais ton bracelet électronique pour un plus performant. Franchement, tu m’inquiètes.


Le suicidaire dans sa folie meurtrière n’épargne pas même l’enfant qu’il fut ni le vieillard qu’il serait devenu.


Han !... Han ! Il ne faut pas deux heures au bûcheron Nadal pour déboiser un terrain de tennis.

mercredi 5 juin 2019

4019

Nul en maths, je n’ai jamais vu que le poème dans le problème, facile à résoudre.


Il faut à l’arbre un peu de terre et d’eau pour donner l’air et le feu.


Amelette Chevillardelette
Tu n’es point l’aimable belette
Mignonnelette, doucelette
Amelette Ronsardelette


mardi 4 juin 2019

4018

Une première caméra de surveillance me filme comme je tourne à l’angle de la rue Victor Dumay ; la suivante enregistre mon passage rue Vauban ; sur les images de la troisième, j’arrive sur la place de la Libération ; enfin, sur celles de la quatrième, on me voit pousser une porte au bout de la rue Verrerie.


Quand je ressors, je porte quelque chose sous le bras, c’est un objet de forme oblongue enveloppé dans du papier que je tiens obliquement, une extrémité dirigée vers le sol. Je rentre chez moi, semble-t-il. On me distingue à nouveau avec netteté sur les bandes des quatre caméras qui m’avaient déjà filmé à l’aller.


Bref, il va m’être extrêmement difficile de nier que je suis sorti acheter une baguette.



lundi 3 juin 2019

4017

J’ai vu aujourd’hui une très vieille dame qui traversait la place à tout petits pas, en prenant appui sur sa canne… Bon, en réalité, c’était une gamine qui courait après les pigeons, mais je suis sûr ainsi que tout ce que j’écris n’aura pas perdu sa pertinence en 2100.


La barrière de la langue ne serait rien s’il n’y avait d’abord celle des dents.


Interdiction désormais de fumer dans les parcs et jardins de Paris. L’hygiénisme est le nouvel ordre moral. Il n’est pas sans risques. Nous contracterons bientôt des infections nosocomiales aux Buttes-Chaumont.


[Amis Parisiens, fumeurs ou non fumeurs, deux rendez-vous en juin. Le samedi 22, à 20h, à la Maison de la poésie, suite du ‘Marathon autofictif’ de Christophe Brault (réservation recommandée). Puis, le jeudi 27, à 19h30, à la non moins hospitalière librairie Le Monte-en-l’air, je parlerai d’enfance et de folie avec Boris Wolowiec, dans le cadre du festival Tremble parlure imaginé par Sing Sing et les beaux libraires du lieu.]


dimanche 2 juin 2019

4016

Comme j’arrivais aux Urgences de l’hôpital, très affolé, mon gros orteil sanglant à la main, se présenta en même temps que moi un homme qui tenait sous le bras sa jambe gauche et qui m’adressa le petit sourire narquois du privilégié qui va avoir droit en priorité à toutes les considérations. Je le haïs sur-le-champ.


Plutôt que le chevreuil dans le bois ou le lapin dans la garenne, chasse donc le golfeur, il évolue à découvert dans la prairie et son terrier est beaucoup trop petit pour lui.


Souvent, les doigts sur le clavier s’embrouillent et tapent singe plutôt que signe, mais, après tout, qu’importe, le singe aussi fut prémonitoire.

samedi 1 juin 2019

4015

– Cette fois, la coupe est pleine ! hurla-t-il en dégainant son arme.
– Heu… mais vous n’attendez pas la goutte d’eau qui fera déborder le vase ? rétorquai-je avec à-propos.


Les archets obliques et parallèles des violons de l’orchestre symphonique m’évoquent immédiatement les mâts des voiliers amarrés dans le bassin du port un soir de houle. Pour une fois, cependant, ce démon de l’analogie ne m’arrache pas à la situation présente pour m’emmener vivre dans une métaphore incongrue comme il le fait si souvent puisque je suis venu écouter La Symphonie du Nouveau monde.


(… sauf que justement cette réponse bien sentie lui arracha une larme.)