mercredi 21 novembre 2018

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Je tombe dans une librairie sur une version ‘’remaniée’’ (sic) de Poucette que publient fièrement les éditions Albin Michel. Mais au nom de quoi s’autorise-t-on à dégrader ainsi – tout en persistant à le lui attribuer – le texte original d’Andersen, auteur véritable et non compilateur de contes populaires comme les frères Grimm et, de ce fait, seul maître à bord de son œuvre ?


Dans le vrai conte, donc, celui que l’écrivain a gravé dans le marbre, Poucette, après s’être défait de deux fiancés hideux, rencontre un joli petit prince qui vit dans une fleur blanche et qui la demande en mariage. ‘’Voilà un mari autrement désirable que le fils de la crapaude ou la taupe avec sa pelisse noire. Aussi dit-elle ‘oui’ au prince charmant.’’


‘’Elle décida de remettre sa réponse à plus tard’’, préfère-t-on écrire chez Albin Michel au prétexte que les jeunes filles ne peuvent plus être ces niaises qui vivent dans l’espoir éperdu du prince charmant. Faut-il s’attendre, obéissant à cette même censure vertueuse quoique parfaitement ridicule et abusive, à une réécriture féministe de tous les classiques ? Ainsi Madame Bovary devrait s’en sortir mieux dans les prochaines éditions… je la verrais bien créer une holding de gestion commerciale et financière. Rappelons pourtant qu’Andersen, affligé d’un physique ingrat, peu aimé des femmes et mort puceau, avait sans doute confié à P(o)ucette son propre rêve : rencontrer enfin une princesse charmante. On le balance comme un porc !